Classé dans : Uncategorized | Mots-clefs: crise du systéme financier, parti socialiste, union europénne
Comme pour le congrès du PS, la crise financière s’invite dans le jeu de la motion virtuelle de la Boite à Idées Socialistes Elémentaires. Nous allons donc lui consacrer quelques papiers sous la forme d’un feuilleton, titré “Système financier : est-on sûr qu’il s’agit bien d’une crise ?”.
Premier épisode : “C’était si simple du temps de la crise des subprimes !”
Il y a quelques semaines encore, la crise des subprimes était simple à analyser. On pouvait facilement prédire ce que l’on voit et entend partout aujourd’hui : la collectivisation des pertes de Wall Street par les ultra-libéraux américains, la fin d’un cycle idéologique de trente ans ouvert avec l’élection de Ronald Reagan, la revanche de Keynes, etc.
On pouvait expliquer doctement l’écroulement des deux piliers sur lesquels le système économique mondial repose depuis des décennies, le marché américain sur lequel sont dégagés des profits réinvestis dans le reste du monde, et le statut du dollar, monnaie dans laquelle sont libellés les échanges économiques mondiaux et une bonne part de l’épargne mondiale.
Le statut du dollar et le développement de produits financiers de plus en plus sophistiqués ont permis au consommateur américain de vivre à crédit sur le reste du monde. Il s’est surendetté pour maintenir sa capacité à consommer, tout en faisant tourner l’économie mondiale : les profits dégagés sur le marché américain grâce au consommateur américain sont soit réinvestis dans le pays d’origine, soit placés en produits financiers libellés en dollar, en particulier en Bons du Trésor américain.
Les Etats-Unis peuvent ainsi financer grâce au reste du monde le déficit de leur économie. Petite remarque : à côté des Bons du Trésor U.S, il y a aussi les produits aujourd’hui qualifiés de “toxiques”, émis par les grands acteurs de Wall Street, fonds spéculatifs en tête, mais aussi par les banques, les assurances, les fonds de pension dédiés aux retraites. Bref, par tous ceux qui gèrent des masses substantielles de dépôts.
Les détenteurs de dollars, c’est-à-dire toutes les économies du monde, ont intérêt à les placer sur les produits qui rapportent le plus, émis par les acteurs financiers de Wall Street. Ceux-ci sont indexés sur la croissance attendue de l’économie U.S. In fine, on pourrait dire que tant que le solde des emplois créés aux Etats-Unis est positif, le système marche. Le seul ennui est qu’il repose sur une logique de «cavalerie» où le moindre ralentissement produit des effets dévastateurs. C’est ce que qui s’est passé avec la crise des subprimes. La défaillance de remboursement d’emprunt immobilier d’un nombre significatif de ménages américains a déclenché la plus grave crise financière depuis l’après-guerre.
Du temps de la crise des subprimes, les solutions paraissaient simples : une intervention publique forte à l’échelle mondiale, menée de concert par les grandes banques centrales et les Etats, pour assainir et encadrer un peu mieux les marchés financiers. Parallèlement, on compte sur le futur Président des Etats-Unis pour (re)solvabiliser le consommateur américain. Aujourd’hui, son taux d’endettement moyen est de … 112 % ! On comprend aisément que l’on puisse difficilement aller plus loin, malgré tous les artifices de Wall Street. La mise en place d’un système public d’assurance-santé et l’amélioration de l’offre publique en matière d’éducation et de formation soulageraient d’autant les ménages américains. Les dépenses liées à la santé et à l’éducation pèsent lourdement sur leur budget. Le temps de digérer tout cela et dans une dizaine d’années ce ne serait plus que le mauvais souvenir d’une crise un peu plus violente que les autres.
Cette crise des subprimes commençait même à prendre un tour sympathique. On pouvait la voir comme la matrice d’une nouvelle gouvernance économique mondiale, régie par des rapports plus justes et plus équilibrés entre les grands ensembles continentaux qui forment le monde, fondée sur des bases financières assainies, grâce à des réformes structurelles aux Etats-Unis et une refonte totale du système financier mondial.
Seulement voilà, dans les placards de Wall Street, à côté du cadavre à 1 000 milliards de dollars des subprimes, on tombe sur quelques bombes à retardement. Il y a les fameux Hedges-fund pour quelques 2 000 milliards de dollars, mais surtout les Credit-Default Swap (CDS), à 62 000 milliards de dollars, soit quasiment l’équivalent du total des dépôts bancaires de la planète !
Une réalité se dessine, que les gouvernants commencent à peine à percevoir : les grands dépositaires de fonds, banques, assurances, etc. ont transformé la planète en un gigantesque casino où ils jouent l’argent de leurs déposants ! Le pire étant que l’on est pas sûr de pouvoir arrêter le jeu, sauf à prendre le risque de “planter” la carte de crédit du consommateur américain : et si elle arrête de fonctionner, alors tout s’effondre, économie réelle comme virtuelle, dans le même mouvement …
Manifestement, la gestion des richesses de la planète est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux seuls acteurs financiers. Si on se contente de les renflouer, ils vont jouer avec l’argent public comme ils l’ont fait avec celui de leurs déposants privés. Ils ne savent pas comment arrêter la machine infernale qu’ils ont créée. Ils n’en n’ont d’ailleurs pas du tout envie, car cela reviendrait à tarir la source de leurs fortunes personnelles.
Les “politiques” peuvent-ils prendre le relais pour dégonfler la bulle spéculative en douceur et réussir un atterrissage forcé du système financier international pour qu’il recolle à l’économie réelle, sans trop de dommage pour cette dernière ?
Prochain épisode : ” Stop the world, I want to get out ! “
11 commentaires jusqu'à présent
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Bon ok, d’accord avec toi sur les faits ..mais après ??
Le paradoxe de la situation que nous rencontrons est criant : jamais les ultra-libéraux n’ont a ce point été pris en flagrant délit d’incurie, mais pour autant jamais la gauche n’a fait preuve, au niveau international, de son incapacité à produire ne serait-ce que des brides de contre-modèle redistributif pour s’opposer au “tout rentabilité à court-terme”.
Si l’on excepte les délires révolutionnaires démagogiques de Besancenotqu’il faut continuer de dénoncer, il serait temps de se retrousser les manches pour bosser et redonner de l’espoir aux gens !
On a vu par le passé, l’incroyable culot des ultra-libéraux et leur capacité à profiter des crises pour se reconstruire, sur leurs propres ruines.
On va donc nous reservir les arguments du style “cette fois, c’est bon on a compris…” ou “promis on recommencera plus…” et au final on va en reprendre pour 5 ans de Sarko !!!
Quelques propositions :
- réforme profonde des instances mondiales aujourd’hui dominées par les normes commerciales (OMC) ou financières (FMI) : mise en place de critères sociaux et environemmentaux.
- Renforcement de la place de l’OIT.
- Elargissement du G8 aux G20.
- Mise en place de la notion de biens publics représentatifs de l’intérêt général international.
- Réorientation sociale de l’Europe, clé de voûte d’un nouvel internationalisme.
- Achever le cycle de DOHA sur un résultat positif pour les pays en développement.
- Lancement de grands emprunts par la BEI ou la BERD.
- Fin des paradis fiscaux…
Bref, de quoi arrêter de donner les coudées franches aux spéculateurs !
T’en penses quoi Malik ??
Comment par Richard octobre 20, 2008 @ 5:32Cher Richard,
Merci d’avoir pris le temps de faire un commentaire et de t’être presser le citron pour déposer quelques propositions dans la Boite à Idées.
Comme tu le sais,nous sommes dans un feuilleton. Le premier épisode plante le décors. Le prochain parachèvera cet aspect et verra entrer en scène l’acteur qui nous intéresse, la Politique.Dans son plus bel habit,l’idéologie.
Viendra ensuite l’épisode des propositions, qui représente une bonne part de ta contribution.
Pour l’instant, la Boite tourne autour de ton idée émise ailleurs de parallèle entre la chute du mur de Berlin et celle de Wall Street. C’est pour le prochain épisode.
Bise (de Malik)
Comment par bisedemalik octobre 21, 2008 @ 12:10Bravo malik pour ce premier épisode…ca manque de héros malheureusement mais j’attend la suite avec impatience…peut-etre y aura t-il une ironie dramatique qui nous sortira du constat très déprimant que le système financier est apparament une fabrique à fric que plus personne ne dirige…Tellement flippant que ça me donne envie de te lire et de réfléchir à la question.
Comment par yasmina yahiaoui octobre 21, 2008 @ 10:59bise de yasmi
Depuis la “révolution conservatrice” Reagano-thacherienne le modèle néolibéral fondé sur un triple crédo (autorégulation des marchés, concurrence libre et non faussée, démantèlement de l’État providence), a régné sans partage. Keynes fut renvoyé au musée de la pensée économique, la sociale démocratie s’est fixée pour ultime horizon le rôle de brancardier du capitalisme. La crise multiforme de l’économie mondialisée sanctionne les politiques non soutenables conduites ces quarante dernières années et, au delà, marque la faillit du logiciel néolibéral.
Comment par F. Lounes octobre 22, 2008 @ 9:22Les bricolages improvisés dans l’urgence pour colmater les gouffres béants sont à la fois louables et pathétiques, mais, au delà il faudra reconstruire un nouveau modèle d’économie de marché, organiser le retour du politique et réarmer l’État régulateur et protecteur. Sous quelles formes? Le PS est placé devant une responsabilité historique , pour autant qu’il reste fidèle à ses propres valeurs. A vos neurones camarades!
Tout d’abord, tu sais mon cher Malik que j’ai toujours cherché à mettre l’humain au coeur de la politique, alors je ne résiste pas à surfer sur un blog qui commence par bise de Malik… c’est tellement plus engageant que ” la motion X vous parle” ou alors “suivez le chef”. Bon bref merci pour ces infos décalées que je partage. A quand les aventures du newregulateur qui fonce aujourd’hui sur wall street alors qu’il nous vendait des crédits hypothécaires et de la retraite par participation quelques mois plus tôt?
Comment par Aurélie Filippetti octobre 22, 2008 @ 3:24Bravo l’ami. Ce sont des gens comme toi qu’il nous faudrait au conseil national du PS ! jeunes et créatifs. Bises d’Aurélie à Bises de Malik
Aurélie Filippetti
Députée de Moselle
Salut Malik!
Comment par F. Lounes octobre 23, 2008 @ 12:55Vu sur http://blog.mondediplo.net/la pompe-a-phynance un excellent article de Frédéric Lordon : Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières
La gauche française se trouve aujourd’hui confrontée aujourd’hui à un ensemble de contradictions qui sont autant de défis à relever :
- modérer les effets dévastateurs sur l’emploi des délocalisations / favoriser le co-développement
- inventer des techniques de protectionnisme acceptables par les pays émergents : normes environnementales, éthique sociale / favoriser les échanges commerciaux
- combiner libre immigration / co-développement alors que seuls les salariés qualifiés trouvent un emploi en Europe aujourd’hui
- modifier la fiscalité afin de favoriser l’emploi au détriment peut être du capital / attirer les capitaux
- renforcer les sanctions pénales contre les faillites spéculatives / favoriser la prise de risque entrepreneuriale
- renforcer les sanctions financières contre les licenciements économiques injustifiés / introduire de la souplesse dans le marché du travail
- limiter les dépenses de fonctionnement, de confort et de « décor » de l’ensemble des administrations ou collectivités / encourager la décentralisation
Les petits génies en mathématiques qui ont inventé des algorithmes de spéculation pourraient utiliser leur talent pour modéliser ces contradictions apparentes.
Les classes moyennes retrouveront un espoir quand la gauche libérale saura favoriser l’entreprise en renforçant une régulation, non pas systématique, à priori et castratrice, mais inspirée par l’éthique sociale et environnementale. Dans cette optique, elle doit abandonner une législation d’encadrement, qui bride les initiatives pour mettre en place une législation de sanction des dérives et des malversations.
C’est par ces initiatives qu’elle montrera sa confiance dans son peuple, dans un système et dans l’avenir. C’est la confiance dans l’avenir qui entrainera l’adhésion du plus grand
Comment par Laurens >BOUMEDINE octobre 23, 2008 @ 1:43Cher Malik,
Je trouve l’analyse,la vision d’ensemble, très intéressantes…Et les orientations me parlent!
Comment par AÏSSAT Nordine octobre 26, 2008 @ 1:36J’avoue cependant, ne pas être un spécialiste en économie. Il ne faut pas laisser çà aux seuls initiés, ce qui se passe en ce moment en est une belle illustration, je sais!!!. Mais il ne m’est pas aisé de situer d’emblée ma réflexion dans ce strict cadre…
J’en suis toujours à bricoler des dispositifs locaux d’insertion, d’économie sociale, de formation…et j’ai toujours quelques difficultés à prendre du recul sur tout cela.J’aurai donc des idées à te proposer et pourrai apporter ma pierre à ton édifice,dans les prochaines étapes peut-être!
Néanmoins (oreille en plus!!!), quelques “idées” me viennent à l’esprit en te lisant…..Quant à les mettre dans ta boîte?…..à toi de voir si elles méritent d’y figurer!
Tout d’abord, en lisant ton texte, je me demande pourquoi le PS en est encore à “désigner” des candidats “issus de la diversité”, qui ne sont trop souvent hélas,jamais en mesure de remplir pleinement leur fonction quand ils,elles sont élus(es).Alors qu’il y a visiblement, des militants (historiques pour certains)tout à fait aptes à occuper dignement et avec compétence différentes fonctions.Et tu es certainement le premier d’entre eux!
Je me demande d’ailleurs pourquoi le PS en est encore et toujours, à désigner des candidats(es) “issus de…” enfermant des hommes et des femmes dans un rôle représentatif prédéfini…Comme une assignation à résidence politique…(çà c’est du racisme payant politiquement!!!)
Il est cependant à noter, qu’il est aussi de nombreux candidats à accepter cette assignation de rôle, et de se situer sur “le créneau”….alors que justement, tout l’enjeu politique pour ces candidatures, est bien de sortir de ce rôle assigné!La Campagne d’Obama, qui ne s’est jamais situé sur le plan racial, est à ce titre, une source d’enseignement intéressante à mon sens.
Combien de ces militants “vieillissent aujourd’hui sur les strapontins du Parti Socialiste”?
Le mouvement anti-raciste des années 80 aurait déjà dû conduire à une représentation politique en phase avec la réalité de la France à différents niveaux,et il aurait déjà dû nous permettre de sortir de tous ces préjugés. Nous le pensions en tout cas.
C’est tout ce qu’exprime ta réflexion et ton positionnement,ce à quoi elle me renvoie.Avec un peu d’amertume de constater que nous en sommes encore là aujourd’hui!
Des idées, nous en avons beaucoup…Tu peux compter sur moi pour contribuer à remplir ta boîte.
Bise d’Argenteuil!
Nordine.
Cher Nordine,
Comment par bisedemalik octobre 26, 2008 @ 10:01tu as raison quand tu constates que le PS n’a pas intégrer grand monde de l’immense vague militante issue de la marche des Beurs. Beaucoups de talents ont fini par “raccroché” leur carte d’adhérents, fatigués de n’avoir comme autre fonction que celle d’Arabe de service. Mais d’autres se sont accroché et commencent à décrocher des investitures de leader des socialistes du coin, et non de caution beur ou black. Et au niveau national, on a mon ami Malek Boutih, qui ne c’est jamais situé sur le créneau “les arabes parlent aux arabes”… Malik
Je trouve votre vision de cette crise lucide et intéressante.
Comment par sophonisba novembre 1, 2008 @ 4:51En tant qu’étudiante en finance je constate que, certes on reconnaît les faiblesses du capitalisme mais il faut savoir que les patrons et autre traders sortiront indemnes de cette crise. En effet ce sont les contribuables ou de manière générale les classes populaires qui devront supporter les effets de la crise, notamment lorsque elle touche l’économie réelle.
Enfin pour finir m’autorisez vous à utiliser les informations que vous avez mis sur ce blog, dans mon de travail de recherche à l’université
Chére étudiante en finance,
Comment par bisedemalik novembre 2, 2008 @ 2:35surtout ne vous gênez pas pour prendre dans la Bise toutes les idées qui vous plaisent, elle est faite pour cela.