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	<title>Bise de Malik</title>
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	<description>boite à idées socialistes élémentaires powered by Malik Lounes</description>
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		<title>Carte d&#8217;identité biométrique, le fichage Guéant des Français</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 05:03:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>bisedemalik</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
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		<description><![CDATA[La Défense, à l&#8217;heure de la quille pour les salariés. Les bureaux déversent leurs flots dans le métro. Les caméras à reconnaissance faciale balaient les vagues successives des gens pressés de rentrer. Elles sont couplées avec les cartes d&#8217;identité biométriques, sans lesquelles personne ne peut circuler sans être immédiatement arrêté. Tout à coup, dans la salle [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bisedemalik.wordpress.com&amp;blog=4620067&amp;post=189&amp;subd=bisedemalik&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La Défense, à l&#8217;heure de la quille pour les salariés.</strong> Les bureaux déversent leurs flots dans le métro. Les caméras à reconnaissance faciale balaient les vagues successives des gens pressés de rentrer. Elles sont couplées avec les cartes d&#8217;identité biométriques, sans lesquelles personne ne peut circuler sans être immédiatement arrêté. Tout à coup, dans la salle de contrôle, une étoile jaune scintille. Il y a un Juif dans la foule qui déboule !</p>
<p>David ne sait pas qu&#8217;il est repéré. Pourtant, comme tous les jours, il a pris les précautions d&#8217;usage, mille fois répétées. Garder le visage figé au maximum emmitouflé et bien ajuster les postiches qui lui déforment les traits. Hélas pour lui, David ignore qu&#8217;une nouvelle génération de caméra vient d&#8217;être installée. Comme un scanner, elles distinguent la matière organique de celles qui ne l&#8217;est pas. Les protections de David, déjà bien dérisoires en cas de contrôle physique, sont désormais totalement caduques. Il est nu comme un vers.</p>
<p>Derrière leurs écrans, les techniciens suivent David. Pas besoin de se précipiter pour l&#8217;arrêter. Il suffit de le traquer, ou plus précisément de le &#8220;tracer&#8221;, grâce à la géo-localisation. Avec un peu de chance, il les amènera à d&#8217;autres Juifs. La prime de fin d&#8217;année n&#8217;en sera que meilleure. Les techniciens ont le sourire. Avec leurs nouvelles caméras, ils sentent qu&#8217;ils vont éclater les statistiques, leurs objectifs de fin d&#8217;année seront largement dépassés.</p>
<p>David a toujours eu une carte d&#8217;identité biométrique. Trop jeune pour avoir connu &#8220;l&#8217;avant&#8221;, quand on pouvait circuler sans. Son grand-père, Simon, lui a raconté comment elles sont arrivées. A l&#8217;époque, dans les années 2010, celles de &#8221; la Grande Dépression Economique&#8221;, Simon était flic. Il travaillait au cabinet du Ministre de l&#8217;Intérieur, un certain Claude Guéant. Un maniaque de la sécurité et du contrôle social.</p>
<div> <span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Le Ministre faisait partie d&#8217;une mouvance de la Droite française fascinée par les néo-conservateurs américains et organisée sur son modèle, de façon plus ou moins occulte, à travers divers clubs et réseaux, plus ou moins formels. Ils aimaient la France, mais bien blanche. Ils étaient républicains, mais pour une République pas trop colorée. On peut adhérer à des principes universels, tout en pensant que chacun chez soi, les vaches seront mieux gardées et, surtout, pas trop métissées. Une, ça va, mais quand il y en a trop&#8230; Cela ne gênait pas Simon. Lui-même était un homme de Droite &#8220;à l&#8217;ancienne&#8221;, humaniste et républicain, mais un peu réac et psycho-rigide, obsédé par la montée de l&#8217;islamisme radical, dossier qu&#8217;il suivait au ministère.</span></div>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">C&#8217;était une époque trouble, où les gens avaient beaucoup de liberté, beaucoup plus qu&#8217;aujourd&#8217;hui, mais il y avait aussi beaucoup d&#8217;insécurité ! Il se passait des choses terribles, on pouvait se faire agresser, voler, cambrioler, escroquer, violer et même assassiner ! Toutes choses inconcevables de nos jours. Le Président du moment s&#8217;appelait Nicolas Sarkozy. Il avait confié à Claude Guéant la mission d&#8217;éradiquer l&#8217;insécurité. En 2011, il fut décidé d&#8217;instituer la carte d&#8217;identité biométrique et de créer une base de données appelée Titres Electroniques Sécurisée (T.E.S). La France était le premier pays à décider de ficher ainsi l&#8217;ensemble de sa population. Officiellement, il s&#8217;agissait de lutter contre l&#8217;usurpation d&#8217;identité qui constituait un vrai calvaire pour les victimes (14.000 </span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#1a1a1a;">personnes</span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"> par an </span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#1a1a1a;">selon l&#8217;Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale.</span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">).</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><strong>Le premier objectif de Simon, conformément à la feuille de route donnée par le Ministre Guéant, était que l&#8217;adoption du fichier biométrique suscite le moins de débat possible.</strong></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"> Les &#8220;irréductibles gaulois&#8221;, de Droite comme de Gauche, sont par nature méfiant vis-à-vis de l&#8217;Etat et de sa tendance à empiéter sur leurs sacro-saintes libertés individuelles. Nous étions à quelques mois des élections présidentielles et il ne fallait pas que ce texte foute le bordel dans la campagne du Président sortant.</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#000000;">Bien qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un texte voulu par le Ministre Guéant,</span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"> il fut décidé d&#8217;initier </span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#000000;">une proposition de loi, issue du parlement, plutôt qu&#8217;un projet de loi présenté par le gouvernement. Pour ce faire, le ministère mobilisa une poignée de parlementaires UMP, députés et sénateurs et leur confia la mission de porter le projet de loi. Avec cette procédure, comme l&#8217;avait dénoncé Serge Blisko, député socialiste spécialiste des droits de l&#8217;homme, il n&#8217;y a pas &#8220;</span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#000000;"><em>de recueil de l&#8217;avis du Conseil d&#8217;État, pourtant indispensable en ces matières, ni obligation de fournir une étude d&#8217;impact.&#8221; </em></span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#000000;">Pour lui</span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#000000;"><em> &#8221;la création d’un fichier qui, à terme, regroupera plusieurs dizaines de millions de personnes, ne peut pas se passer d’un avis préalable du Conseil d&#8217;État et d’une étude d&#8217;impact</em></span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#000000;">&#8220;.</span></span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#000000;">Delphine Batho, députée socialiste spécialiste de la sécurité, rédactrice en 2009 d&#8217;un rapport parlementaire sur les fichiers de la police, en avait rajouté une couche en faisant valoir que &#8220;</span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#000000;"><em>La protection de l&#8217;identité aurait dû faire l&#8217;objet d&#8217;un projet de loi, car il s&#8217;agit d&#8217;un sujet régalien par excellence, donc d&#8217;une prérogative du e gouvernement</em></span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#000000;">&#8220;. De plus, la procédure permettait d&#8217;éviter le contrôle préalable de la CNIL, ce qui est d&#8217;autant plus grave que le texte a été &#8220;</span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#000000;"><em>adopté à la va-vite, au cours d&#8217;une session extraordinaire, dans des délais insuffisants tant pour les travaux en commission que pour la séance publique</em></span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#000000;">&#8220;.</span></span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#1a1a1a;">Le projet de loi proposait d&#8217;intégrer deux puces à la carte d&#8217;identité. La première, une puce dites &#8220;à contact&#8221; fonctionne avec un lecteur, était à vocation commerciale (</span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#1a1a1a;"><em>ndlr c&#8217;est une première sur un document d&#8217;identité administratif, donc régalien</em></span></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#1a1a1a;">). Elle devait sécuriser les achats sur internet. La deuxième puce, de type RFID, contenait deux types de données : celles publiques de l&#8217;Etat-civil du titulaire, mais aussi des données qui relèvent de l&#8217;intimité privée, la biométrie.</span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#1a1a1a;">Le choix technologique de la puce RFID pour lutter contre l&#8217;usurpation d&#8217;identité fut immédiatement dénoncé par </span><span style="color:#000000;">Jean-Claude Vitran, responsable du groupe de travail &#8220;libertés et technologie&#8221; de la Ligue des droits de l&#8217;homme. Il fit valoir que les puces RFID </span><span style="color:#000000;"><em>&#8220;sont lisibles à distance par magnétisme&#8221; </em></span><span style="color:#000000;">et</span><span style="color:#000000;"> seraient </span><span style="color:#000000;"><em>&#8220;faciles à copier&#8221;</em></span><span style="color:#000000;">, pour Jean-Claude Vitran, car </span><span style="color:#000000;"><em>&#8220;il suffit à un pirate de quelques euros et d&#8217;un lecteur de carte basique pour </em></span><span style="color:#1a1a1a;"><em>pouvoir</em></span><span style="color:#000000;"><em> </em></span><span style="color:#000000;"><em>les falsifier&#8221;.</em></span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color:#000000;"><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">En clair, avec la technologie des cartes à puce RFID, <span style="color:#1a1a1a;">donc dite &#8220;proche sans contact&#8221; ( comme pour les pass Navigo ou les passeports), </span>un usurpateur correctement équipé d&#8217;un lecteur à distance n&#8217;a qu&#8217;à vous effleurer pour copier vos données, sans même vous toucher! Cela suppose qu&#8217;il ait préalablement cassé le cryptage du Ministère de l&#8217;Intérieur. Ce n&#8217;est certes pas chose aisée, mais à l&#8217;heure où même le Pentagone américain se fait régulièrement pirater, il est impossible de dire que c&#8217;est impossible&#8230; Une fois le cryptage &#8220;cracké&#8221;, vous avez un accès libre qui permet d&#8217;usurper l&#8217;identité de 46 millions de français adultes, dotés d&#8217;un compte en banque&#8230; Une belle aubaine pour le crime organisé. A défaut de disposer de &#8220;cracker&#8221; de haut niveau, ce qui n&#8217;est pas dit, les mafias disposent d&#8217;autres moyens. De l&#8217;argent pour corrompre un fonctionnaire bien placé, ou d&#8217;informations scabreuses pour le faire chanter, ou d&#8217;hommes de main pour le menacer.</span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Evidement, Jean-Claude Vitran ne se fit pas que des amis chez les industriels fabriquant la carte à puce et son puissant lobby, <span style="color:#1a1a1a;">alléchés par l&#8217;énorme marché des ces millions de cartes électroniques à fabriquer. «</span><span style="color:#1a1a1a;"><em>Il y a sur ce secteur une bataille industrielle</em></span><span style="color:#1a1a1a;">, confirmait Philippe Goujon, député UMP, rapporteur de la loi.</span><span style="color:#1a1a1a;"><em> Si ce ne sont pas les Français qui l&#8217;emportent, ce seront les Allemands, très en pointe mais plus contraignants pour les libertés, ou les Américains, encore plus intrusifs. Dans cette bataille de normes, il vaut mieux avoir le système français</em></span><span style="color:#1a1a1a;">». Pour beaucoup de parlementaires défendant le projet de carte d&#8217;identité biométrique, il s&#8217;agissait aussi de donner un avantage compétitif à l&#8217;exportation aux société françaises, en leur confiant le marché français. Quitte à jouer avec le feu.</span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color:#1a1a1a;font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><strong>Simon avait un deuxième objectif: la loi devait instaurer &#8220;lien fort&#8221; entre les données publiques d&#8217;Etat-civil et les données &#8220;intimes&#8221; de la biométrie.</strong></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color:#1a1a1a;font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Par opposition au &#8220;lien fort&#8221;, le lien dit &#8220;faible&#8221; ne permet pas d&#8217;associer directement et automatiquement l&#8217;identité d&#8217;une personne à des données biométriques, telle qu&#8217;une empreinte génétique retrouvée sur une scène de crime. La Police saura si le criminel est fiché, et donc français, mais devra lui mettre la main dessus physiquement pour l&#8217;identifier. Elle n&#8217;aura plus à effectuer de prélèvement A.D.N sur la population du coin, puisqu&#8217;un simple contrôle de la carte d&#8217;identité biométrique suffira pour arrêter l&#8217;auteur. Avec un lien dit &#8220;fort&#8221;, en quelques &#8220;clics&#8221; sur un ordinateur l&#8217;identification sera immédiate.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#1a1a1a;">L&#8217;opposition socialiste, emmené par Delphine Batho, Serge Blisko, et également Sandrine Mazetier, était à l&#8217;unisson vent debout contre l&#8217;instauration d&#8217;un lien fort. C&#8217;était aussi le cas de quelques uns des parlementaires de la majorité gouvernementale, notamment</span><span style="color:#000000;"> du</span><span style="color:#1a1a1a;"> sénateur UMP François Pillet, rapporteur de la loi au sénat et fervent défenseur des Libertés publiques. Pour ce sénateur de la majorité présidentielle, qui avait dénoncé </span><span style="color:#1a1a1a;"><em>«le premier fichier des gens honnêtes», </em></span><span style="color:#1a1a1a;">d&#8217;une ampleur inégalée puisque </span><span style="color:#1a1a1a;"><em>«susceptible de concerner 60 millions de Français», </em></span><span style="color:#1a1a1a;">établir ce lien fort était extrêmement dangereux. Manque de bol pour Simon, le Sénat que tout le monde pensait </span><span style="color:#1a1a1a;"><em>ad vitam aeternam</em></span><span style="color:#1a1a1a;"> à Droite a basculé à Gauche au cours de l&#8217;année 2011, compliquant un peu plus sa tâche. Simon était un homme pragmatique. Ce qui importait, c&#8217;est que le &#8220;bon choix&#8221; technologique prévale, même avec de fortes restrictions juridiques pour son usage. Ce serait plus facile de changer la loi à la faveur d&#8217;un fait divers dramatique que de passer du &#8220;lien faible&#8221; au &#8220;lien fort&#8221;.</span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="color:#1a1a1a;font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Pour Simon, obtenir que la loi retienne le &#8220;lien fort&#8221; était fondamental. La technologie ne permettait pas de passer facilement du &#8220;lien faible&#8221; au &#8220;lien fort&#8221;. La hantise de Simon était de prévenir un attentat islamiste de grande ampleur. Pour lui, le &#8220;lien fort&#8221; permettrait de gagner un temps qui pourrait s&#8217;avérer vital dans sa lutte contre les réseaux terroristes.</span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#1a1a1a;">Les conséquences que pouvaient avoir le fichage biométrique généralisée de toute la population ne le préoccupait pas plus que celà. Après tout, quand on n&#8217;a rien à se reprocher, pourquoi avoir peur d&#8217;être fiché ? Et puis, c</span>omme le déclarait le sénateur <span style="color:#1a1a1a;">UMP Jean-René Lecerf, co-rédacteur du projet de loi: &#8220;</span><span style="color:#1a1a1a;"><em>potentiellement, elle (ndlr la carte biométrique à lien fort) permet pour ce fichier d&#8217;autres usages que la lutte contre l&#8217;usurpation d&#8217;identité. C&#8217;est vrai que c&#8217;est un pari sur la démocratie. Mais honnêtement, je ne pense pas que les Allemands soient de nouveau à nos portes, ni que Marine Le Pen sera présidente demain</em></span><span style="color:#1a1a1a;">.». Pourtant, en cette année 2011, il était banal de considérer que Marine Le Pen puisse être au second tour de l&#8217;élection présidentielle. Si demain Marine Le Pen n&#8217;avait aucune chance d&#8217;être élue Présidente, qu&#8217;en serait-il d&#8217;après-demain?</span></span></p>
<p align="LEFT"><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><strong>Au début des années 2010, avec &#8220;la Grande Dépression Economique&#8221;, les Etat-Nation européens se sont retrouvés au bord de la faillite.</strong> Le Président Sarkozy l&#8217;avait vu venir &#8220;<em>le rendez-vous fatidique aura lieu en janvier 2012, quand la plupart des pays devront emprunter à des taux très élevés</em>&#8221; (Le Canard Enchainé du 30/11/2011). Le Président était lucide sur la situation. Il savait que pour faire face aux marchés, autant mus par la peur des investisseurs de perdre leur argent que par la voracité des spéculateurs prêts à saisir toutes les opportunités d&#8217;en gagner, le Président déclarait à ses proches &#8220;<em>soit nous en sortirons tous ensemble, soit nous y passeront tous, les uns après les autres</em>&#8221; (Le Canard Enchainé du 23/11/2011).</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Seulement voilà, &#8220;s&#8217;en sortir tous ensemble&#8221; pour faire jouer le principe de &#8220;l&#8217;union fait la force&#8221; supposait que les Etat-Nation acceptent de transférer une part de leur souveraineté dans un pot commun. A l&#8217;époque, ils avaient construit un cadre collectif, l&#8217;Union européenne, et l&#8217;avait même doté d&#8217;une monnaie commune, l&#8217;Euro. Bizarrement, ils n&#8217;étaient pas allés plus loin. Alors que, théoriquement, partager une monnaie suppose de partager également budgets, impôts et démocratie, les pays de l&#8217;Union monétaire c&#8217;étaient contentés d&#8217;adopter d&#8217;un Pacte de stabilité budgétaire bien peu contraignant, pas de budget annuel avec plus de 3% de déficit et pas d&#8217;endettement du pays supérieur à 60% du P.I.B. Ceux qui auraient dû en être les meilleurs garants, les deux grands pays moteurs de la construction européenne, la France et l&#8217;Allemagne, ont été les premiers à s&#8217;asseoir dessus, aux grands dam des autres.</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">L&#8217;édifice bancal a fini par céder sous les coups de boutoir des spéculateurs et la peur des investisseurs, partis placer leur argent sous des cieux meilleurs. L&#8217;Euro a explosé et l&#8217;Union Européenne éclatée.</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><strong>S&#8217;en sortir seul ou tous ensemble? </strong></span><strong>A chaque individu, la question est désormais posée.</strong> La réponse fut vite donnée. Ce sera chacun pour soi, Dieu pour tous et tant pis pour les athées.</p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Partout en Europe, les électeurs en quête de protection face à la violence du capitalisme ultra-libéral mondial ont porté au pouvoir les partis ultra-nationalistes fascisants. En 2017, Marine Le Pen est triomphalement élue Présidente de la République française.</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">L&#8217;Etat surendetté a dû vendre à tour de bras son patrimoine et privatiser les services publics. Sécu, retraites, assurance-chômage, des pans entiers de l&#8217;éducation et de la santé, tout est passé au privé, pour le plus grand bonheur des fonds de pension anglo-saxon et asiatiques.</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Arguant que pour équilibrer les comptes de la Nation, il fallait réduire le nombre de bénéficiaires pour réduire les dépenses, Marine Le Pen a lancé la chasse aux étrangers.</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><strong>Cela n&#8217;a pas suffit. Des voix ont commencé à interroger : pourquoi les Français les plus récents auraient-ils les mêmes droits que ceux dont la souche remonte à plusieurs siècles ?</strong></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"> Ne profitent-ils pas indûment du labeur, du sang et des larmes accumulés par les générations de &#8220;vrais&#8221; Français qui ont fait l&#8217;Histoire de la France éternelle ? Grace au progrès de la génétique, ne serait-il pas normal d&#8217;adapter les droits et devoirs de chacun, en fonction de son code ADN ?</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Sans remonter jusqu&#8217;à Vercingétorix pour se hiérarchiser les uns par rapport aux autres, St Louis ferait un excellent étalon de référence, nous pourrions ajuster les droits civiques et sociaux des membres de la communauté nationale en fonction de son appartenance génétique historique, et donc de sa contribution à la construction du pays ? Evidement, on pourrait mettre un peu de souplesse dans le système, en tenant compte des contributions exceptionnelles des personnes d&#8217;exception, les grands artistes, écrivains, scientifiques, les Prix Nobel et autres médailles Field, etc. Ainsi en fut-il décidé.</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Avec le fichage biométrique de toute la population et le &#8220;lien fort&#8221; mis en place par la loi adoptée en 2012, la base technique était là. Toutes les </span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#1a1a1a;">précautions d&#8217;usage mises en avant par les parlementaires promoteurs de la loi lors de son adoption furent envoyées au cimetière des déclarations des bonnes intentions. Pour le malheur de David, ce que son grand-père avait cyniquement anticipé se produisit : ce que la loi contenait pour protéger des dérives le fichage biométrique de toute la population, une nouvelle loi le défit. Et le tour fut joué !</span></span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Le territoire national fut divisé entre &#8220;zones de plein droit&#8221; et &#8220;zones réservées&#8221;. Pour s&#8217;assurer que des Français &#8220;réservés&#8221; ne s&#8217;égaraient pas chez les &#8220;pleins droits&#8221;, on a intégré aux puces RFID des cartes biométriques les fonctions qui n&#8217;y étaient pas, la géolocalisation et la reconnaissance faciale, écartés par la première loi. Techniquement, un jeu d&#8217;enfant.. Un algorithme fut développé pour </span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><span style="color:#1a1a1a;">ajouter et gérer les critères génétiques correspondants aux nécessités des nouvelles finalités du fichage.</span></span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Pour déterminer les zones réservées, on est parti de celles qui comptaient déjà un très fort taux de Français les plus allogènes, donc les moins Européens, les Noirs, les Arabes, les Asiatiques&#8230; et les Juifs Séfarades. Les Askhénases, présents depuis plus longtempsen Europe, ont eu un peu plus de marge. On les a encouragés à se fondre davantage dans la population &#8220;de souche&#8221;, à renoncer à toute pratique religieuse&#8230; ou à rejoindre volontairement les zones réservées!</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Faut dire que la France est humaniste; les &#8220;zones réservées&#8221; ne sont pas des camps d&#8217;extermination! Juste des jungles abandonnées à elles mêmes, dont les &#8220;Français réservés&#8221; n&#8217;ont pas le droit de sortir, sauf pour aller dans une autre &#8220;zone réservée&#8221;. On en a même créé à la campagne, dans les coins de France à repeupler. Avec un argument simple : vous pourrez plus facilement y survivre en auto-suffisance alimentaire, grâce à la culture de la terre. Vous verrez, la vie y est beaucoup plus agréable que dans les zones réservées urbaines, telle que la célèbre 9-3, où la misère n&#8217;a d&#8217;égale que la violence.</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Grâce aux merveilles de la biométrie, couplée à d&#8217;autres technologies telles que la géo-localisation, la détection sans contact et aux caméras de reconnaissance faciale, il n&#8217;a pas été nécessaire d&#8217;entourer les &#8220;zones réservées&#8221; de barbelés et de miradors. Pour ceux dont la couleur de peau valait preuve de fort taux d&#8217;allogènes, l&#8217;affaire était d&#8217;ailleurs toute vue. Cela ne leur venait même pas à l&#8217;idée de tenter de s&#8217;aventurer en zone de &#8220;plein droit&#8221;. Pour ceux moins repérables visuellement parce que plus blancs, une disposition simple a été prise : au bout de trois récidives &#8220;d&#8217;égarement&#8221; en zone de pleins droits, c&#8217;est la peine de mort. C&#8217;était plus cohérent que de la prison. Aucune n&#8217;aurait été plus terrible que la majeure partie des zones réservées urbaines, sans compter qu&#8217;elles auraient coûté cher à la collectivité</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><strong>David est maintenant en bas de chez lui.</strong></span><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"> Tout à sa joie de retrouver sa femme et ses enfants, il n&#8217;a pas remarqué les deux fourgonnettes noires qui viennent de se garer.</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Sur les écrans, un point d&#8217;interrogation vermeil apparait. Il signale une dame au comportement étrange dans un centre commercial. Elle a l&#8217;air complètement paumée. Probablement une alzheimer que sa famille a omis de signaler. Comme pour les handicapés psychomoteurs, elle aura le choix entre déménager en zone réservée avec son parent dégradé, ou d&#8217;accepter de l&#8217;euthanasier. Au-delà d&#8217;un certain stade de la maladie, les alzheimer eux aussi coûtent trop cher pour être conservés.</span></p>
<p><em><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">Cet article a été publié pour la première fois le 6 décembre 2011 sur LePost.fr, sous le même titre, par Bise Billes de Malik, la page des billets d&#8217;humeur de la Bise de Malik. Ce site étant devenu le Huffington Post, il est remis en ligne sur la Bise pour assurer sa pérennité sur le web</span></em></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><em>* Le texte de loi sur la biométrie a été adopté en 2 ème lecture par l&#8217;Assemblée Nationale le 13 décembre 2011. Les députés ont rétabli le lien fort expurgé du texte par les sénateurs, mais accepté d&#8217;en restreindre l&#8217;usage juridique aux seules infractions liées à l&#8217;usurpation d&#8217;identité (cf interview de Philippe Goujon par Charles Copin http://www.wmaker.net ). L&#8217;étape suivante sera la réunion de la Commission Mixte Paritaire (C.M.P), composée de 7 sénateurs et 7 députés, pour essayer de trouver un compromis sur le seul article qui fait débat, celui qui établit &#8220;le lien fort&#8221;. Faute d&#8217;aboutir, ce sont les députés qui auront le dernier mot. Pour plus d&#8217;infos </em></span><a href="http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/12/13/l-assemblee-adopte-une-proposition-de-loi-contre-l-usurpation-d-identite_1618163_3224.html?utm_source=dlvr.it&amp;utm_medium=twitter" target="_blank">http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/12/13/l-assemblee-adopte-une-proposition-de-loi-contre-l-usurpation-d-identite_1618163_3224.html?utm_source=dlvr.it&amp;utm_medium=twitter</a></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><br />
</span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><em>** <span style="color:#1a1a1a;">Pour le sénateur UMP Jean-René Lecerf, promoteur de la loi, «&#8230; sur le curseur sécurité-liberté, l&#8217;Assemblée va plus près de la sécurité (&#8230;)&#8221; Il assume ainsi clairement un choix technologique liberticide. Le problème est que la sécurité et la liberté sont des valeurs fondamentales toutes aussi importantes l&#8217;une que l&#8217;autre pour une société démocratique. L&#8217;enjeu est de trouver une technologie qui permette de les concilier. Ce n&#8217;est pas le cas des choix technologiques retenus par la majorité gouvernementale.</span></em></span></p>
<p><span style="font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;"><br />
</span></p>
<p><em><span style="color:#1a1a1a;font-family:arial, helvetica, sans-serif;font-size:small;">*** Petites bibliographie extraite du journal Le Monde, de Libération et Numérama</span></em></p>
<p><em><span style="color:#0021bd;"><span style="font-family:helvetica;font-size:small;">http://www.numerama.com/magazine/19307-tout-savoir-sur-la-carte-d-identite-biometrique-et-numerique.html</span></span></em></p>
<p><em><a href="http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/07/08/pas-encore-adoptee-la-carte-d-identite-biometrique-est-deja-critiquee_1546615_3224.html"><span style="color:#0021bd;"><span style="font-family:helvetica;font-size:small;">http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/07/08/pas-encore-adoptee-la-carte-d-identite-biometrique-est-deja-critiquee_1546615_3224.html</span></span></a></em></p>
<p><em><span style="color:#0021bd;"><span style="font-family:helvetica;font-size:small;">http://www.liberation.fr/politiques/01012347958-la-france-bientot-a-l-heure-biometrique</span></span></em></p>
<p><em><span style="color:#0021bd;"><span style="font-family:helvetica;font-size:small;">http://www.liberation.fr/societe/01012355713-avec-la-carte-d-identite-electronique-la-peur-du-fichage-generalise</span></span></em></p>
<div><em><span style="color:#0021bd;"><span style="font-family:helvetica;font-size:small;"><br />
</span></span></em></div>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/bisedemalik.wordpress.com/189/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/bisedemalik.wordpress.com/189/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/bisedemalik.wordpress.com/189/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/bisedemalik.wordpress.com/189/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/bisedemalik.wordpress.com/189/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/bisedemalik.wordpress.com/189/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/bisedemalik.wordpress.com/189/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/bisedemalik.wordpress.com/189/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/bisedemalik.wordpress.com/189/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/bisedemalik.wordpress.com/189/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/bisedemalik.wordpress.com/189/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/bisedemalik.wordpress.com/189/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/bisedemalik.wordpress.com/189/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/bisedemalik.wordpress.com/189/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bisedemalik.wordpress.com&amp;blog=4620067&amp;post=189&amp;subd=bisedemalik&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Les Gogos et les Affranchis, ou la Théorie des Deux Mondes.</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Jan 2011 13:33:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>bisedemalik</dc:creator>
				<category><![CDATA[crise économique]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[présidentielles 2012]]></category>
		<category><![CDATA[primaires socialistes]]></category>
		<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>
		<category><![CDATA[hedge fund]]></category>
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		<description><![CDATA[Cela saute aux yeux des économistes, mais ils regardent ailleurs. Les politiques s&#8217;en doutent, mais préfèrent se taire, de peur d&#8217;aviver un peu plus la colère populaire. Les banquiers et autres &#8220;investisseurs&#8221; le savent et se gavent. Une question se pose à l&#8217;évidence : et si l&#8217;argent &#8220;noir&#8221; de toutes les mafias et de tous [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bisedemalik.wordpress.com&amp;blog=4620067&amp;post=146&amp;subd=bisedemalik&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Cela saute aux yeux des économistes, mais ils regardent ailleurs.</strong> Les politiques s&#8217;en doutent, mais préfèrent se taire, de peur d&#8217;aviver un peu plus la colère populaire. Les banquiers et autres &#8220;investisseurs&#8221; le savent et se gavent. Une question se pose à l&#8217;évidence : et si l&#8217;argent &#8220;noir&#8221; de toutes les mafias et de tous les trafics avait sauvé le système financier mondial et, donc, le monde ?</p>
<p>Pour les économistes, la question relève quasiment de la plus simple arithmétique. Déjà, avant la crise, il était évident qu&#8217;une partie de la spéculation était alimentée par l&#8217;argent «noir» stocké dans les paradis fiscaux, recyclée ensuite par les Hedge funds. Les premiers collectent l&#8217;argent soustrait à l&#8217;économie légale que les seconds réintroduisent en leur permettant d&#8217;y acquérir de façon légale des actifs légaux&#8230; A titre d&#8217;exemple, tout le monde sait qu&#8217;un des moteurs de la spéculation immobilière sur les côtes espagnoles, avec pour résultat des complexes touristiques vides à perte de vue, est le blanchiment de l&#8217;argent du crime organisé. Depuis, la crise nous laisse entrevoir la place insoupçonnée qu&#8217;occupe l&#8217;économie illégale dans l&#8217;économie mondiale.</p>
<p>Un élément d’évaluation du rôle d’amortisseur du cataclysme financier joué par les Hedge funds est la vitesse à laquelle les banques se sont refait une santé. Certes, depuis deux ans, elles empruntent quasi gratuitement auprès des banques centrales pour ensuite prêter avec des taux d’intérêt confortables. Même si l&#8217;atonie de la croissance a un impact sur la demande de crédit, les banques ont ainsi refait leurs marges et leurs trésoreries sur le dos des contribuables, des consommateurs et des entreprises. Et recommencent à distribuer des bonus à tout va ! Ce qui est étonnant, c&#8217;est qu&#8217;il y a quelques mois encore, elles se méfiaient tellement les unes des autres qu&#8217;elles en étaient à refuser de se prêter mutuellement de l&#8217;argent, ce qui est pourtant la base de leur métier&#8230; Une explication est que le gros des pertes subies l&#8217;ont été hors-bilan de la comptabilité officielle des banques. Elles sont passées du côté de leurs faces cachées, leurs filiales dans les paradis fiscaux et les Hedge funds. De fait, l&#8217;opacité de ces places financières off-shore et des Hedge funds a limité les phénomènes de propagation et de panique des marchés. Une perte que l&#8217;on ne sait pas chiffrer est une moindre perte, et pour un cours en bourse, une perte que l&#8217;on ne voit pas est une perte qui n&#8217;existe pas&#8230;</p>
<p>Il est impossible d’estimer précisément le nombre de Hedge funds qui ont fait faillite à travers le monde depuis 2008. Certaines estimations avancent 10 000 liquidations, d&#8217;autres 15 000, d&#8217;autres 20 000 … La réalité est qu&#8217;en l&#8217;absence d&#8217;instance de contrôle et de régulation de ces fonds spéculatifs à l&#8217;échelle mondiale, personne n&#8217;en sait rien.</p>
<p>L’intérêt pour le système financier est qu’une partie des pertes subies par les Hedges fund l&#8217;a été sur des fonds à l&#8217;origine douteuse. Avec l&#8217;argent sale, les pertes sont comme les gains : inavouables ! Donc invisibles ! Simplement, il y a quelques &#8220;investisseurs&#8221; dont la faillite a entraîné un tragique &#8220;accident&#8221;, une malencontreuse noyade … ou deux balles dans la tête, tout aussi &#8220;accidentelles&#8221;!</p>
<p><strong> Instinctivement, nous avons tendance à considérer que la part de l&#8217;argent sale dans l&#8217;économie mondiale est relativement marginal</strong>e par rapport aux sommes drainées par l&#8217;économie officielle et réglementée. Mais, si on additionne l&#8217;argent de la fraude fiscale à celui de la corruption, du racket, des trafics illégaux en tous genres ; armes, drogues, espèces animales protégées, sans oublier la traite humaine que représente l&#8217;exploitation de la prostitution ou de l&#8217;immigration clandestine, auxquels il faut ajouter l&#8217;argent généré par tout ce que le crime plus ou moins organisé gère, depuis les déchets en Italie jusqu&#8217;aux jeux en Asie, en passant par la spéculation immobilière partout à travers le monde, à quel part d&#8217;argent sale dans le système économique mondial arrive-t-on réellement ? Moins de 15 % ? Un quart ? Un tiers ? Plus ?</p>
<p>À la limite, peu importe. Ce qui est important, c&#8217;est de comprendre que la face cachée du système est partie intégrante du système ! Elle lui est consubstantielle.  En fait, il n’y a ni argent «sale», ni argent «propre», ni argent «noir», ni argent «blanc», mais que de l’argent sans odeur et sans couleur, de l’argent «trouble». Plus qu&#8217;un casino, le système financier mondial est avant tout une lessiveuse, où se mélangent allégrement économie légale et économie illégale.</p>
<p><strong>La fraude fiscale en fournit le meilleur exemple.</strong> D&#8217;ailleurs, comme le font observer les banquiers, peut-on réellement parler de fraude, dès lors qu&#8217;il existe des mécanismes internationaux de circulation de l&#8217;argent qui permettent, <em>in fine</em>, de le soustraire légalement à l&#8217;impôt ?  Si les grandes banques, qui ont pignon sur rue, ont le droit d&#8217;ouvrir de multiples filiales dans les paradis fiscaux, dont le nom à lui tout seul résume bien l&#8217;objet, comment peut-on leur reprocher d&#8217;en profiter et d&#8217;en faire profiter leurs clients ? Dans ce contexte, il est déplacé, pour ne pas dire quasi diffamatoire, d’utiliser le terme de «fraude» pour qualifier ce que les banquiers appellent de «l’optimisation fiscale». Nuance&#8230;</p>
<p>Alors, «fraude» ou «optimisation» fiscale ? On peut certes se référer à l&#8217;esprit de la démarche, l’objectif étant clairement de soustraire de l’argent à l’impôt.  C’est ce que les autorités américaines ont fait avec la banque suisse U.B.S, afin de la forcer à &#8220;balancer&#8221; les noms de ses clients fraudeurs. U.B.S envoyait ses banquiers prospecter les contribuables aux quatre coins des Etats-Unis pour leur proposer des placements en Suisse. Ces commerciaux hors norme, avec pseudonymes et visas touristiques, utilisaient des méthodes et des outils dignes de James Bond ! Leurs ordinateurs étaient tellement bien cryptés que même les douanes américaines, pourtant rodées à la lutte antiterroriste et anti-narcotique, ne sont pas arrivées à les &#8220;craquer&#8221;. Il est difficile de croire qu’U.B.S n&#8217;était pas parfaitement consciente de l&#8217;ambivalence de sa «prospection commerciale».</p>
<p>Comme l&#8217;a expliqué doctement l&#8217;ineffable Eric Woerth à l&#8217;occasion de l&#8217;affaire Bettencourt, on peut tout à fait mettre en œuvre des mécanismes légaux pour soustraire illégalement de l&#8217;argent au fisc&#8230; Donc, la réponse à «fraude» ou «optimisation» fiscale dépend de qui, où, quand, comment&#8230;  Depuis le début de la crise, la simple lecture de la presse amène à une évidence ; s’il n’y a bien qu’un système, il y a aussi deux mondes. Celui des Gogos et celui des Affranchis !  Il y a un monde où il est sans cesse question de transparence, d&#8217;éthique et de morale, un monde où chacun est prié de se conformer à la Règle et à la Loi. Un monde où les perspectives de progression du pouvoir d&#8217;achat ou de valorisation du patrimoine compensent péniblement l&#8217;inflation et les aléas du marché. Et puis, il y a un autre monde, caché et opaque, où tout est permis, pourvu que cela rapporte. Un monde où échapper à la loi est la règle. Où l&#8217;éthique et la morale servent d&#8217;instrument d&#8217;asservissement des Gogos, ceux-là mêmes qui n&#8217;ont pas compris qu&#8217;il y avait deux mondes !</p>
<p>Il y a aussi ceux qui sont au carrefour des deux mondes, qui ont un pied chez les Gogos et un autre chez les Affranchis. Les banquiers, par exemple. Ils font le pont entre les deux mondes. Ils &#8220;fluidifient&#8221; le système, trouvent les &#8220;synergies&#8221; entre les règles du monde des Gogos et l&#8217;argent de celui des Affranchis. Tant et si bien que l&#8217;on ne sait plus s&#8217;ils &#8220;blanchissent&#8221; … Ou s&#8217;ils &#8220;noircissent &#8220;! À l&#8217;image de la BNP, qui vient sous les feux de la rampe annoncer, en fanfare et la main sur le cœur, qu&#8217;elle liquide ses filiales dans les paradis fiscaux, tout en rédigeant des notes internes faisant de la gestion de patrimoine des particuliers fortunés, c&#8217;est-à-dire de «l&#8217;optimisation fiscale», sa priorité de développement à l&#8217;international &#8230; Le jour, on joue du violon aux Gogos, et la nuit on fait fructifier l&#8217;argent des Affranchis</p>
<p>Pour les amateurs de comique froid, il n&#8217;y a rien de plus hilarant qu&#8217;un banquier français justifiant les bonus accordés à ses traders. Il se balance sur un pied pour dire qu&#8217;il comprend l&#8217;incompréhension des Gogos. Puis, il bascule sur son autre pied pour expliquer à demi-mot qu&#8217;il existe un &#8220;ailleurs&#8221;, un autre monde, &#8220;terrible&#8221;, avec d&#8217;autres règles. Un monde où les bonus qu&#8217;il distribue à ses traders sont normaux, voire même modestes. Et que s&#8217;il ne le fait pas, ses meilleurs éléments iront dans cet &#8220;ailleurs&#8221; et sa Mecque, Singapour, paradis du trader, où la crise n&#8217;existe pas !  En tout cas, pas pour les banquiers …</p>
<p><strong>Pour les Affranchis, le bilan de la crise n’est pas si mauvais que cela.</strong> Certes, certains ont beaucoup perdu, mais c’est très relatif : ils avaient aussi beaucoup gagné ! Récemment, la veuve d&#8217;un ancien associé de Madoff, l&#8217;escroc de Wall Street, a restitué sept milliards de dollars au liquidateur judiciaire chargé d&#8217;indemniser les victimes (soit plus de 5,2 milliards d&#8217;euros). Elle n’est pas pour autant sur la paille. Contrairement à Madoff, très peu de gérants de fonds ont eu à rendre de comptes, alors que l’ensemble du système financier international a fonctionné dans une logique de cavalerie. Dans ce système, financer des dettes par la création de nouvelles dettes, n’était pas l’exception mais bien la règle. On appelle cela, la «titrisation». Sur le fond, le seul tort de Madoff est d’être mauvais en math. Si au lieu de fonctionner «à l’ancienne», il avait utilisé les modèles mathématiques développés par les petits génies de l’industrie financière, il ne dormirait pas en taule aujourd’hui.</p>
<p>De même, si suite à la crise, les gouvernements ont imposé de nouvelles contraintes de gestion aux banques, ils n’ont pas pour autant remis en cause les deux piliers essentiels sans lesquels le monde des Affranchis n’existerait pas : les paradis fiscaux et les Hedges funds.</p>
<p>Manifestement, la Politique et l’Argent ont passé un compromis. Au terme de ce Yalta, les premiers ont imposé des règles censées prévenir la faillite d’un acteur qui ferait courir un risque systémique aux marchés. Ces mesures ont été mal accueillies par l&#8217;industrie financière. Elle les a acceptées de mauvaise grâce et à une seule condition : pas de réglementation contraignante sur les Hedge funds et pas de bannissement des paradis fiscaux de l’économie officielle. En préservant ces deux piliers, les banques se donnent les moyens de continuer ce qu’elles faisaient avant, par d’autres voies. La seule chose vraiment nouvelle pour elles, c&#8217;est la nécessité de créer elles-mêmes de plus en plus de Hedge funds &#8230; c&#8217;est-à-dire la multiplication de fonds d&#8217;investissement qui échappent à toutes les mesures de contrôle et obligation de transparence imposées aux entreprises cotées en bourse et aux banques elles-mêmes&#8230; Les mêmes causes produisant rarement autre chose que les mêmes effets, l&#8217;avenir nous dira, à l&#8217;occasion de la prochaine crise, si les mesures de protection prises par les gouvernements ne sont pas autant de lignes Maginot&#8230;</p>
<p>Pour les Affranchis, il y a enfin une excellente nouvelle due à la crise : l’affaiblissement substantiel des Etats, qui se sont surendettés pour sauver le système financier. Pour faire face à la dette, ils vont devoir vendre les bijoux de famille ! Cela sent les privatisations tous azimuts. Comme toujours dans ces cas-là, il va y avoir des affaires à faire pour les Affranchis sur le dos des Gogos. Et ce dans tous les domaines : éducation, santé, transports, infrastructures ; cela va être la fête au village ! Premières victimes du dépeçage, les salariés en général et les fonctionnaires en particulier. Cela tombe bien, ils font partie du monde des Gogos.</p>
<p><strong>Si les Affranchis se gardent bien d’expliquer la réalité des Deux Mondes aux Gogos</strong>, ils ne la leur cachent pas non plus. Ils la font accepter. Les Affranchis sont des êtres humains. Ils ont besoin d’avoir une certaine estime d’eux-mêmes. Ils ont des enfants, à qui ils ne peuvent pas dire, «tu vois, mon bébé d&#8217;amour, Maman et Papa polluent à mort la planète et exploitent sans vergogne la misère humaine pour accumuler un maximum de richesse, à ne plus savoir qu&#8217;en faire&#8230;». Vu et dit comme cela, se serait invivable !  Ce n’est pas la moindre performance des  néoconservateurs libéraux d’être parvenu à imposer leur hégémonie culturelle, en plus de leur domination idéologique et de l’application aux quatre coins du monde de leurs préceptes de politique économique. Vivre le capitalisme devient plus doux pour les Gogos quand être un Affranchi est dans l’ordre des choses et de la nature !</p>
<p>Une bonne illustration de cette hégémonie culturelle nous est donnée par la mode «Pirate» qui sévit depuis une vingtaine d&#8217;années. Elle transcende les clivages générationnels, sociaux, idéologiques, culturels et est mondiale. Vous retrouverez ses codes aussi bien sur un sexagénaire Hell&#8217;Angel, Rock au vent et drapeau sudiste sur la Harley, que sur l&#8217;ado black des cités qui ne jure que par le Hip-hop, ou sur l&#8217;alternatif anarchiste trentenaire, qui clame sa révolte anticapitaliste dans les Rave Partys. Les Affranchis adorent la mode «Pirate». Le langage boursier est truffé de références à la flibuste. Dans une version revisitée et idéalisée de l’Histoire, les «Frères de la Côte» incarnent une communauté d’hommes libres qui élisaient leurs chefs, par opposition aux Etats Royaux et autocratiques, dont ils pillaient les vaisseaux. Des pirates semblables aux Affranchis, qui eux aussi incarnent la Liberté contre les Etats qui prétendent protéger les Gogos, dénoncés comme autant de Big Brother’s, totalitaires et liberticides. Dans cette imagerie, tout le monde peut devenir pirate. Si on reste serf, c&#8217;est-à-dire esclave plutôt qu&#8217;homme libre, c&#8217;est que l&#8217;on l&#8217;a choisi ! C’est pareil entre les Gogos et les Affranchis. Si on est un Gogo, c&#8217;est parce que l&#8217;on n&#8217;est pas fait pour être affranchi. On est Affranchi «parce qu’on le vaut bien !», comme on dit chez l’Oréal.</p>
<p>Une autre manifestation de la domination culturelle qui permet aux Affranchis d’être fiers d’eux-même nous est fournie par l’archétype du héros hollywoodien. C’est un héros solitaire, sombre et taciturne, à cause de la méchante société qui a tué l’amour qu’il portait en lui. Il est sans illusion sur un système gangrené par la corruption. Son humour est cynique et acide, comme la vie. Parfois, le héros rencontre son alter ego, souvent une femme qui a une chance sur deux de mourir avant la fin du film, mais ce peut être également un pote, avec lequel il a une relation gay non assumée et qui lui n’a aucune chance de survivre à la fin du film. Il lui arrive aussi d’avoir un enfant, mais rarement plus : pourquoi donner la vie dans ce monde pourri ? Heureusement, grâce à Dieu, il y a toujours un espoir de rédemption et de bonheur dans un paradis futur. Dans cette vision du monde où la vie est une survie, l&#8217;Affranchi est comme le héros hollywoodien, un pauvre être qui essaie de s&#8217;en sortir comme il peut, avec une seule règle du jeu, chacun pour soi et Dieu pour tous ! En toile de fond le message constant délivré par ces films hollywoodiens est : l&#8217;Enfer, c&#8217;est les Autres.</p>
<p>Au terme d&#8217;un vingtième siècle entamé sur la promesse du socialisme triomphant portée par la révolution bolchevique et achevé sur le triomphe du capitalisme ultralibéral avec la chute du Mur de Berlin, la gauche est à reconstruire à tout point de vue, à commencer dans les têtes. N&#8217;en déplaise à Hollywood, si l&#8217;Enfer, ce sont les Autres, le Paradis, aussi ! L’Humain est un animal social. Il ne peut pas vivre sans les autres. Il peut vivre autrement que contre les autres. Il peut aussi vivre avec les autres. Il peut même vivre pour les autres ! C’est ce qu’il fait quand il pense à l’avenir des générations futures et au monde qu’il va léguer à ses enfants.</p>
<p>Alors que l&#8217;implacable logique de l&#8217;ultralibéralisme exacerbe tous les égoïsmes, tous les nationalismes et intégrismes religieux, la Gauche doit remettre au goût du jour et dans les esprits le collectif, l&#8217;amour, la solidarité. C’est ce que portaient les cortèges des manifestations contre la réforme des retraites. Tous ceux qui y ont participé ont été frappés par l&#8217;esprit de communion et le plaisir d&#8217;être ensemble, tous ensemble, qui s&#8217;en dégageaient. La gauche doit proposer une autre vision du monde et de l&#8217;humanité que celle qui est vendue par le modèle dominant. Elle doit reprendre le flambeau de ses valeurs de solidarité, de fraternité et d’humanisme, celles qui nous attachent aux protections collectives contre les aléas de la vie et l’injustice sociale. Elle doit les faire vivre dans les têtes, en faire la référence culturelle au sens de Gramsci. C’est la première condition pour qu’il n’y ait plus qu’un seul monde, avec les mêmes règles du jeu pour tous.</p>
<p><strong>En attendant et alors que le risque d&#8217;une explosion globale du système financier semble écarté,</strong> au point que tout continue comme avant, on se dit que les Affranchis ont encore de beaux jours devant eux et peuvent dormir tranquilles. En tout cas, ce n’est pas les socialistes français qui risquent de les réveiller. À la lecture des textes pondus tout au long d&#8217;une année consacrée à des conventions plus avariées que diverses, les socialistes sont à des années-lumière de la théorie des deux mondes. Pourtant, les Gogos ont beau être des Gogos, ils savent qu’il existe un autre monde. Ils ont le sentiment que les socialistes ont peur de leur dire la vérité. Et qu&#8217;ils en sont donc complices&#8230; C&#8217;est dommage, car les Gogos votent&#8230;</p>
<p>S&#8217;il existe une antienne socialiste, au point d&#8217;être devenue une tarte à la crème de tous les textes, c&#8217;est bien la citation de Jaurès « partir du réel pour aller à l&#8217;idéal». C’est effectivement une bonne méthode. Encore faut-il commencer par énoncer la réalité de ce réel, même si cela fait lutte des classes ! Car c’est bien cela qui gêne aux entournures une bonne partie du Parti. Á l&#8217;heure où les classes moyennes sont en train de prendre conscience qu&#8217;elles sont en voie de paupérisation accélérée et que leurs enfants auront moins que ce qu&#8217;elles ont aujourd&#8217;hui, ce n&#8217;est pas le moindre paradoxe du P. S que d&#8217;avoir ce genre de minauderie. Lors de l’élection présidentielle de 2002, Pierre Mauroy rappelait que «ouvrier» n’était pas un gros mot. Ce n’est pas non plus être un con fini. Les électeurs des quartiers populaires, si indispensables à la victoire de la Gauche, ont compris depuis longtemps qu’il y a deux mondes.</p>
<p>Mésestimer l’intelligence des électeurs est un mauvais pari pour gagner l’élection présidentielle. Avec la crise, l’emploi, la protection sociale et le pouvoir d’achat sont les trois questions majeures qui intéressent les Gogos. Loin devant toutes les autres, sécurité comprise. Il n’y aura pas de discours politique crédible sur ces trois questions qui fasse l’impasse sur notre dépendance au monde. Et donc sur la nécessité de le changer. Ces trois questions n’intéressent pas que les Gogos français, mais tous ceux de la planète. Y a-t-il de par le monde un peuple qui soit contre jouir d&#8217;emplois, d&#8217;une bonne protection sociale et d&#8217;un pouvoir d&#8217;achat satisfaisant ?</p>
<p>Le comble, c’est que dans les catalogues de la Redoute que sont les textes pondus à l’occasion de leurs conventions, les socialistes disposent de moult mesures à même de transformer radicalement le capitalisme, et donc à changer le monde. Ce qui manque, c’est de les remettre dans une vision globale à la hauteur des défis de la mondialisation, de générer ainsi une ambition qui fasse émerger une volonté. Et comme le dit une autre formule tarte à la crème du P. S, héritée de Mitterrand celle-ci, «là où il y a une volonté, il y a un sentier» ! (Ndlr : il a peut-être dit «chemin», mais l&#8217;époque était faste).</p>
<p>C’est ce à quoi va s’attacher la Bise lors d’un prochain article au titre tout trouvé : «Au bout du monde, mais à gauche ! «</p>
<p><em>Sur la dualité du monde, la Bise recommande vivement à ses lecteurs un excellent documentaire intitulé «Let’s Make Money». Malgré quelques longueurs, c’est une extraordinaire enquête sur le capitalisme d’aujourd’hui.</em></p>
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		<title>Le piège de Sarko</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Sep 2010 10:09:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>bisedemalik</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C’est parti !  Chacun l’aura compris, la campagne présidentielle a commencé. Depuis la défaite de la Droite aux régionales, nous avions déjà Nicolas Sarkozy en piste. Une campagne électorale, c’est un peu une tragédie grecque. Notre Président a posé la trame de celle qu’il voudrait nous raconter, celle qui le fera réélire. Et ça peut [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bisedemalik.wordpress.com&amp;blog=4620067&amp;post=135&amp;subd=bisedemalik&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-size:12.96px;"><strong>C’est parti !  Chacun l’aura compris, la campagne présidentielle a commencé.</strong> Depuis la défaite de la Droite aux régionales, nous avions déjà Nicolas Sarkozy en piste. Une campagne électorale, c’est un peu une tragédie grecque. Notre Président a posé la trame de celle qu’il voudrait nous raconter, celle qui le fera réélire. Et ça peut marcher. Comme pour les histoires de cul et de cœur, une présidentielle a plus de sel à plusieurs qu’en solitaire. Ca tombe bien, puisque le voilà rejoint par Marine Le Pen et Eva Joly, dont l’investiture par leur parti respectif sera une formalité.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Pour ce qui est des socialistes, outre François Hollande qui trace son sillon depuis plusieurs mois et qui ira au bout de sa candidature aux primaires, nous avons maintenant Martine Aubry ! C’est le sens de son discours à La Rochelle. Elle sent que la voie est libre et qu’elle peut brasser large. Pas un dirigeant qui n’ait eu droit à son petit mot gentil, François Hollande compris, alors que c’est son adversaire le plus déterminé. Elle est tellement sûre de sa victoire à la désignation, qu’elle est déjà dans le coup d’après, le rassemblement. Certes, Martine Aubry n’a pas formellement dit « je suis candidate à l’élection présidentielle », mais c’est tout comme. Au point de laisser tomber son look à la Angela Merkel et sa couleur fétiche, le noir (on a toujours l’impression qu’elle est entre deux enterrements), pour apparaître à la tribune de La Rochelle dans une belle robe blanche, toute immaculée. On aurait dit Ségolène en brune !</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">A contrario, il y a tous ceux qui voudraient être calife à la place du calife, dont on pressent qu’ils joueront, au mieux, les seconds rôles. Première victime, DSK. Il est coincé entre la parole donnée à l’ensemble des dirigeants de la planète d’aller au terme de son mandat au FMI et le calendrier de l’élection présidentielle. A froid, on ne voit pas comment il pourrait débouler dans le jeu franco-français avec les habits d’un menteur opportuniste qui aurait fait un bras d’honneur à l’ensemble de ceux qui l’ont soutenu, l’Union européenne, les Etats-Unis, une bonne partie du G20 et moult pays en voie de développement. Comment pourrait-il prétendre représenter la France sur l’échiquier international? Il  paierait cash son parjure tout au long de la campagne. Pour sortir de cette tenaille, il n’y avait qu’un seul scénario possible pour DSK, celui d’un Parti Socialiste déchiré et transformé en champs de ruines, qui l’appellerait comme son homme providentiel. Manifestement, cela ne sera pas le cas et DSK restera « out of the game ».</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Autres victimes socialistes putatives de notre tragédie présidentielle, tous les jeunes loups qui s’y verraient bien et Ségolène. Contrairement à DSK, ils et elle peuvent prétendre avoir (encore) leur destin en main. Encore faudrait-il qu’ils apportent ou qu’ils incarnent quelque chose de nouveau. Et c’est bien là que le bât blesse. Grosso modo, tout le monde est sur la même ligne politique, la « France apaisée », ce qui augure mal d’une gauche audacieuse … On en a déjà un aperçu : quand il y a surenchère sur un sujet, on est plus dans le conformisme et le conservatisme que dans l’innovation progressiste ! Et c’est bien là le problème des primaires : faute de véritable différentiation politique entres les candidats socialistes, elles risquent de rapidement tourner au concours de beauté !</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Des primaires qui mettraient en jeu toute la gauche et les écolos auraient un sens à la fois politique et stratégique. Elles permettraient à chaque composante d’exprimer son identité et de mesurer ce qu’elle pèse dans l’électorat en vue des futurs accords pour les législatives, tout en dégageant  un candidat unique pour le premier tour de l’élection présidentielle.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;"><strong>Au vu des intentions de vote pour Marine Le Pen, un candidat unique de la gauche ne serait pas du luxe !</strong> Elle a consolidé sur son nom le capital constitué par papa, tout en recentrant le FN sur le créneau d’un parti ultra-conservateur populiste pour mieux aller braconner sur les terres de l’UMP. Ca marche et pas seulement dans les sondages. Depuis les élections régionales, les adhésions affluent au Front National. Quand simultanément, des gens aux quatre coins de la France font l’effort de donner de leur temps et de leur argent à un parti politique, cela peut paraître anecdotique, mais ça n’a rien d’anodin : ça s’appelle une dynamique politique.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">À un peu plus de dix-huit mois de l’échéance suprême, tout indique que Marine Le Pen sera dans le trio de tête. Or il n’y a que deux places qualificatives pour le second tour … Edouard Balladur en 1995 et Lionel Jospin en 2002 en ont fait l’amère expérience, pour une poignée de voix. Avec un FN à un niveau très élevé, il en y aura au moins une des deux qui se jouera dans un mouchoir de poche.  Pour ce qui est du futur(e) candidat(e) socialiste et de Nicolas Sarkozy, la qualification au second tour dépendra en grande partie de l’éparpillement des voix de leur camp au premier tour.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Si on se réfère au score de Jacques Chirac au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, on peut estimer le socle électoral d’un candidat sortant, issu du RPR et totalement décrédibilisé à un peu moins de 20 % des voix. Pour mémoire, Nicolas Sarkozy avait fait 31 %  en 2007, avec un Jean-Marie Le Pen à 10% (contre quasiment 17% en 2002). On pourrait croire que le président sortant a donc de la marge. Elle est pourtant très faible. Si Marine Le Pen refait en 2012 le score de son père en 2002, c’est 7 points de moins pour Sarko. Si à cela vous ajoutez un candidat du Nouveau Centre (Hervé Morin), un candidat catho traditionaliste (Christine Boutin et/ou Philippe de Villiers), un candidat  gaulliste (Dominique de Villepin), bref une offre électorale pour les diverses catégories de déçus de l’UMP et du sarkozisme, la marge du président sortant risque de fondre comme neige au soleil. On comprend son extrême nervosité, pour ne pas dire sa colère, à l’égard de son ministre de la Défense.</span></p>
<p>P<span style="font-size:12.96px;"><strong>our le candidat de gauche, l’équation n’est guère meilleure.</strong> En 2007, Ségolène Royal a fait 25% des voix au premier tour, mais avec une extrême gauche très basse ( 6%, tous candidats confondus), un parti communiste et des verts à l’étiage (2% et 1,5 %). Au vu des résultats des élections qui se sont tenues depuis, tout porte à croire que ces diverses composantes feront un meilleur résultat en 2012, à commencer par les écolos, qui ont décuplé leur score depuis. On peut certes relativiser en observant que le taux de participation est faible aux élections intermédiaires, ce qui avantage en général les petites formations, et très élevé aux présidentielles. On peut également penser que François Bayrou n’arrivera pas à reproduire sa performance au premier tour de 2007, 18,5% des voix, et qu’une partie nourrira la progression des Verts ou reviendra sur le candidat socialiste. Ceci étant et sans aller jusqu’à reproduire le score calamiteux de Jospin en 2002, chacun comprendra aisément qu’une progression substantielle de la gauche non-socialiste et des écolos au premier tour de 2012 ramènera le score du candidat socialiste aux alentours de 20%, soit dans la zone dangereuse où la qualification au second tour se jouera pour quelques voix de plus … ou de moins.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">A défaut de s’entendre sur un processus de primaire pour être en mesure de présenter un candidat unique de la gauche et des écologistes au premier tour, il y a l’option de s’entendre sur un programme législatif et de passer des accords pour les élections législatives qui engloberaient socialistes, écolos et Front de gauche. Cela rassurerait les électeurs des composantes minoritaires sur la bonne représentation de leur sensibilité, ce qui les encouragerait à voter utile, donc socialiste, dès le premier tour. Cela limiterait les risques de dérapages fratricides et la tentation de taper sur le collègue pour se faire valoir auprès de l’électorat de gauche. Seulement voilà, si on s’en tient aux grands sujets qui ont agité l’été, l’immigration, la sécurité et la toxicomanie, c’est pas gagné.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Nous ne sommes plus à une époque où les partis étaient relativement maîtres de leur électorat. Il faut dire que l’électeur a changé. Il est de plus en plus consumériste, volatile, versatile, indécis et ce jusqu’à l’instant où il glisse son bulletin dans l’urne. Entre le moment où les partis présenteront officiellement leur candidat et les premiers résultats au journal de 20h le soir du premier tour, tout peut bouger, tout peut changer. A gauche, on peut compter sur un certain Nicolas Sarkozy pour qu’il en soit ainsi.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;"><strong>Une campagne présidentielle emprunte beaucoup à l’art de la guerre. Sarko en applique les fondamentaux.</strong> Et en plus, il l’affiche ! Premier temps de la manœuvre, étirer les lignes de l’adversaire, pour mieux y enfoncer des coins là où ça fait mal. C’est l’objet de la gesticulation sur la sécurité.  De deux choses l’une : soit les socialistes le suivent, en rajoutent et, à chaque louche supplémentaire, ils se coupent un peu plus de leurs premiers alliés, et surtout de leurs électeurs. Soit ils essaient de résister à la surenchère et ils laissent à Sakozy le monopole de l’autoritarisme sur un créneau sensible, qui transcende les clivages plus sociaux et catégoriels, à son bénéfice. Comme dirait Ségo, Sarko joue «gagnant-gagnant».</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Deuxième temps de la manœuvre, il va appliquer le premier précepte de la guerre de mouvement, ne jamais arriver par là où l’on vous attend. Ce sera l’objet de sa présidence du G 20. Il va en faire des tonnes sur le thème de l’anticapitalisme libéral et le discours antisystème. Même Olivier Besancenot aura du mal à y changer une virgule ! Et surtout, il va trouver les liaisons avec les préoccupations plus immédiates de certaines catégories d’électeurs. Première illustration tactique de cette stratégie, l’ajout à l’ordre du jour du G 20 d’une nouvelle thématique, la régulation du prix des matières premières et agricoles. Autrement dit, du prix de l’essence à la pompe et de la rémunération des agriculteurs. Entre tous ceux dont l’activité dépend du coût de l’énergie, les automobilistes et les paysans, ça fait déjà un paquet de gens qui votent ! Il pourra s’offrir des variations sur des thèmes connexes, tels que la « malbouffe » ou la sécurité alimentaire. Le thème est porteur et touche toutes les catégories sociales, pas seulement les bobos. Même une enseigne telle que Leader Price, qui cible explicitement les consommateurs au plus faible pouvoir d’achat, a lancé sa gamme de produits bio !</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Troisième temps, l’ouverture de fronts de diversion sur des thématiques républicaines et humanistes. Sur ce chapitre, on peut déjà citer la vieillesse et la dépendance, avec une des rares réalisations positives de son quinquennat, le plan Alzheimer. Ce sera donc dureté pour les étrangers et tendresse pour la vieillesse !</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Il y a un fil conducteur à l’ensemble : c’est la peur ! Sarkozy ne vous propose pas de changer le monde et la vie, juste de vous en protéger. Il est en cohérence avec la majeure partie de son électorat, plutôt conservateur. C’est plus compliqué pour la gauche. Son électorat n’échappe pas à l’ambiance anxiogène de l’époque. Une partie est très sensible à cette thématique de la peur, déclinée sous différentes formes. Elle est en demande de protection. Mais une autre partie ne demande pas à être protégée du reste du monde et de la vie, elle veut tout bonnement les changer !  Sarkozy va s’appuyer sur cette ligne de fracture pour essayer de diviser la gauche, pas tant les socialistes entre eux, mais plutôt avec leurs alliés. Il s’agit à la fois d’éviter toute dynamique unitaire à gauche qui favoriserait le vote utile au premier tour en faveur du candidat socialiste, mais aussi de « travailler », voire de capter les électeurs les plus inquiets.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;"><strong>Vu la tonalité globale des diverses déclarations de l’ensemble des dirigeants socialistes sur la question de la sécurité, on se dit que le piège de Sarkozy est en train de fonctionner.</strong> Lors de l’université d’été de la Rochelle, les socialistes ont célébré leur unité retrouvée … et ont oublié de s’interroger sur son contenu. Schématiquement, on peut dire que l’échiquier politique français est constitué de trois parties. Un gros bloc de partis « gestionnaires », qui va du P.S à l’UMP, en passant par le Modem et le Nouveau Centre. Il est flanqué sur sa gauche d’un bloc que l’on pourrait qualifier « d’alternatif », qui va de l’extrême gauche aux écolos, en passant par les communistes et le Front de gauche, et sur sa droite, du Front National. Quand les socialistes emboitent le pas à Nicolas Sarkozy sur la question de la sécurité, ils ne déplacent pas l’ensemble du centre gravité de la vie politique française à droite, mais uniquement celui du bloc central. In fine, ils se coupent un peu plus du bloc alternatif.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Communément, les analystes attribuent le moindre score de Jean-Marie Le Pen en 2007 à toute l’agitation déployée par Nicolas Sarkozy sur l’immigration et l’insécurité lorsqu’il était Ministre de l’Intérieur. C’est une grave erreur d’analyse. Ce positionnement réactionnaire était peut être une condition nécessaire, mais non-suffisante. Ce qui a été vraiment déclencheur, c’est le « travailler plus pour gagner plus ». Le message à l’électeur tenté par le F.N était simple : plutôt que gâcher ton bulletin de vote avec un truc qui ne sert à rien, utilise-le pour améliorer ta fiche de paie ! Sauf, qu’au vu des résultats sur ladite fiche de paie, il paraît difficile de refaire une deuxième fois le coup.  De fait, 2012 ne sera pas 2007 : en se laissant entraîner par Sarkozy dans la surenchère sécuritaire et autoritaire, les socialistes prennent le risque d’alimenter le score du Front National au premier tour … à leur détriment.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;"><strong>Alors, comment faire pour sortir de ce piège grossier, mais qui a l’air de fonctionner ?</strong></span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">On peut toujours compter sur un certain Sarkozy Nicolas pour planter Nicolas Sarkozy … Ainsi, on peut imaginer que s’il tente de passer en force sur la réforme des retraites, à l’instar d’Alain Juppé en 1995, il se prenne de façon frontale un mouvement social de grande ampleur. Quel que soit le résultat de cette confrontation, les comptes se solderont dans les urnes, pour le plus grand bénéfice de la gauche en général et des socialistes en particulier. Pour ces derniers, un tel scénario aurait l’immense avantage de leur amener sur un plateau deux fractions du vote de gauche qui lui ont manqué lors des éditions précédentes et sont à l’origine de toutes ses défaites. La fraction populaire qui s’est laissé tenter par la «fracture sociale» de Jacques Chirac en 1995, le vote Le Pen en 2002 et le «travailler plus pour gagner plus» de Sarkozy en 2007, mais aussi cette fraction de la «gauche bobo» qui ne se reconnait plus dans le Parti Socialiste, s’éparpille au premier tour et s’abstient au second.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;"><strong>Les socialistes peuvent aussi compter sur eux même pour arriver au même résultat.</strong> Les primaires pourraient en être l’occasion. Si elles devaient avoir lieu demain matin, on aurait droit à une surenchère de gadgets technocratiques sur les impôts (il faut les calculer comme si, sur telle assiette, en enlever là, en ajouter d’autre ici …) auxquels personne ne comprend rien. Puisqu’il s’agit aussi de choisir une personnalité, nous aurions également droit à un concours de beauté, censé révéler la nature profonde des candidats ( il est svelte, elle est élégante, ils sont tous bronzés malgré l’été pourri, etc). Le seul pour l’instant qui a osé un peu transgresser pour se différencier, c’est François Hollande. Il a évoqué l’éventualité de discuter du nucléaire avec les écologistes, en clair d’en sortir. Le sujet est important, intéressant, mais ne parle pas beaucoup à la grande masse des électeurs. Cette « transgression » de la pensée dominante des socialistes ressemble plus à un signal d’appareil qu’à une rampe de lancement pour un candidat réellement porteur d’une orientation novatrice.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Tous ceux qui sont un peu au fait des rapports de force internes du Parti Socialiste le savent, Martine Aubry est archi favorite. Ses challengers se rassurent en se disant que les primaires où sont appelés à voter les sympathisants sont différentes d’un congrès qui ne concerne que les seuls adhérents. Ils espèrent qu’une participation substantielle de personnes extérieures au parti en modifierait les rapports de force internes. Mais, si tous les candidats à la candidature sont d’accord sur l’essentiel et racontent peu ou prou la même chose, est-on sûr que les électeurs se déplaceront massivement juste pour savoir s’il vaut mieux un candidat socialiste à la présidentielle en jupe ou en cravate ? Quand bien même ce serait le cas, pourquoi ces électeurs qui veulent avant tout la victoire de la gauche, remettraient-ils en cause la légitimité de la première dirigeante du parti qui les sollicite, pour des postulants qui ne sont pas meilleurs qu’elle et qui racontent plus ou moins la même chose ?</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Pour l’emporter, les challengers de Martine Aubry n’ont pas le choix : il faut transgresser les consensus de fond pour se différencier en proposant une offre politique alternative. La plus douée en matière de transgression est sans conteste Ségolène Royal. Son seul problème est qu’elle a beaucoup transgressé vers la droite et que depuis ses positions font consensus. Quand elle dénonce les tenants de la ligne laxiste sur la sécurité au sein du P.S, on se demande à qui elle pense ( des noms ! des noms ! ). Il faut donc transgresser, mais sur une ligne de gauche qui soit vraiment une rupture avec ce que fait la droite qui, à bien des égards, sur l’immigration par exemple, poursuit ce que la gauche a mis en place.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;"><strong>Si l’on prend les deux grands sujets qui ont agité l’été, l’immigration et la sécurité, qu’elle pourrait être cette offre politique alternative ?</strong></span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Bon an, mal an, la France expulse un peu plus de 20.000 étrangers en situation irrégulière. Qu’est-ce que ça change plus ou moins 20.000 personnes dans un pays de 66 millions d’habitants ? Ca ne change rien. Par contre, pour arriver à ce résultat, ça coûte bonbon ! En moyenne, vingt mille euros par expulsion. La pression qu’exerce le Ministre de l’Intérieur sur ses troupes pour faire du chiffre est telle que l’on tombe vite dans le n’importe quoi. On a ainsi vu des préfets réquisitionner des hélicoptères pour être sûr de mettre un étranger dans l’avion, avant que ses soutiens ne réagissent. Il faut dire que les expulsions touchent de plus en plus de personnes bien intégrées, ce qui suscite des réactions dans leur entourage et nécessite de plus en plus également, la mobilisation de CRS pour prévenir les troubles à l’ordre public. Le coût du renvoi d’un clandestin s’alourdit et n’est donc pas prêt de baisser. Voilà un argent qui pourrait être beaucoup mieux utilisé en équipements et en postes de fonctionnaires pour que la Police exerce plus efficacement sa première mission, la protection des personnes et des biens.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Sur le fond, si on voulait vraiment lutter contre l’immigration clandestine, on pourrait être beaucoup plus efficace pour beaucoup moins cher, sans accaparer les forces de l’ordre. Il suffirait de créer quelques centaines de postes d’inspecteur du travail pour traquer les employeurs d’étrangers en situation irrégulière. En plus, cela bénéficierait à l’ensemble des salariés. Mais ça, ça fait mal à la croissance et au PIB ! Vous imaginez l’effet dans des secteurs comme la restauration, le B.T.P, l’agriculture ou la sécurité privée ? La vérité, c’est que la lutte contre l’immigration clandestine telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui revient à organiser l’esclavage moderne, avec le concours d’un état démocratique et républicain… Nos challengers socialistes pourraient aller beaucoup plus loin dans la rupture en matière de maîtrise des flux migratoires. Mais comme ce n’est pas l’objet du présent article, nous les renvoyons à celui que nous lui avons exclusivement consacré ( « Immigration clandestine, pour une politique humaniste et réaliste »).</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">En matière de sécurité, l’époque est aux déclarations martiales. C’est la guerre aux délinquants et la reconquête par la République de la moindre parcelle de son territoire ! Vous voulez vraiment briser les maffias qui régissent la vie de trop de Cités en France ? Rien de plus simple, il suffit de taper au porte-monnaie, de casser l’économie au noir sur laquelle repose cette dérive maffieuse, ou plus précisément, son moteur, sa machine à produire massivement du cash au quotidien: le trafic de cannabis. Pour cela, il y a une solution radicale : légaliser. Tout légaliser. Pas seulement le produit, mais toute la filière, depuis la production jusqu’à la distribution. Ceux que l’on appelle « dealers » aujourd’hui deviendront d’honnêtes commerçants qui paieront leurs impôts sur le revenu. On ira chez Nicolas pour le pinard et chez Momo pour le pétard ! Les agriculteurs auront un nouveau débouché et la Sécurité sociale une nouvelle source de financement.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Enfin, on arrêtera de demander à la Police une tâche impossible, qui revient à écoper la mer avec une cuillère en bois. Le problème du cannabis, ce n’est pas les vendeurs, c’est les acheteurs. C’est la demande qui fait que c’est un marché de masse qui brasse beaucoup d’argent. Tous les flics le savent : quand ils « sautent » un réseau dans une Cité, il ne faut que quelques semaines pour que la génération suivante de jeunes du quartiers, tentés par l’argent facile, ne prenne le relais. Parfois, quelques jours suffisent. Cela dépend uniquement de la capacité des jeunes à récupérer un stock de marchandise à un bon prix et donc de leur accès à un semi-grossiste ou à un grossiste.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">On entend d’ici les cris d’orfraie. Légaliser ? Mais c’est du laxisme ! Non, du réalisme. C’est aussi du respect vis-à-vis de l’électeur. Il faut arrêter de prendre les gens pour des cons. Alors que la génération de 1968 est maintenant septuagénaire, qui de sa vie n’a jamais croisé un joint ? Qui ignore qu’il n’y a pas un argument qui justifie l’interdiction du cannabis qui ne s’appliquerait pas à la vente d’alcool  ? Quelqu’un propose-t-il pour autant d’interdire la vente d’alcool ? Quand vous menez la discussion avec un tenant de la prohibition, il finit toujours par vous dire qu’en définitif, l’alcool et le cannabis, c’est pareil, sauf que le premier fait partie du «patrimoine culturel français». Alors, pour ceux qui ne seraient pas au courant, la France a changé et son «patrimoine culturel» avec. Les ancêtres de Mamadou, Mohamed et Xing fumaient et leurs descendants ne sont pas moins français que les autres.</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;">Sur le fond, la façon dont le problème de la toxicomanie est abordé en France renvoie à la coupure entre les élites et le peuple, avec pour corollaire la vision moyenne qu’à un responsable politique moyen de l’électeur moyen. En gros, celle d’un beauf quinquagénaire qui se biture la gueule H 24 dans un trou du cul de province. Sur ce sujet, la gauche à un gros passif. Faut-il rappeler que les premières grandes mesures de prévention des risques en matière de toxicomanie, en particulier l’accès libre et gratuit aux seringues, ont été prises par une ministre de Droite, Michelle Barzach, qui l’a payé de sa carrière ?  Faut-il rappeler qu’avant cela des dizaines de milliers de personnes ont contracté, directement ou conséquemment par voie sexuelle, le Sida ou l’hépatite et en sont mortes ? Pour autant, avez-vous entendu un seul responsable socialiste prendre la défense du Ministre de la santé, Roselyne Bachelot lors de la polémique sur l’ouverture de salle d’injection qui l’a opposée à son Premier Ministre, François Fillon ?</span></p>
<p><span style="font-size:12.96px;"><strong>Alors, cher(e) challenger socialiste, tu veux gagner les primaires face à Martine Aubry ?</strong> Tu veux être Président(e) de la République ? Eh bien, propose de laisser les habits de l’hypocrisie à Nicolas Sarkozy et endosse ceux de l’intelligence et du respect de l’électeur. Tu verras, ça paye dans les urnes. De toutes les façons, si tu veux vraiment avoir ta chance aux primaires et non pas juste négocier un poste de ministre, tu n’as pas le choix … Ce faisant, tu apporteras ta pierre à ce qui est un enjeu essentiel de l’élection présidentielle de 2012 et dont on ne parle jamais : la reconstruction d’un socle idéologique de la gauche qui lui redonnerait une identité forte et lui permettrait de reconquérir l’hégémonie culturelle que le néo-libéralisme lui a ravi ces trente dernières années.</span></p>
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		<title>Ou comment Sarko en dit plus et plus à gauche en 12 mots que le PS en 27 pages</title>
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		<pubDate>Wed, 19 May 2010 07:02:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>bisedemalik</dc:creator>
				<category><![CDATA[crise économique]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>
		<category><![CDATA[parti socialiste]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour ceux qui lisent entre les lignes et qui espèrent une victoire de la Gauche à l&#8217;élection présidentielle de 2012, il y a peu de chose aussi démoralisante que la lecture du texte présenté par la Direction du Parti Socialiste pour sa convention nationale sur le « Nouveau modèle économique, social et écologique ». C&#8217;est la chronique [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bisedemalik.wordpress.com&amp;blog=4620067&amp;post=128&amp;subd=bisedemalik&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Pour ceux qui lisent entre les lignes et qui espèrent une victoire de la Gauche</strong> à l&#8217;élection présidentielle de 2012, il y a peu de chose aussi démoralisante que la lecture du texte présenté par la Direction du Parti Socialiste pour sa convention nationale sur le « Nouveau modèle économique, social et écologique ». C&#8217;est la chronique d&#8217;une histoire déjà vécue en 2002 et 2007, celle d&#8217;une victoire annoncée qui se conclut par une défaite cuisante !</p>
<p>Non pas que ce texte contiendrait horreurs et inepties. Au contraire, il dit beaucoup de choses intelligentes et intéressantes. Mais il ne parle pas ! Il ne déclenche rien, ne produit pas de vision, ni d&#8217;identité, ne fédère pas. C&#8217;est comme une sorte d&#8217;Ovni, ni fait, ni à faire. Du début à la fin, il bascule en permanence entre un constat de l&#8217;état du monde impitoyable dans lequel nous vivons (avec à la clé quelques incantations rituelles pour le changer), et un catalogue « La Redoute » de plus ou moins bonnes idées, un peu comme si la France pouvait faire ce qu&#8217;elle voulait, toute seule dans son coin. Au final, il donne l&#8217;impression que les nombreux problèmes qu&#8217;il aborde le sont systématiquement par le petit bout de la lorgnette.</p>
<p>Peut-être consciente des limites schizophréniques de ce grand écart, la Direction du Parti a cru bon de proposer un nouveau ciment idéologique aux Socialistes : le &#8220;Care&#8221;. Ou la société du « soin et du bien-être&#8221;, par opposition à la société de « l&#8217;égoïsme et du tout-avoir ». De ce que l&#8217;on a compris, l&#8217;idée est que si chacun prend soin de tous et de tout, tout ira mieux. Cela paraît évident : si nous devenons tous des gens gentils qui font des choses gentilles pour des gens gentils, nous construirons alors un monde gentil ! Cela permettra peut-être de capter quelques électeurs chrétien-démocrates qui sont &#8220;Care&#8221; depuis longtemps …</p>
<p>Le « Nouveau modèle économique, social et écologique » a été accueilli par des commentaires acides et ironiques des grands chroniqueurs de la presse. Certains l&#8217;ont même qualifié « d&#8217;histoire de Bisounours au monde de Oui-oui » ; sans que cela ne suscite guère d&#8217;émois parmi les dirigeants socialistes, de la majorité comme de la minorité, ou de la part des divers candidats à la candidature, putatifs et plus ou moins déclarés. C&#8217;est à peine si le &#8220;Care&#8221; a eu droit à quelques moues réservées. C&#8217;est curieux, tout ce beau monde, d&#8217;habitude si prompt à s&#8217;écharper&#8230; La raison est dans ce que dit le « Nouveau modèle », bien que ce ne soit pas écrit.</p>
<p><strong>Première leçon du «Nouveau modèle», les Socialistes sont toujours hantés par leurs vieux démons.</strong> Ainsi se pose toujours la sempiternelle question de savoir s&#8217;il vaut mieux bâtir un programme du Parti qui s&#8217;imposera au candidat, ou au contraire, désigner un candidat qui dirigera l&#8217;élaboration du programme. La logique du quinquennat et la leçon électorale infligée par Sarkozy en 2007 plaident plutôt pour la seconde option. Evidemment, puisque personne ne sort du lot, ni du bois, les positionnements tactiques des candidats putatifs font que le P.S est sur la première option. Comme en 2007, plutôt qu&#8217;investir dans le pot commun, les candidat(e)s et leurs clans respectifs préfèrent garder leur énergie et leurs bonnes idées dans leurs besaces. Ils espèrent ainsi faire la différence pour la seule chose qui les intéresse vraiment : le vote d&#8217;investiture du candidat à la présidentielle.</p>
<p>Le corollaire est un nivellement collectif vers le bas de la production intellectuelle et idéologique des Socialistes. Là aussi, le texte parle avec ses mots absents, ses « gros mots ». Dans cette catégorie nous avons, par exemple « immigration », pas une fois citée. Sur les retraites, c&#8217;était pourtant l&#8217;occasion de rappeler que le déficit prévisible entre actifs et inactifs serait compensé par le recours à l&#8217;immigration (si même Alain Juppé le dit, les Socialistes peuvent peut-être se le permettre …). C&#8217;était aussi l&#8217;occasion de dire que la politique de maîtrise des flux migratoires pourrait être totalement revue dans le sens (intelligent) que proposent une partie du patronat, quelques grandes entreprises et l&#8217;ensemble des syndicats. Autre « gros mot », l&#8217;économie au noir. Elle n&#8217;existe pas pour le « Nouveau modèle ». Nulle part, vous ne trouverez les mots, drogues, paradis fiscaux ou « hedge fund ». Les négriers, dealers, fraudeurs, corrompus, trafiquants, escrocs et autres voleurs n&#8217;ont aucun impact économique et social. Les banquiers suisses et les maires socialistes des villes aux quartiers dits difficiles confirmeront sûrement &#8230;</p>
<p>Autre « gros mot », le productivisme. Il est maintes fois écrit qu&#8217;il faut produire autrement et différemment, consommer mieux et gaspiller moins. Nulle part, il est écrit qu’il faut radicalement rompre avec le productivisme, élément essentiel du système capitaliste néolibéral absurde dans lequel nous vivons, qui épuise la planète et asservit la majeure partie de l&#8217;humanité.</p>
<p><strong>Ce que ce que dit aussi le « Nouveau modèle », toujours sans l&#8217;écrire,</strong> c&#8217;est que l&#8217;électeur est essentiellement un salarié et un contribuable. Incidemment, le cœur de cible électoral des Socialistes est désigné : les classes moyennes. Le Parti Socialistes considère que pour se protéger de la violence de la Droite, les classes populaires n&#8217;ont d&#8217;autre choix que de voter à gauche. Il n&#8217;y a donc pas lieu de s&#8217;en préoccuper plus que ça. Ainsi, il dit surtout qu&#8217;il n&#8217;a rien compris à ses trois défaites consécutives aux élections présidentielles, où à chaque fois, une fraction du vote populaire qui lui était promis s&#8217;est envolée. Une fois emportée par la fracture sociale de Jacques Chirac en 1995, une autre par les sirènes de Jean-Marie Le Pen en 2002, puis vers le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy en 2007.</p>
<p>Les classes moyennes si choyées, mais réduites à des calculettes centrées sur leur compte en banque, ne sont guère plus respectées. Là aussi, les leçons des échecs passés n&#8217;ont pas été tirées. A commencer par celles des déroutes électorales du début des années 90, Régionales en 1992, Législatives en 1993 et Européennes en 1994. De cette séquence électorale date la défection d&#8217;une partie du cœur de l&#8217;électorat socialiste, en particulier au sein des fonctionnaires et des professions intellectuelles. Dès lors, à chaque élection présidentielle, cette fraction a manqué à l&#8217;appel. Elle ne se désintéresse pas de sa fiche de paie ou de sa feuille d&#8217;impôt. Simplement, elle attend plus et autre chose des Socialistes.</p>
<p>Depuis trente ans, télévisions, radios, journaux, livres et revues expliquent aux Français le monde dans lequel ils sont. Ils ont bien compris qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas réellement d’alternatives. Soit le monde se construit sur les mêmes bases que celles de l&#8217;Europe occidentale, en conjuguant développement économique, progrès social et démocratie (auquel il faut aujourd&#8217;hui ajouter l&#8217;écologie) et ils garderont sécurité sociale, retraites, congés payés, services publics&#8230; Soit le monde se construit sur un mode néolibéral, et ils subiront à l&#8217;instar du reste de la planète pollution, pauvreté, précarité et surexploitation.</p>
<p>C&#8217;est l&#8217;affirmation d&#8217;un projet politique digne de cet enjeu, sur quel mode et au profit de qui se fera la mondialisation, que les électrices et les électeurs de gauche, attendent du Parti Socialiste. Et c&#8217;est là-dessus que le « Nouveau modèle » fait l&#8217;impasse. Ce n&#8217;est pas par hasard.</p>
<p>Les Socialistes ne se sont pas remis de leur division sur l&#8217;Europe. Ils sont sous la pression de l&#8217;extrême gauche et du Front de gauche sur cette question et n&#8217;arrivent plus à l&#8217;aborder sereinement. Résultat, l&#8217;Europe est largement citée dans le « Nouveau modèle », mais avec tant de circonvolutions et précautions oratoires que cela tourne au charabia. Pis, il n&#8217;y a aucune proposition de stratégie politique pour la relancer. Le texte parle d&#8217;internationalisme, mais pas de l&#8217;Internationale Socialiste, ni même du Parti Socialiste Européen. C&#8217;est pourtant l&#8217;outil naturel d&#8217;une action concertée de l&#8217;ensemble de la gauche européenne pour relancer un processus de construction politique de l&#8217;Union. Il en a même posé les bases : il suffit de reprendre le programme des élections européennes de 2009, encore tout frais ! Comment s&#8217;étonner qu&#8217;à l&#8217;arrivée, le « Nouveau modèle » ne propose en guise de projet politique pour l&#8217;Europe que quelques trucs de technocrates qui s&#8217;en remettent à de vagues mécanos institutionnels ?</p>
<p><strong>Sans identité politique, comment avoir un projet ?</strong><strong> Sans projet, comment avoir une stratégie ?</strong> Et sans stratégie, comment avoir un(e) candidat(e) capable de gagner l&#8217;élection présidentielle ?<strong> </strong>Pas de problème pour la Direction du Parti Socialiste, elle a la recette pour 2012. Il suffit de parier sur le rejet de Nicolas Sarkozy par une partie de son propre camp pour rafler la mise. Rassurons les Français sur leur fiche de paie et leur feuille d&#8217;impôt, faisons un petit effort pour la formation des jeunes, la prise en charge des vieux, le devenir des agriculteurs et cela suffira amplement. Pas la peine d&#8217;en faire plus pour gagner, au contraire, ce pourrait même être dangereux !</p>
<p><strong>Ce que propose le « Nouveau modèle », sans l&#8217;écrire, c&#8217;est une offre politique qui dessine un paysage politique,</strong> avec au milieu un gros bloc de partis gestionnaires, allant du PS à l&#8217;UMP, flanqués sur leurs côtés des Verts et du F.N. Pour la Direction du PS, la bataille se joue au centre. Il faut avoir le profil le plus rassurant et le plus attractif pour les classes moyennes, afin d’être en tête au sein du bloc des &#8220;gestionnaires&#8221;.</p>
<p>Le problème de ce raisonnement c&#8217;est qu&#8217;il ne tient pas compte des dynamiques politiques à l&#8217;œuvre, à un moment où elles sont catalysées par la crise. Il ignore l&#8217;ampleur des inquiétudes de nos concitoyennes et concitoyens. Ils ont peur. Peur  pour leur sécurité physique, sociale, professionnelle et patrimoniale, peur pour l&#8217;avenir de leurs enfants, leur devenir de vieux, peur de la misère dans le monde, de l&#8217;immigration, du terrorisme, d&#8217;Al Qaïda, peur de la compétition exacerbée par la recherche du profit entre les nations et entre les individus, peur de ce qu&#8217;ils consomment réellement, du plastique des biberons, de leur alimentation, de l&#8217;air qu&#8217;ils respirent, de la planète qu&#8217;ils vont léguer. Et de bien d’autres choses encore.</p>
<p>Dans un monde de tous les dangers et en voie d&#8217;éclatement, le nationalisme, le chauvinisme, le fanatisme religieux et le fascisme sous toutes ses formes sont tendances. Ils offrent le confort et l&#8217;illusion d&#8217;une lecture simple et rassurante du monde. Nous savons tous ce qu&#8217;est le Front National et ce qu&#8217;il défend. Dans un contexte de crise où se pose ni plus, ni moins que la question de la faillite d&#8217;Etat-Nation entier, cette offre politique a le mérite de la clarté, et donc un avenir potentiel.</p>
<p>A l&#8217;opposé, se trouvent les écologistes. Historiquement, il y a plein de façon d&#8217;être écolo. On pouvait être aussi bien écolo-conservateur, écolo-socialiste, écolo-gaucho, écolo-facho, écolo-catho, écolo-réalistes ou même écolo-ailleurs. La crise financière a changé cela. Avec elle, les écologistes ont acquis une cohérence et une homogénéité idéologique nouvelle. Longtemps moqués pour leur art de la division, il est frappant de constater qu&#8217;aujourd&#8217;hui, quel que soit le leader écologiste qui s&#8217;exprime, Cécile Duflot, Daniel Cohen-Bendit, Eva Joly Nicolas Hulot, José Bové, Dominique Voynet ou Jean-Vincent Placé, l&#8217;analyse de la crise et les voies pour en sortir sont les mêmes. Du coup, leurs récurrentes divergences tactiques en sont gommées. C&#8217;est assez logique : il y a une très forte résonance entre les concepts développés par les écologistes d&#8217;horizons divers depuis une quinzaine d&#8217;année et la crise du capitalisme financier. Cette convergence idéologique est parfaitement résumée par la formule choc de Nicolas Hulot, « comment concevoir un monde qui se construirait sur une croissance économique infinie, qui dépendrait elle-même de ressource physique finie ?  ». Toute la contradiction du système capitaliste néolibéral est résumée en une phrase partagée par les écolos de toutes tendances.  Il y a donc là aussi une offre claire, qui, elle, propose de changer le monde.</p>
<p>Cette offre politique concurrente n&#8217;inquiète guère les dirigeants socialistes. Ils ont trouvé la parade. Elle tient en un mot : la décroissance. Il suffit de le brandir pour que l&#8217;électeur, effrayé par la perspective d&#8217;un retour à l&#8217;âge de pierre, vienne se réfugier dans le giron si rassurant du vote socialiste (certes lui même écolo … mais pas trop !). Autre avantage de cette approche pavlovienne, elle évite d&#8217;avoir à réfléchir et à se remettre en cause, en particulier sur la question du productivisme, qui imprègne si profondément la culture de la gauche et de l&#8217;extrême-gauche (qui en mourra d’ailleurs, faute de pouvoir le dépasser).</p>
<p><strong>Tout cela paraîtrait bien dérisoire et même risible, s&#8217;il ne s&#8217;agissait d&#8217;un pays qui peut peser sur le devenir du monde</strong>. C&#8217;est ce que vient de montrer la crise grecque. Sans la France ou si la France avait pris une autre option que celle très politique choisie par son président, est-on sûr qu&#8217;il y aurait encore aujourd&#8217;hui une monnaie et une Union européenne ?</p>
<p>La crise grecque n&#8217;est qu&#8217;une facette d&#8217;un affrontement mondial majeur qui se déroule sous nos yeux. Le principal front est outre-Atlantique, où il oppose la Maison-Blanche à Wall Street. L&#8217;enjeu est de savoir qui de la Politique ou de l&#8217;Argent organisera l&#8217;Economie et donc dirigera le monde. Pour aboutir à une modification profonde du système financier mondial, il faut imposer des règles à l&#8217;échelle de la planète. Certes, les Etats-Unis sont puissants, mais pour gagner contre les marchés ce bras de fer stratégique pour tous les peuples, le renfort de l&#8217;Europe serait quand même le bienvenu … De cela, nulle trace dans le « Nouveau modèle ». La Direction du PS est encore sous les décombres du Mur de Berlin. Elle n&#8217;a pas compris qu&#8217;il faut remettre à jour le logiciel, qu’avec la crise, c&#8217;est l&#8217;heure du retour en force de la politique contre le primat de l’économique, avec pour symbole la démolition d’un autre mur, celui de Wall Street ! Pas grave, si on en croit son texte, le P.S. a une solution pour la France :  la Révolution …. fiscale !</p>
<p>Heureusement pour Barack Obama, à défaut de la gauche française, il peut compter sur le soutien de Nicolas Sarkozy.</p>
<p>Lors de l&#8217;un de ces shows télévisés consacrés à la crise, Nicolas Sarkozy, excédé par les questions au ras des pâquerettes des deux journalistes qui l&#8217;interrogeaient, finit par lâcher : « voyez-vous, l&#8217;économie est mondialisée, mais il n&#8217;existe pas d&#8217;Etat de Droit mondial ». Un Etat de Droit mondial, en voilà une idée qu&#8217;elle est bonne ! Un Etat de Droit mondial devant lequel tous les citoyens du monde seraient libres et égaux ? Un Etat de Droit mondial, donc des règles et des lois mondiales, une justice mondiale, une éthique, une morale, une déontologie mondiale ? Un Etat de Droit mondial dans lequel on ne pourrait pas esclavager, polluer et trafiquer impunément pour améliorer ses marges bénéficiaires et satisfaire ses actionnaires ? Un Etat de Droit mondial où il n&#8217;y aurait plus de paradis pour les fraudeurs, les corrompus et corrupteurs, les trafiquants, voleurs et pilleurs en tous genres ? Mais, un Etat de Droit Mondial pour encadrer la mondialisation de l&#8217;économie, c&#8217;est plutôt de Gauche, non ?</p>
<p><strong>Et voilà comment Nicolas Sarkozy, d&#8217;une phrase de 12 mots, en dit plus et plus à gauche que les 27 pages du texte du Parti Socialiste, qui le vilipende pourtant à chaque virgule !</strong></p>
<p>En tous cas, l’Etat de Droit mondial fleure bon 1789, et ça, ça nous parle ! Après tout, nous sommes la France ! Avec la Révolution et la Déclaration Universelle des Droits de l&#8217;Homme et du Citoyen, nous avons fait le monde. Métissés de tout temps et de partout, nous sommes aussi faits du monde. Par le sang et l&#8217;esprit des Lumières, nous sommes en capillarité avec quasiment tous les peuples de la planète. Etre Français, ce n&#8217;est pas une race et bien plus qu&#8217;une nationalité : c&#8217;est une universalité, celle d&#8217;un peuple mondialisé bien avant tous les autres, qui de part sa culture, son histoire, sa géographie, sa richesse dans tous les sens du terme, occupe une place particulière dans la conscience de l&#8217;Humanité.</p>
<p><strong>Le « Nouveau Modèle » est bien loin de tout cela. Voter ce texte en l&#8217;état ne coûte rien. Ne pas le voter aussi</strong>. Il a au moins un intérêt : celui d&#8217;exister pour pouvoir dire à celles et ceux qui, à gauche, ont la prétention de diriger ce grand pays, qu&#8217;il serait temps qu&#8217;ils soient à la hauteur de leurs ambitions. La convention nationale leur fournit l&#8217;occasion de conjuguer la petite histoire, celle des luttes d&#8217;appareil et des positionnements tactiques, avec la grande histoire, celle qui frappe à notre porte, avec une crise qui est loin d&#8217;être finie. Comme il n&#8217;y a pas de responsabilité collective du Parti qui échapperait à la responsabilité individuelle de chacun de ses membres, c&#8217;est aussi de la responsabilité de chaque militante et militant de se saisir de la convention pour secouer le cocotier. Un(e) Barack Obama finira bien par en tomber pour nous donner l&#8217;envie d&#8217;y monter (mais à gauche). Yes ? We can ?</p>
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		<title>Crise de rêve</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Nov 2009 09:52:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>bisedemalik</dc:creator>
				<category><![CDATA[crise économique]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>
		<category><![CDATA[écologie]]></category>
		<category><![CDATA[crise du systéme financier]]></category>

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		<description><![CDATA[On ne vous l’a pas dit ? La crise est finie ! Certes, pas pour tout le monde … Manifestement, sont surtout concernés ceux qui l’ont déclenchée, traders, banquiers, investisseurs et autres spéculateurs. Pour eux, en cette fin d’année 2009, les motifs de satisfaction ne manquent pas. Après avoir lourdement chutées, les bourses du monde entier reviennent doucement [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bisedemalik.wordpress.com&amp;blog=4620067&amp;post=115&amp;subd=bisedemalik&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>On ne vous l’a pas dit ? La crise est finie !</strong> Certes, pas pour tout le monde … Manifestement, sont surtout concernés ceux qui l’ont déclenchée, traders, banquiers, investisseurs et autres spéculateurs. Pour eux, en cette fin d’année 2009, les motifs de satisfaction ne manquent pas. Après avoir lourdement chutées, les bourses du monde entier reviennent doucement à un niveau de capitalisation équivalent à ce qu’il était en 2007. Un très bon cru ! Les grandes banques, dont on redoutait il y a quelques mois encore les faillites en chaine, annoncent des profits record. Les super-bonus sont de retour et dépassent même ceux des belles années précédentes.</p>
<p>Alors, c’est bon ? Tout peut recommencer « comme avant » ? Si le champagne coule à flot dans les salles de marché, le bruit des bouchons est soigneusement étouffé. Il ne faut pas trop plastronner, cela pourrait énerver ceux qui vont payer les pots cassés, les chômeurs et les contribuables. Car si la finance va mieux, la reprise économique, elle, sera molle. En clair, les salariés licenciés ne sont pas prêts à retrouver du boulot et la croissance économique de sa vigueur. Recommencer comme avant ? Et pourquoi ? C’était si bien, « avant » ?  Recommencer, certes, mais vu le système dans lequel nous sommes, la question risque vite de devenir avec qui et pour qui ?</p>
<p>Sur le fond, personne n’est dupe : rien n’a fondamentalement changé, malgré les discours lyriques sur la refondation morale du capitalisme, la mise en place de nouvelles règles de régulation et l’émergence d’une nouvelle gouvernance mondiale avec le G20. Faute d’être revenu à la séparation entre l’activité de banque de dépôt et celle d’investissement (terme officiel et pudique pour habiller la spéculation bancaire), les traders peuvent continuer à prendre des paris avec l’argent des petits épargnants. Les « hedg fund » et autres produits dérivés sont toujours aussi opaques et incontrôlables. Les paradis fiscaux restent ce que leur nom indique : des zones de non-droit du système financier mondial où on peut blanchir en toute tranquillité l’argent sale de la fraude fiscale, de la corruption et de tout les trafics inavouables, celui de la traite humaine que sont la prostitution et l’immigration clandestine, de la drogue, du trafic d’armes, de la contrefaçon et autres pillages en tout genre.</p>
<p>La seule vraie nouveauté est qu’après avoir surendetté massivement les ménages pour se développer, le système capitaliste productiviste et consumériste dans lequel nous sommes a surendetté tout aussi massivement les Etats pour survivre à sa crise. Jusqu’à la prochaine. Partant du principe que les mêmes causes produisent rarement autre chose que les mêmes effets, ce n’est qu’une question de temps. Simplement, au lieu d’avoir des ménages ou des banques en faillite, on aura des Etats …</p>
<p><strong>Comment ne pas voir dans cette crise une revanche de la raison sur la folie ?</strong> Elle nous dit que l’enrichissement sans fin d’une infime fraction de l’humanité grâce à l’endettement sans fin du plus grand nombre n’est « juste pas possible ». Elle donne une résonnance nouvelle à ce que nous dit la crise écologique, tellement bien formulée par Nicolas Hulot : une croissance économique infinie qui reposerait sur des ressources finies, que nous épuisons de plus en plus vite, n’est également « juste pas possible ». Elle oblige à révolutionner un système capitaliste qui ne produit plus des biens pour satisfaire des besoins, mais produit des besoins pour écouler des biens. Elle pose la question des valeurs collectives et de la morale que doit partager l’ensemble de l&#8217;humanité pour vivre en paix sur une planète devenu village. Elle nous invite à repenser le monde, mais nous interpelle également sur notre responsabilité individuelle et collective.</p>
<p>Ces trente dernières années, l’idéologie ultra libérale ne s’est pas contentée de régir l’économique et le politique. Elle s’est aussi occupée des êtres et des âmes. A partir de règles théorisées pour faire fonctionner le marché, un modèle de société s’est imposé. La société est une somme d’individus en compétition pour accumuler le maximum de profit. Le bonheur, c’est la liberté de consommer. L’épanouissement et la réalisation de l’individu, c’est consommer ce qui n’est pas accessible au plus grand nombre. Etre heureux, c’est consommer les derniers éléphants d’Afrique, se déplacer en jet privé, c’est voyager dans des endroits inaccessibles aux autres, y compris sur les traces de Youri Gargarine, dans l’espace. Etre heureux, c’est avoir la plus belle maison que l’on décore à l’infini d’objets rares. On jouit en contemplant ce qu’on accumule et on existe en l’exposant au reste de l’humanité. Et comptent que ceux qui, à votre instar, sont capables de se payer le dernier petit bijou « High Tech ». La performance importe peu, seul compte le symbole, synthétisé par le prix.</p>
<p>Si rien n’a fondamentalement changé, si la révolution du capitalisme appelé des quatre coins du monde au plus fort de la crise n’a pas eu lieu, il serait pour autant prématurée d’affirmer que tout va reprendre « comme avant ». Car il y a au moins une chose qui a changé : nous. Ce qui avant la crise était considéré comme tout bonnement « normal », les salaires mirobolants, les stock-options, les parachutes dorés, la débauche de luxe de la jet-set internationale, suscite aujourd’hui la révolte. C’est le syndrome que découvrent les conducteurs de 4&#215;4 en ville : hier, c’était un signe de réussite sociale qui suscitait l’envie. Aujourd’hui, c’est ressenti comme une insulte qui suscite colère et indignation : qui es-tu pour nous polluer l’air avec ta « caisse » qui vaut 100 smic ?</p>
<p>Avec la chute du mur de Berlin, on nous avait vendu la fin de l’histoire, l’avènement de la paix et de la démocratie, grâce à la prospérité apportée par le capitalisme. Plus besoin de penser ou de rêver le monde quand il suffit de l’accepter &#8230; La crise a brisé la chape de plomb de l’hégémonie de l’idéologie ultralibérale. Elle a produit une immense prise de conscience collective sur le système et la marche d’un monde régentés par l’ultralibéralisme et ses chantres, les néoconservateurs. Cette lucidité partagée à l’échelle de la planète a ouvert le champ des possibles : ce système est fou, il faut en changer avant qu’il ne produise le pire. Peu importe qu’à l’instant présent nous soyons dans les derniers soubresauts d’un cycle démarré il y a quarante ans avec la « révolution » néolibérales, ou dans sa poursuite vers  l’apocalypse final. L’Histoire n’est jamais déterminée à l’avance. Ce sont les hommes et les femmes qui la font, avec leurs rêves, leurs désirs, leurs idéaux.</p>
<p><strong>En définitif, </strong><strong>ce qui caractérise cette crise, ce n&#8217;est ni son ampleur, ni sa violence, mais bien sa nature.</strong> Elle nous interpelle sur notre conception du bonheur et de sa finalité, sur nos valeurs morales et le monde que nous voulons. La crise nous a réveillés du cauchemar qu’est le monde dans lequel nous vivons, fondé sur l’égoïsme forcené, la lutte de tous contre tous, la peur, l’exploitation, l’injustice et la destruction de notre bien commun qu’est la planète. Alors, humains de tout les pays, restons éveillés et surtout, rêvons ! Rêvons d’un autre monde fondé sur la raison, la coopération, le respect, où le bonheur ne se confondrait pas avec le matérialisme égoïste, mais serait synonyme d’amour !  <strong>« L’enfer, c’est les autres », disait le philosophe. Il se peut que le bonheur aussi.</strong></p>
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		<title>La City va Krach(quer) … et ma Planète ?</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Feb 2009 12:58:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>bisedemalik</dc:creator>
				<category><![CDATA[crise économique]]></category>
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		<description><![CDATA[  Les fumées des pétards et feux d&#8217;artifice de l&#8217;investiture de Barack Obama se sont à peine dissipées que la crise a repris ses droits. Dans la semaine qui a suivie, il a fallut recapitaliser en catastrophe la troisième banque britannique et la deuxième banque allemande. Nous sommes passés à deux doigts du &#8220;scénario noir&#8221;, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bisedemalik.wordpress.com&amp;blog=4620067&amp;post=108&amp;subd=bisedemalik&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong> </strong></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong>Les fumées des pétards et feux d&#8217;artifice de l&#8217;investiture de Barack Obama</strong> se sont à peine dissipées que la crise a repris ses droits. Dans la semaine qui a suivie, il a fallut recapitaliser en catastrophe la troisième banque britannique et la deuxième banque allemande. Nous sommes passés à deux doigts du &#8220;scénario noir&#8221;, la faillite d&#8217;un acteur financier majeur qui, par effet de propagation, entraînerait dans sa chute d&#8217;autres, tant et si bien que c&#8217;est le système financier mondial qui risquerait d&#8217;y (tré)passer. Plus grave : la liste des Etats-Nations qui se présentent au guichet du FMI pour pouvoir boucler leur fin de mois ne cesse de s’allonger.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;">Alors que les autorités politiques et monétaires permettent aux banques de se refinancer gratuitement, celles-ci ne répercutent pas pour autant leurs facilités de crédit vers leurs clients, entreprises et particuliers. La chute de la consommation des ménages et les difficultés de trésorerie des entreprises entraînent faillites et licenciements, qui à leur tour alimentent la récession. Résultat : la destruction mensuelle d&#8217;emplois aux Etats-Unis a battu pour la quatrième fois consécutives un nouveau record au mois de janvier, avec 538.000 emplois détruits. Et ce n&#8217;est pas fini. Ces nouveaux chômeurs sont autant de consommateurs en moins &#8230; et de débiteurs insolvables en plus ! En effet, ils sont tous endettés jusqu&#8217;au cou. Leur perte de revenu ne leur permettra pas de faire face à leurs échéances de remboursement, alors qu&#8217;ils ne peuvent  plus emprunter pour compenser leur insolvabilité. Avec évidement un &#8220;effet boomerang&#8221; sur les acteurs financiers qui leur ont prêté de l&#8217;argent et qui à leur tour seront fragilisés par l&#8217;insolvabilité d&#8217;un nombre significatif de ménages et d&#8217;entreprises. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong> </strong></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong>Ce cercle infernal entre &#8220;économie virtuelle&#8221; et &#8220;économie réelle&#8221;</strong> est loin d&#8217;avoir produit tous ses effets. Ce sera le cas dans quelques mois. Les banquiers sont bien conscients de cette situation. Personne plus qu&#8217;eux ne souhaite le retour de la confiance et la reprise. Ils savent que c&#8217;est une question de survie. Ils ont refait leurs marges et substantiellement amélioré le ratio entre leurs fonds propres et les prêts qu’ils consentent. Ils sont ainsi mieux à même de faire face à la faillite d&#8217;un de leur débiteur. Alors, pourquoi ne prêtent-ils pas plus et plus facilement à « l’économie réelle » ? Ils sont simplement tout à fait conscients des bombes à retardement que recèle le système financier mondial qu&#8217;ils ont eux même contribué à transformer en casino. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;">Le pire pour les banquiers, c&#8217;est qu&#8217;ils savent que leur destin, ou plutôt leur survie, ne dépend ni de leur comportement passé, ni présent. Ils ne maîtrisent rien des montagnes de dettes qu&#8217;ils ont créé et qui devaient être remboursées par des profits futurs qui ne viendront pas. Le coup fatal peut partir de n&#8217;importe où, n&#8217;importe quand. Une affaire Mardoff, la faillite d&#8217;une grande entreprise industrielle dont les actifs servaient à &#8220;sécuriser&#8221; de multiples produits financiers, une consœur prise dans la tourmente, et les voilà du jour au lendemain sur la paille ! De ce point de vue, les rodomontades sur la bonne gestion des banques françaises et leur solidité sont plus que risibles, ridicules, pour ne pas dire pathétiques. La peur paralyse les banques et cela n&#8217;a rien d&#8217;irrationnel. Au contraire, c&#8217;est même frappé au coin du bon sens, de la lucidité.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong> </strong></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong>Comment s’en sortir ?</strong> Comment passer d&#8217;une économie construite sur des crédits prêtés à tout va, n&#8217;importe comment et à n&#8217;importe qui, à une économie &#8220;rationnalisée&#8221;, qui crée de la valeur en fonction de la satisfaction de besoins et répartit la richesse de telle sorte que la machine « production » continue d&#8217;être alimentée par la consommation ? </span></span></p>
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<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;">Pour l&#8217;instant, la discussion se cristallise sur deux questions. Pour ce qui est de l&#8217;économie réelle, partisans d&#8217;une relance par l&#8217;investissement et défenseurs d&#8217;une relance par la consommation s&#8217;affrontent. Dans la sphère financière le débat fait rage sur la question de savoir s&#8217;il faut créer une structure de reprise des actifs pourris dont le système financier est truffé et qui plombent la confiance. Tels qu&#8217;ils sont explicités dans la presse, ces deux débats ont l&#8217;air très techniques et affaire de spécialistes. Il n&#8217;en n&#8217;est rien. Ce sont deux discussions éminemment politiques. </span></span></p>
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<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong> </strong></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong>Commençons par la sphère financière</strong> et l&#8217;opportunité de créer une &#8220;banque pourrie&#8221;, plus ou moins publique, et donc plus ou moins financée par le contribuable, dont l&#8217;objet serait d&#8217;accueillir les actifs « pourris » qui mettent en danger les banques. Ce qu&#8217;il faut comprendre, c&#8217;est que ses actifs qualifiés aujourd&#8217;hui de &#8220;pourris&#8221; ne le sont pas en soi. Ils le sont devenus avec la crise. Aujourd&#8217;hui, ils plombent les banques, mais hier, ils représentaient la source de leur profit. Ils étaient payés à crédits, le remboursement devant se faire grâce à une rentabilité attendue. Cette &#8220;première&#8221; bulle spéculative a servi d&#8217;assise à une autre bulle, encore plus virtuelle, c&#8217;est à dire encore plus détachée des performances réelles dans l&#8217;économie réelle, dont l&#8217;objet était de parier sur la qualité des anticipations des acteurs financiers. </span></span></p>
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<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong>Machin-chouette prend un pari sur le pari de Bidule-truc</strong> qui a acheté (à crédit) tel actif en espérant un certain rendement pour être bénéficiaire. Evidement, ces &#8220;paris sur les paris&#8221; étaient aussi financés à crédit. Tant que le système est en croissance globale, les pertes de certains sont compensées par les gains des autres. La disparition des perdants ne met pas en danger l&#8217;ensemble du système, même si le choc peut être rude, comme lors du scandale Enron. Il en va tout autrement quand la chute est générale et planétaire. La seule certitude est que la rentabilité attendue des actifs ne sera pas au rendez-vous et qu&#8217;il faut rembourser les emprunts qui en ont permis l&#8217;achat&#8230; </span></span></p>
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<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;">L&#8217;idée de la « Bad Bank » est de permettre aux banques de se débarrasser au &#8220;juste prix&#8221; de ces actifs à risque pour assainir leur bilan. Chacune serait alors rassurée sur l&#8217;état de ses consoeurs. Elles recommenceraient à se prêter mutuellement de l&#8217;argent, sans crainte de voir leur nouveau débiteur faire faillite dans l&#8217;heure qui suit. </span></span></p>
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<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong> </strong></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong>Mais qu&#8217;est-ce que &#8220;le juste prix&#8221; ?</strong> Ca ne peut pas être le prix du marché, tel qu&#8217;il ressort actuellement, sauf à produire ce que l&#8217;on veut justement éviter, la faillite d&#8217;une banque. Ce serait comme demander à un malade de commencer par se suicider pour mieux le soigner &#8230; Demander aux banques d&#8217;afficher des perte maximales au pire moment aurait d&#8217;autant moins de sens que parmi les actifs dits &#8220;pourris&#8221; aujourd&#8217;hui parce qu&#8217;ils coutent plus qu&#8217;ils ne rapportent, beaucoup seraient rentables dans des conditions &#8220;normales&#8221; de marché (ou s&#8217;ils avaient été achetés à de meilleures conditions de crédit). L&#8217;expérience du Crédit Lyonnais, qui a bénéficié d&#8217;une structure de défaisance pour assainir son bilan, le montre : un actif &#8220;pourri&#8221; à un instant donné peut se transformer en &#8220;jackpot&#8221; quelques temps plus tard. Nous sommes dans un système évolutif, où la valeur telle qu’elle s’affiche dans les comptes d&#8217;une banque s&#8217;apparente à une &#8220;photo&#8221;, à un instantané, différente de ce qu&#8217;elle était la veille et de ce qu&#8217;elle sera le lendemain. </span></span></p>
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<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;">Imaginons que l&#8217;on arrive à déterminer le &#8220;juste prix&#8221; des actifs pourris, qui soit plus élevé que le prix du marché pour limiter les pertes affichées par les banques et ne pas envoyer ces détenteurs directement au cimetière, mais pas trop pour permettre aux repreneurs publics d&#8217;avoir assez d&#8217;argent pour les racheter. C&#8217;est une équation éminemment politique qui ne peut être réussie que par une autorité politique suffisamment forte pour imposer son autorité, donc son &#8220;juste prix&#8221;, aux acteurs financiers.  </span></span><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;">Elle doit être également suffisamment riche pour faire face aux engagements qu&#8217;elle aura elle-même créé en se proposant de reprendre les actifs pourris qui lui seraient présentés. Les Etats-Unis travaillent sur une dotation de 1000 milliards de dollars, quand les estimations les plus optimistes sur le montant des actifs pourris les évaluent à quelques dizaines de milliers de milliards de dollars ! </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"> </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;">Il faut enfin que cette autorité politique soit planétaire, pour que les décisions nécessairement arbitraires qu&#8217;elle prendra soient acceptées par les acteurs financiers du monde entier et ne soient pas contestées dans des enceintes de justice. Or, à ce jour, cette autorité politique mondiale n&#8217;existe pas. C&#8217;est d&#8217;autant plus indispensable qu&#8217;une bonne partie des détenteurs d&#8217;actifs sont des fonds souverains ou des entreprises publiques, quand ce ne sont pas directement des Etats. La multiplication de contentieux juridico-financiers avec ce type d&#8217;acteurs comporterait un sérieux risque de dérapage d&#8217;une crise financière à des tensions nationalistes porteuses de crise politique qu&#8217;il serait sage de s&#8217;épargner. Les Etats-Unis peuvent avoir la tentation impériale de se lancer seul dans la création d&#8217;une &#8220;bad bank&#8221;, sur le thème &#8220;qui m&#8217;aime me paye&#8221;. Le remède risque alors d&#8217;être pire que le mal.</span></span></p>
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<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong> </strong></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong>Selon le dicton populaire &#8220;toute vérité n&#8217;est pas bonne à dire&#8221;.</strong> Il se peut également qu&#8217;elle ne soit pas bonne à chiffrer. D&#8217;une crise des subprimes à 1000 milliards de dollars, nous sommes passés à une crise financière à 30.000 milliards de dollars, partis en fumée dans l&#8217;effondrement des bourses du monde entiers. La purge, qui n’est pas finie, est sévère pour le système financier, mais il tient. Pour l’instant. Certes, il ressemble à un bateau ivre, sans capitainerie, ni gouvernail. La salle des machines est en feu et il prend l&#8217;eau de partout. L&#8217;équipage est décimé, une bonne partie des passagers et des marchandises sont passés par dessus bord, mais il flotte ! Et c&#8217;est bien là l&#8217;essentiel. Sans gouvernance mondiale capable de reprendre le contrôle de ce qui reste du navire et d&#8217;organiser les forces encore valides, plutôt que de tenter d&#8217;établir un état des lieux général qui conduirait à un sauve-qui-peut tout aussi général, ne vaut-il pas mieux rafistoler le rafiot et le maintenir à flot jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il soit porté par des courants salvateurs, ceux de la reprise économique ?  </span></span></p>
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<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;">Si le salut du système financier pourrait venir du redémarrage de l&#8217;économie réelle, encore faut-il que cette dernière échappe à la spirale infernale dans laquelle il l&#8217;entraîne de fait en coupant le robinet du crédit. Dans un système financier dynamique et interactif, en perpétuel mouvement, royaume de la relativité, établir la « vérité » des prix est certe aléatoire, mais pour autant, il est déconseillé de vivre dans le mensonge … absolu. De ce point de vue, la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 aura eu au moins une vertu, celle d’envoyer un message clair aux acteurs financiers : la fête est finie, il va falloir changer de système! Il est peut être temps d’en envoyer un deuxième aux banques, tout aussi simple : vous sauver n’est pas une fin en soi, cela n’a de sens que si vous financez l’économie réelle, sans quoi mieux vaut consacrer l’argent public à financer directement les entreprises et les ménages plutôt qu’à vous renflouer.</span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"> </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong>Pour sortir du cercle vicieux produit par la crise financière</strong>, le choix de la majorité des gouvernements est de soutenir l&#8217;activité des entreprises pour maintenir l&#8217;emploi en lançant des grands programmes de travaux d&#8217;équipement. Les commandes publiques donnent aux trésoreries des entreprises de l&#8217;oxygène pour limiter le recours aux licenciements. C’est aussi une manière indirecte de soutenir la consommation. Le pouvoir d&#8217;achat d&#8217;un salarié est supérieur à celui d&#8217;un chômeur, sa propension à consommer aussi. Si ce choix à l&#8217;avantage de préparer l&#8217;avenir en investissant, il a aussi ses limites. D&#8217;abord, il met du temps à produire ses effets. Entre le moment où une décision d&#8217;investissement est prise et celui où elle est effectivement mise en œuvre, il peut s&#8217;écouler plusieurs mois, voire plusieurs années. Or, le temps est compté. Contrecarrer la crise et ses effets dévastateurs est avant tout une course contre la montre. Le deuxième inconvénient est qu&#8217;il cible certains secteurs, tels que le bâtiment, mais en néglige d&#8217;autres, les services par exemple. Certes, il y a un effet de diffusion et d&#8217;entrainement de la manne investie dans un secteur sur les autres. Mais cela aussi prend du temps. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
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<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong> </strong></span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong>L&#8217;autre option débattue est le soutien direct à la consommation</strong> en distribuant du pouvoir d&#8217;achat, par le biais d&#8217;exonération d&#8217;impôt ou en versant du &#8220;cash&#8221; aux ménages. L&#8217;idée est que le soutien à la consommation permet aux entreprises de vendre leurs produits. Le flux de revenu qui en découle limite leur dépendance aux crédits bancaires et le recours aux licenciements pour équilibrer les comptes. Ce n&#8217;est pas antinomique avec le choix de soutenir l&#8217;activité par l&#8217;investissement. C&#8217;est juste une question de moyen financier. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"> </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;">Cette option de philosophie keynésienne à l&#8217;avantage de la réactivité, sous réserve d&#8217;éviter deux écueils. Il faut d’abord que les heureux bénéficiaires du &#8220;bonus&#8221; de pouvoir d&#8217;achat le consomment effectivement. Certains seront tentés d&#8217;épargner tout ou partie de ce supplément, annihilant ainsi l&#8217;effort consenti avec l&#8217;argent public. L&#8217;autre écueil est qu&#8217;ils consomment &#8220;bien&#8221;, c&#8217;est à dire au bénéfice des producteurs locaux de l’Etat qui distribue du pouvoir d’achat. Si les produits achetés par les consommateurs sont importés, l&#8217;effet sur la santé financière des entreprises domestiques et sur la prévention du chômage sera nul. Pour éviter cet écueil qui freine les Etats tentés par la relance par la consommation, l&#8217;idéal serait que les grands pourvoyeurs économiques de la planète, grosso modo les pays qui appartiennent au G20, investissent de façon concertée dans un plan mondial de relance par la consommation. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"> </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;">Ils pourraient même faire d’une pierre deux coups, en évitant que les gens thésaurisent le surplus de pouvoir d’achat distribué. Le signal fort qu’ils donneraient ainsi à l’humanité agirait sans aucun doute sur un des principaux paramètres qui conduit à épargner plutôt que consommer : la confiance en l’avenir. Plus celui-ci vous paraît incertain, plus vous êtes anxieux, plus vous avez tendance à mettre de l’argent de côté, au cas où … </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"> </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;">L’émergence d’une gouvernance mondiale pour faire face à la crise serait d’autant plus de nature à rassurer qu’elle ne pourrait pas se cantonner au champ économique. Inévitablement, l’économie les amènerait à se saisir des grands problèmes de la planète : l’écologie, les règles du commerce, l’harmonisation par le haut des législations sociales, les flux migratoires … et la sécurité. </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"> </p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong>Nous sommes à un tournant de notre feuilleton …. et peut-être aussi de l’Histoire.</strong> Chaque jour qui passe confirme le tableau de la crise que nous avons dressé, épisode après épisode. Il n’y aura pas d’auto-stabilisation du système financier, même en y déversant encore des milliards de dollars (de plus en plus introuvables). L’encours de la dette spéculative est trop important pour qu’un certain nombre d’acteurs économiques majeurs, financiers et industriels, y survivent. Il faudra sauver ce qui peut l’être, mais l’enjeu de la coordination internationale n’est déjà plus là : c’est maintenant la prévention de la faillite des grands organisateurs du monde que sont les Etats-Nations. Avec la Somalie, nous avons un exemple de ce que cela produirait. Imaginez la même chose avec le Pakistan, que son Etat fasse faillite, ce que personne ne peut exclure, le chaos qui s’en suivrait et le danger que cela représenterait pour le monde … </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"> </span></span></p>
<p class="MsoNormal" style="margin:0;"><span style="font-size:10pt;"><span style="font-family:Helvetica;"><strong>L’Histoire nous enseigne que le chemin de la barbarie est toujours plus court que celui de la civilisation.</strong> Plus que jamais, la planète à besoin de la Politique, d’une pensée et d’une action globale qui fédèrent les humains. Plus que jamais, nous avons besoin de l’Union européenne, aujourd’hui gravement menacée, et d’une gauche française aux avants postes de ce nouveau monde qu’il nous faut créer. Mais où est-elle ? Pourquoi en est-elle réduite à suivre les circonvolutions dangereuses et contradictoires de Nicolas Sarkozy ? <strong><em>C’est ce que nous allons tâcher de comprendre lors de notre prochain épisode, en (psych)analysant le rapport compliqué qu’entretient le Parti Socialiste français avec la mondialisation.  </em></strong></span></span></p>
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		<title>Cette Gauche française qui a peur de Barack Obama.</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Jan 2009 17:05:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>bisedemalik</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Barack Obama]]></category>
		<category><![CDATA[crise du systéme financier]]></category>
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		<description><![CDATA[(si le texte vous apparait trop petit, vous pouvez le grossir à partir du réglage &#8220;affichage&#8221; de votre ordinateur) Pour l&#8217;instant, c&#8217;est une petite musique qui se joue en sourdine, comme s&#8217;il ne fallait pas gâcher la fête. Mais on sent qu&#8217;elle attend son heure pour enfler et enfin éclater à la face du monde. [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bisedemalik.wordpress.com&amp;blog=4620067&amp;post=91&amp;subd=bisedemalik&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>(si le texte vous apparait trop petit, vous pouvez le grossir à partir du réglage &#8220;affichage&#8221; de votre ordinateur)</strong></em></p>
<p><strong>Pour l&#8217;instant, c&#8217;est une petite musique qui se joue en sourdine,</strong> comme s&#8217;il ne fallait pas gâcher la fête. Mais on sent qu&#8217;elle attend son heure pour enfler et enfin éclater à la face du monde. Ses promoteurs vous la jouent au creux de l&#8217;oreille, pas trop fort pour ne pas être entendus des âmes simples et naïves qu&#8217;il ne faut pas désespérer. Enfin, pas trop vite &#8230; En guise d&#8217;intro, ses musiciens vous délivrent leur partition en une affirmation qui vous est lâché en vous regardant bien droit dans les yeux, &#8220;allons, tu sais bien que Barack Obama est de Droite !&#8221;.</p>
<p>Immanquablement, François Mitterrand et Mai 81 sont appelés à la rescousse. Ah, si ces grands enfants d&#8217;américains savaient combien il est dangereux d&#8217;espérer en Politique. Nous, nous avons l&#8217;expérience. Nous savons que plus il y a d&#8217;espoir, plus la déception est forte. Car la déception est, évidement, inévitable ! Alors, mieux vaut ne pas trop espérer, comme ça on est pas trop déçu &#8230;</p>
<p>Cette partition peut avoir l&#8217;air anodine et anecdotique. C&#8217;est pourtant la clé du désert idéologique et intellectuel qui caractérise aujourd&#8217;hui la Gauche française dans toutes ses composantes, extrême gauche comprise. Car que nous dit cette petite musique, si ce n&#8217;est que l&#8217;on ne peut pas changer le monde, juste le subir ? A quoi bon alors dépenser de l&#8217;énergie à penser un avenir meilleur et à imaginer des futurs possibles ? C&#8217;est toute la thématique de &#8220;la résistance&#8221;, si chère à l&#8217;extrême gauche et si confortable, grâce à laquelle on dénonce le capitalisme avec d&#8217;autant plus de virulence que l&#8217;on a rien à proposer à la place.<br />
<strong><br />
C&#8217;est bien là le problème que pose Barack Obama à cette gauche française </strong>: il incarne un immense espoir, pas seulement pour l&#8217;Amérique, mais pour toute la planète. Si seulement il pouvait se contenter de s&#8217;occuper des Etats-Unis en égrenant des catalogues de mesures, comme le font si bien la plupart des partis socialistes européens.<br />
<strong><br />
Hélas pour nos &#8220;apparatchiks&#8221; de toutes obédiences</strong><strong>, non seulement Barack Obama parle, mais en plus, il dit des choses !</strong> Le plus terrible   pour eux, c&#8217;est que Barack Obama n&#8217;a pas le choix, il va continuer de parler. La crise l&#8217;y oblige : les mots sont son atout majeur pour faire face (cf. épisode précédent &#8220;Mots pour Maux&#8221;).</p>
<p>Dans l&#8217;explosion du modèle néo-libéral, un dogme c&#8217;est brisé. Celui de la domination de l&#8217;économique sur le politique. C&#8217;est l&#8217;heure de la revanche, la Politique reprend la main. Et la Politique, c&#8217;est avant tout les mots. En ces temps de perdition, c&#8217;est à elle qu&#8217;il revient de matricer un nouveau paradigme économique pour remplacer le rêve fou des néolibéraux, celui d&#8217;un système économique à la croissance infinie grâce à l&#8217;endettement sans limite, avec pour seule loi celle profit, et le marché comme seul arbitre (cf. les épisodes 1 et 2 de notre feuilleton).</p>
<p>Barack Obama ne promet pas la révolution mondiale, juste celle du capitalisme. Mais en retirant des pans entiers de l&#8217;économie américaine d&#8217;une gestion par le seul marché, en décrétant que l&#8217;éducation, la santé, la construction des infrastructures stratégiques pour le développement humain (transport, énergie, eau &#8230;) doivent faire l&#8217;objet de politiques publiques volontaristes, il donne du sens politique et dessine une vision du monde humaniste, écologiste et progressiste (cf. &#8220;Mots pour Maux&#8221;).<br />
<strong><br />
Mais si Barack Obama est &#8220;de Droite&#8221;, doit-on considérer que son discours l&#8217;est aussi ?</strong> Alors qu&#8217;elle n&#8217;a rien à dire, ni à proposer, ce serait extrêmement dangereux pour la Gauche française de raisonner ainsi. Elle ferait un cadeau inespéré à la Droite, et en premier lieu à son voltigeur en chef, Nicolas Sarkozy, qui lui a compris tout le parti qu&#8217;il pouvait tirer de la crise du capitalisme.</p>
<p>On a longtemps dit que la France avait &#8220;la Droite la plus bête du monde&#8221;. Au vu du triste spectacle donné par le congrès du Parti Socialistes et du nihilisme d&#8217;une &#8220;gauche de la gauche&#8221; dont la pensée s&#8217;est arrêtée au siècle dernier, on est en droit de se demander si le bonnet d&#8217;âne n&#8217;aurait pas changé de camp&#8230; Il faut que la Gauche française réagisse et qu&#8217;elle reconnaisse rapidement l&#8217;évidence qui horripile tant une partie d&#8217;entre elle : le leadership mondial pour la construction d&#8217;une nouvelle social-démocratie écologique a quitté l&#8217;Europe pour traverser l&#8217;Atlantique. Il est américain. Pour tous les socialistes européens qui n&#8217;ont pas renoncé à l&#8217;espoir d&#8217;un monde meilleur, aujourd&#8217;hui, le soleil se lève à l&#8217;Ouest !</p>
<p><strong>Regarder l&#8217;Amérique avec les yeux de Chimène </strong>n&#8217;a rien d&#8217;évident pour une Gauche française longtemps biberonnée à la lutte contre l&#8217;impérialisme américain, dont nombre de militants ont été profondément marqués par la guerre du Vietnam. Pour eux, l&#8217;anti-américanisme fait partie du code génétique de la Gauche.</p>
<p>Pourtant, céder aux sirènes de ceux qui ne manqueront pas d&#8217;exploiter le moindre faux pas de Barack Obama pour pouvoir enfin proclamer haut et fort &#8220;vous voyez, on l&#8217;avait bien dit qu&#8217;il est de Droite&#8221;, ferait courir un danger mortel au Parti Socialiste français. Son tête à tête mortifère avec l&#8217;extrême gauche sur la question de l&#8217;Europe lui scie déjà les pattes. Il n&#8217;avance plus parce qu&#8217;il ne dit rien. Il ne dit rien parce qu&#8217;il ne pense plus. Il ne pense plus parce qu&#8217;il a peur de se diviser et il a peur de se diviser parce qu&#8217;il croit qu&#8217;il a besoin de l&#8217;extrême gauche pour gagner les élections présidentielles.</p>
<p>L&#8217;élection de Barack Obama dans le contexte de la plus grave crise économique mondiale de l&#8217;ére de la globalisation est une véritable bouée de sauvetage pour le Parti Socialistes français. Mais il ne faut pas qu&#8217;il tarde à s&#8217;en saisir, car d&#8217;autres se sont déjà positionnés sur ce créneau pour préempter la marque &#8220;Obama&#8221;. En premier lieu, Nicolas Sarkozy, autoproclamé meilleur fan du nouveau président US. Voilà maintenant les Verts. Contrairement aux socialistes, ils ont fait un Congrès utile, grâce auquel ils se sont rassemblés et renouvelés (eux&#8230;). Ils sont maintenant en ordre de bataille pour l&#8217;échéance des élections européennes, avec un credo tout trouvé : vive Barack Obama ! Il suffit d&#8217;écouter ce que disent ses leaders, en particulier Daniel Cohen-Bendit, mais pas seulement &#8230; On vous fait grâce du Modem pour qui &#8220;l&#8217;obamattitude&#8221; fait office de stratégie.<br />
<strong><br />
Nous avons donc un Parti Socialistes encerclé de toutes parts par d&#8217;intéressés &#8220;repreneurs&#8221;</strong> qui attendent patiemment qu&#8217;il passe de la paralysie à la faillite, puis à la liquidation, pour s&#8217;en disputer les meilleurs morceaux. Un mot d&#8217;ordre inédit, porté par l&#8217;extrême gauche, va émerger : &#8220;apparatchiks de tous les Partis, unissons nous pour que Barack échoue&#8221;. Il va rencontrer un certain écho et quelques basses préoccupations tactiques au sein du P.S.</p>
<p>Il faut qu&#8217;émerge en face un pôle déterminé, qui se moque de la forme, prêt à passer sous pavillon américain si cela peut permettre de répondre au grand défi politique de ce troisième millénaire et qui est l&#8217;objet de ce blog : la mondialisation ! Elle nous impose de produire un discours politique qui soit réaliste, global et cohérent quelque soit l’endroit où l’on vit sur la planète Terre. Pour être audible aussi bien dans une usine de Calcutta, que du fin fond de la Creuse ou d&#8217;une salle des marchés, ce discours politique doit concilier développement économique, progrès social, démocratie et sauvegarde écologique. Et c&#8217;est justement le programme de Barack Obama.<br />
<strong><br />
François Mitterrand, lui, n&#8217;a jamais oublié que l’espoir est le moteur de la politique.</strong> En prenant le virage de la rigueur en 1983, Tonton savait que les socialistes ne pouvaient en rester au constat de la situation du monde tel qu’il était, sauf à s&#8217;enfermer totalement dans un discours d’impuissance de la politique par rapport à l&#8217;économie (partition qu&#8217;il a également joué). Il a donc substitué au « changer la vie » le « construisons l’Europe ». Le &#8220;Vieux&#8221; pensait avoir laissé un socle solide et unificateur au Parti Socialiste. Les héritiers en ont fait une fracture qui pourrait bien devenir un tombeau. Les semaines qui viennent sont cruciales pour l&#8217;avenir du Parti Socialiste. Les élections européennes peuvent autant être l&#8217;occasion d&#8217;un sursaut salvateur qu&#8217;un grand coup de pioche supplémentaire vers la descente aux enfers. Notre prochain épisode sera donc consacré à comprendre la relation compliquée qu&#8217;entretien le Parti Socialiste avec la mondialisation et son corollaire, la construction de l&#8217;Union européenne.</p>
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		<title>La crise épisode 3 : Mots pour Maux</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Dec 2008 16:01:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>bisedemalik</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>
		<category><![CDATA[crise du systéme financier]]></category>
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		<description><![CDATA[La dernière fois que la chute d&#8217;un mur a ébranlé le monde, c&#8217;était à Berlin, il y a bientôt 20 ans. À l’époque, on nous annonçait &#8220;la fin de l&#8217;Histoire&#8221; et l&#8217;avènement du Capitalisme triomphant, consacré sous sa forme la plus aboutie, l&#8217;ultralibéralisme. Les idéologues du profit comme seul moteur du développement économique ont oublié [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bisedemalik.wordpress.com&amp;blog=4620067&amp;post=84&amp;subd=bisedemalik&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La dernière fois que la chute d&#8217;un mur a ébranlé le monde,</strong> c&#8217;était à Berlin, il y a bientôt 20 ans. À l’époque, on nous annonçait  &#8220;la fin de l&#8217;Histoire&#8221; et l&#8217;avènement du Capitalisme triomphant, consacré sous sa forme la plus aboutie, l&#8217;ultralibéralisme.</p>
<p>Les idéologues du profit comme seul moteur du développement économique ont oublié de préciser un détail :  le carburant était la carte de crédit d&#8217;un consommateur américain de moins en moins solvable. Le taux d&#8217;endettement moyen des ménages américains est ainsi passé de 20% de leur revenu en 1980 à &#8230; 112 % aujourd&#8217;hui ! En clair, cela veut dire que quand vous êtes un ménage américain, vous devez d&#8217;entrée plus d&#8217;argent en début de mois que ce que vous allez gagner dans le mois, sans même être sorti de chez vous pour aller faire vos courses !</p>
<p><strong>Heureusement pour lui et pour le reste du monde,</strong> le consommateur américain a eu l&#8217;intelligence de rompre avec les ultralibéraux en votant massivement pour Barak Obama.</p>
<p>La mise en place par les Démocrates d&#8217;un système public d&#8217;assurance santé, équivalent à notre Sécu, devrait alléger son budget d&#8217;une grosse dépense en lui permettant de se passer d&#8217;assurances privées, de plus en plus en chers pour une couverture générale de plus en plus réduite.</p>
<p>La rénovation du système public d&#8217;éducation grâce à un investissement financier massif aura le même effet. Aujourd&#8217;hui, les ménages américains payent très cher pour l&#8217;éducation de leurs enfants, faute d&#8217;écoles publiques capables de rivaliser avec le privé. Ces deux changement majeurs dans la vie des américains devraient leur donner un peu de marge pour de nouveau consommer et alimenter la relance économique mondiale.</p>
<p>Enfin, le soutien à l&#8217;emploi par le lancement d&#8217;un ambitieux programme public d&#8217;équipements de toutes natures (réseaux de transports, réseaux numériques, énergétiques, etc.) devrait permettre d&#8217;amortir le choc économique de la crise financière et préparer l&#8217;avenir de la première puissance de la planète.<br />
<strong><br />
Malheureusement, le mois de novembre n&#8217;a pas apporté que des bonnes nouvelles d&#8217;Amérique</strong>. Il y en a au moins trois qui n&#8217;ont pas été commentées à la hauteur de ce qu&#8217;elles méritent.</p>
<p><strong>La première mauvaise nouvelle, celle qui est passée la plus inaperçue</strong>, concerne le taux de défaillance de remboursement de crédit à la consommation accordé par le biais des cartes de crédit aux Etats-Unis. Il a doublé en octobre. Les ménages américains ne se sont pas endettés seulement pour leur logement. Il y a aussi la voiture, le frigo, la télé, l&#8217;ordinateur, etc&#8230; Ce chiffre indique qu&#8217;une part substantielle des ménages américains n&#8217;arrive plus à rembourser. Un peu comme pour les tremblements de terre, cette information laisse craindre une réplique de la crise des subprimes.</p>
<p><strong>La deuxième mauvaise nouvelle concerne la destruction d&#8217;emplois</strong> sur le marché américain. Or, toute la dynamique économique de ces dernières décennies reposait  quasiment sur une donnée : un solde positif de création d&#8217;emplois aux Etats-Unis (cf. épisode n°1). L&#8217;équation est simple : plus il y a de chômeurs, moins il y a de pouvoir d&#8217;achat et donc de consommateurs, plus il y a d&#8217;entreprises qui n&#8217;arrivent pas à vendre leur production et qui licencient, plus il y a de chômeurs et moins de consommateurs et ainsi de suite&#8230; Ça s&#8217;appelle d&#8217;abord la crise, puis la récession.</p>
<p>Depuis le début de l&#8217;année, deux millions d&#8217;emplois ont été supprimés aux Etats-Unis, 550.000 pour le seul mois de novembre, après 330.000 en  octobre et 250.000 en septembre. C&#8217;est du jamais vu depuis 1946, dans le contexte particulier de l&#8217;époque, avec le retour à la vie  civile des GI&#8217;s et la reconversion de l&#8217;appareil industriel consacré à la guerre. C&#8217;est dire &#8230; Au delà du volume, c&#8217;est l&#8217;accélération exponentielle du rythme qui est très inquiétante.</p>
<p><strong>La troisième mauvaise nouvelle concerne la fongibilité entre économie &#8220;virtuelle&#8221; et économie &#8220;réelle&#8221;</strong>, et les conséquences sismiques pour le système financier international qu&#8217;aurait la faillite d&#8217;un acteur industriel majeur américain.</p>
<p>Le meilleur exemple nous est donné par les grands constructeurs automobiles américains, Général Motors, Chrysler et Ford. Il y a ce que l&#8217;on savait, les terribles conséquences économiques et sociales qu&#8217;entraînerait le licenciement de centaines de milliers de salariés si l&#8217;une de ces trois entreprises venait à faire faillite. Et puis, il y a ce que l&#8217;on ignorait, le volet financier, avec un effet en cascade difficile à évaluer, mais qui pourrait être équivalent à la faillite d&#8217;une banque de taille respectable. Bref, la grande trouille de tous les dirigeants politiques, économiques et financiers, le &#8220;scénario noir&#8221; (cf. épisode n°2).</p>
<p>La raison en est simple et au coeur de la grande invention de Wall Street : la virtualisation du risque réel, grâce à des modèles mathématiques de plus en plus complexes, mélangeant actifs à risque qui rapportent beaucoup et actifs &#8220;de sécurité&#8221; qui permettent  d&#8217;amortir le choc au cas où un actif à risque partirait à l&#8217;inverse de l&#8217;anticipation du &#8220;Trader&#8221;. Ces modèles mathématiques sont complexes, mais en vérité, c&#8217;est de la cuisine : je te mets une pincée de ceci pour faire du fric, et une larme de cela au cas où ça tournerait mal &#8230; Évidemment, ces modèles mathématiques reposent sur des hypothèses, et dans ces hypothèses, une valeur comme Général Motors, aujourd&#8217;hui au bord du dépôt de bilan, était classée dans les actifs de &#8220;sécurité&#8221;. Et du GM, nos génies de la finance en ont mis dans tous les produits à risque qu&#8217;ils ont vendus à toute la planète &#8230;</p>
<p><strong>L&#8217;accumulation de ces mauvaises nouvelles donne la mesure de la course de vitesse qui c&#8217;est engagé</strong> entre la Politique et les bombes à retardement de la folle époque de Wall Street, disséminées dans tout le système financier mondial et qui peuvent éclater à tout moment (cf. épisode 2 de notre feuilleton).</p>
<p>Contrairement à ce que raconte une bonne partie des acteurs économiques et politiques qui nous annonce la reprise pour fin 2009, la crise n&#8217;est pas derrière nous, mais bien devant.</p>
<p>Les mesures que peut prendre Obama pour soulager financièrement les ménages américains d&#8217;une partie des charges qui pèsent sur leur budget ou pour soutenir l&#8217;activité et l&#8217;emploi mettront un certain temps à produire leurs effets. Pendant ce laps de temps, il faut éviter que la moindre petite défaillance d&#8217;un acteur même modeste du système financier ne se transforme en choc majeur, par effet de propagation.</p>
<p>Pour l&#8217;instant, les dirigeants politiques et économiques du monde sont arrivés à rafistoler le système pour éviter qu&#8217;il n&#8217;explose en vol ou ne s&#8217;effondre comme un château de cartes.</p>
<p>Mais ils ont utilisé une bonne partie des outils à leur disposition. Ils ont changé les normes comptables pour préserver la valeur des entreprises. Les taux directeur des banques centrales sont proches de zéro. En clair, les acteurs financiers peuvent venir prendre de l&#8217;argent &#8220;gratuit&#8221; aux guichets des banques centrales pour le vendre ensuite aux acteurs de l&#8217;économie en faisant leur marge. Les Etats se sont endettés massivement pour mobiliser les énormes sommes d&#8217;argent nécessaires au sauvetage des banques et maintenant des grandes entreprises.<br />
<strong><br />
En fait, la principale arme qui reste aux dirigeants politiques et économiques, c&#8217;est &#8230; les mots</strong>.<strong> </strong>Cela peut paraître dérisoire. C&#8217;est essentiel. Mettre des mots sur la crise économique, c&#8217;est lui donner son sens.  L&#8217;économie et la politique prennent leurs racines dans le cerveau humain. Elles sont faites de psychologie, de symboles, d&#8217;émotions, de convictions, de passions, d&#8217;idéologie &#8230; et donc de mots. Le même acte, le même constat, le même chiffre n&#8217;a pas le même sens suivant les mots que l&#8217;on met dessus. Et les mêmes mots n&#8217;ont pas le même sens suivant la bouche qui les prononce, le moment, l&#8217;endroit&#8230;</p>
<p>Ainsi le mot &#8220;régulation&#8221;, qu’à Droite comme à Gauche on proclame à tort et à travers, recouvre pour les uns l&#8217;idée qu&#8217;il faut gommer les &#8220;excès&#8221; de l&#8217;ultralibéralisme en (re)mettant en place quelques règles de bon sens pour encadrer l&#8217;activité des acteurs financiers. Et repartir comme en 14 !</p>
<p><strong>Pour ceux la, nous sommes dans une crise DU système,  pas dans une crise DE système.</strong></p>
<p>Mais pour les autres, la Gauche, c&#8217;est bien de cela dont il devrait s&#8217;agir. La crise nous oblige à réfléchir à ce qui est essentiel pour l&#8217;être humain et son devenir, à ce qui est trop vital pour être laissé au seul marché. C&#8217;est exactement ce que fait Barack Obama avec son programme économique. L&#8217;investissement public massif dans des domaines tels que la santé, l&#8217;éducation ou la rénovation des infrastructures revient à retirer aux marchés et à ses acteurs privés des pans entiers de l&#8217;économie américaine qu&#8217;ils géraient seuls jusqu&#8217;à présent.</p>
<p><strong>Il est clair que si à l&#8217;échelle du monde s&#8217;impose dans les esprits </strong>l&#8217;idée qu&#8217;il y a des choses trop sérieuses pour être laissé à la cupidité des banquiers et autres &#8220;acteurs financiers&#8221;, <strong>nous ne serons plus alors dans une crise du système, mais bien dans un changement de paradigme. </strong></p>
<p>Mais pour s&#8217;imposer dans les esprits, il ne suffit pas que Barack Obama le fasse. Il faut formaliser ce programme économique dans une vision du monde, dans un discours politique construit et argumenté. Bref, il faut produire de l&#8217;idéologie, mettre des mots sur les actes. C&#8217;est justement censé être l&#8217;objet d&#8217;un Congrès du Parti Socialiste.<br />
<strong><br />
On aurait pu croire que la crise tombait bien pour le Parti Socialiste</strong> en pleine reconstruction après trois défaites consécutives aux élections présidentielles.</p>
<p>N&#8217;est-ce pas la grande revanche de sa philosophie économique keynésienne, mise en oeuvre par ceux qui la déteste le plus et qui servent de modèle à Sarkozy, les ultralibéraux américains ? N&#8217;est-ce pas également l&#8217;occasion de donner une nouvelle dimension à l&#8217;Europe, dans un sens progressiste et socialiste, permettant ainsi à la Gauche de se réconcilier et de dépasser la fracture produite par le référendum sur le traité constitutionnel ?</p>
<p>Seulement voilà, la crise financière a permis l&#8217;élection du premier Président noir des Etats-Unis et l&#8217;émergence d&#8217;une gouvernance politique de l&#8217;économie mondiale, elle a tout bouleversé, tout chamboulé, tout retourné, tout sauf &#8230; le Parti Socialiste !</p>
<p>Il suffit de relire les textes du Congrès pour s&#8217;en convaincre : <strong>le PS est tellement en crise qu&#8217;il ne connaît pas la crise !  Nous allons donc nous consacrer de plus en plus à ce grand autiste.</strong></p>
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		<title>La crise épisode 2, Faites vos jeux !</title>
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		<pubDate>Sun, 02 Nov 2008 17:38:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>bisedemalik</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Oui, j’ai trouvé une faille. Je ne sais pas à quel point elle est significative ou durable, mais cela m’a plongé dans un grand désarroi […] pour moi, des marchés libres et concurrentiels sont de loin la meilleure façon d’organiser les économies […] mais j’ai fait une erreur en croyant que le sens de [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bisedemalik.wordpress.com&amp;blog=4620067&amp;post=76&amp;subd=bisedemalik&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>«  Oui, j’ai trouvé une faille. Je ne sais pas à quel point elle est significative ou durable, mais cela m’a plongé dans un grand désarroi […] pour moi, des marchés libres et concurrentiels sont de loin la meilleure façon d’organiser les économies […] mais j’ai fait une erreur en croyant que le sens de leur propre intérêt, notamment chez les banquiers, était la meilleure protection qui soit. ».</em><br />
<strong><br />
L’homme qui s’exprime ainsi a fait n’importe quoi, mais n’est pas n’importe qui.</strong> C’est Alan Greenspan, président pendant des années de la Réserve fédérale américaine (Fed). Adepte du « free market », le marché libre qui s’auto régule spontanément, Alan Greenspan est le grand dérégulateur des marchés financiers. Grâce à lui, on a pu emprunter jusqu’à 32 fois sa mise pour parier sur tout et n’importe quoi. C’est également lui qui a fait sauter les verrous mis en place après la crise de 29, notament celui interdisant aux banques de dépôt de s’adonner aux activités (à risque) de banque d’investissement. Il leur a permis ainsi d’aller jouer l’argent de leurs déposants au grand casino mondial des actifs les plus divers et souvent avariés. Il a défait toutes les règles élémentaires de précaution, considérées comme autant de freins à la recherche absolue du profit, érigé en moteur de la création de richesse et de sa répartition.</p>
<p>Lors de son audition par une commission du Congrès, quand les parlementaires lui demandent si <em>« en d’autres termes votre vision du monde, votre idéologie, n’était pas la bonne, ne fonctionnait pas ? »</em>, Alan Greenspan répond <em>« Absolument, exactement. C’est précisément la raison pour laquelle je suis choqué, parce que cela faisait quarante ans et même plus que de façon très évidente cela fonctionnait exceptionnellement bien »</em>.  Mais alors, que c’est-il passé pour que ça ne fonctionne plus ? Comme le dit Alan Greenspan, c’est un choc des valeurs. Dans son esprit, l’intérêt collectif des banquiers et des investisseurs se confondaient avec leur intérêt personnel et celui de leurs clients et actionnaires. Avec la crise des subprimes, on a compris depuis ce qu’il en était réellement. Ils se sont occupés uniquement de se remplir les poches, sans aucune considération éthique ou morale pour leurs actionnaires ou leurs clients.</p>
<p><strong>Ce que ne dit pas Alan Greenspan,</strong> c’est que, quelque part, dans son esprit, il y a bien un arbitre des marchés autre que l’autorégulation spontanée des acteurs : c’est Dieu. En réalité, malgré tous leurs efforts théoriques, les ultralibéraux américains ne conçoivent pas les règles du « free market » ex-nihilo, en dehors des sociétés humaines dont il organise l’économie. En clair, leur conception de la libre organisation des marchés et de leur autorégulation ne relèvent pas uniquement de règles de fonctionnement pour organiser la  loi de l&#8217;offre et de la demande, mais fondamentalement d’un corpus éthique et morale.</p>
<p>Le désarroi d’Alan Greenspan est là, dans le constat que dans la transmission du message aux jeunes générations de « trader », il y a eu une « perte en ligne » : ils n’ont retenu que la cupidité … érigée en système de valeurs. Exit la responsabilité individuelle, l’honnêteté vis-à-vis de ses mandants, le respect des règles du jeu et, surtout, de son esprit, les notions de « bien » ou de « mal », etc. A Wall Street, l’éthique et la morale, dont sont pourtant pétries les « vieilles » élites américaines à travers la religion, étaient parties en fumée bien avant les milliards de dollars qu’a déjà coutée la crise.</p>
<p>Dans leur quête sans limite du profit, les financiers ont fait du marché une table de poker. On y gagne de l’argent en anticipant des hausses ou des baisses de valeurs, non pas en fonction des évolutions et des besoins de l’économie réelle, mais du comportement des autres joueurs. Le résultat est sous nos yeux aujourd’hui : entre la valeur d’un bien ou d’un service tel qu’il ressort du jeu spéculatif et son caractère plus ou moins indispensable au bien être des humains dans la vie réelle, on ne sait plus fixer un prix. Et un système financier qui n’est plus capable de fixer la valeur de ce qui s’échange est comme un pont sans clé de voute : il s’effondre !</p>
<p><strong>Comment éviter le scénario noir,</strong> celui d’une grande banque qui a joué au poker l’argent de ses déposants et qui un beau matin n’a plus de « cash » suffisant pour faire face à ses engagements, dont on ne connait pas réellement la valeur parce que ses actifs sont dépréciés, sans savoir de combien « raisonnablement », et qui entrainerait dans son sillage d’autres banques elles-mêmes déjà fortement fragilisées puisque prisent dans la même spirale infernale que leur consœur, et ce depuis des mois ?</p>
<p>C’est exactement ce qui s’est passé avec la faillite d’une des quatre premières banques américaines, Lehmann Brother. Ca a été un choc sismique pour le système financier mondial. C’est devenu le couteau que les banquiers et autres acteurs financiers mettent sous la gorge des politiques et des autorités monétaires. Ces dernièrs parent au plus pressé et cèdent. Avec l’argent public, en Amérique comme en Europe, on renfloue à tour de bras, on injecte des liquidités sur le marché, on garantie les prêts interbancaires. On accepte même de tronquer les comptes : la valeur des actifs bancaires n’est plus déterminée au jour le jour par le marché mais par une valeur moyenne évaluée sur trois mois.<br />
<strong><br />
</strong> L’intervention publique fait le bonheur des divers intervenants financiers qui se sont enrichis en laissant nos slips et chemises sur les marchés à risque. Ce serait une erreur de croire qu’échaudés par la crise, les « investisseurs » quittent pour autant la table de jeu. Le casino mondial n&#8217;est pas en voie de fermeture. Bien au contraire, c’est maintenant que les affaires se font. Les mêmes causes produisant rarement autre chose que les mêmes effets, les sommes colossales mobilisées par les autorités politiques et monétaires risquent de finir à leur tour sur le tapis vert. On peut craindre d’ailleurs que ce ne soit quasi mécanique pour les banques très engagées sur les marchés à risque. Elles ne peuvent pas quitter la table sans enregistrer d’énormes pertes et se retrouver en faillite. Les banques le savent et continuent de se méfier les unes des autres.</p>
<p><strong>Les banques sont conscientes du pétrin dans lequel elles se sont collectivement mises.</strong> Elles ont de bonnes raisons d’être peu réceptive au discours public qui explique que la situation est sous contrôle, qu’il y a juste un problème psychologique des marchés qu’il faut surmonter en positivant afin que les acteurs financiers se fassent de nouveau confiance et que tout reparte comme en 14 ! La défiance généralisée entre banque est d’autant plus inquiétante que, suite à la faillite de Lehmann Brother, « abandonnée » à son sort par les pouvoirs publics quand les autres ont été secourus, le discours des politiques s’est clarifié : on assure tout le monde de tous les risques, tout sera fait pour éviter un deuxiéme Lehmann Brother. En toute logique, les banques en concluent qu’elles n’ont d’autres choix que de continuer un jeu dont elles ne savent pas comment sortir. Et advienne que pourra …</p>
<p><strong>Si on veut éviter que l’argent public se volatilise en pari à son tour,</strong> il faut arriver à fermer la table de jeu sans que les joueurs restent sur le carreau. Les kyrielles de mesures envisagées ou annoncées par les autorités politiques et monétaires de la planète sont pour la plupart d&#8217;entre elles des mesures de précaution qui avaient été supprimées par la vague libérale qui a submergé les Etats-Unis depuis le début des années 80. Elles auraient été utiles avant la crise. Elles le seront surement après. Mais pendant, elles ne permettent pas de désamorcer la machine infernale qu’est devenue le système financier. C’est un problème politique auquel les politiques ne répondent pas ou peu … à l’exception du Président de la République Française !</p>
<p><strong> Nicolas Sarkozy a compris</strong> que cette crise est en train de matricer l’émergence d’une gouvernance économique mondiale. Il fait à l’échelle de la planète ce qu’il fait en France : surfer sur la vague, adopter un discours « tout terrain » qui, sous couvert de pragmatisme, s’adapte en fonction des circonstances et des auditoires, avec un objectif : diriger pour exister (ou du moins le faire croire). Dans la crise, il est acteur. Même s’il n’a pas vraiment de ligne ni de solution globale et cohérente à proposer, il s’agite dans tous les sens, communique, négocie, passe des accords, fixe le calendrier, etc. En un mot, il fait de la politique (à sa manière). Il faut dire qu’il a un double avantage, des capacités d’analyse réelle et une opposition socialiste … ailleurs.</p>
<p><strong>Nous irons donc « ailleurs » pour leur poser LA question chiante</strong> : quand laissez au système financier le soin de fixer la valeur de ses actifs revient à prendre le risque substantiel de le voir exploser en vol, sur la base de quelle éthique  et de quelle morale, et donc de quelle idéologie, doit-on s’appuyer pour purger l’économie mondiale des dangers de faillite généralisée accumulés et construire un nouveau paradigme qui permette de concilier le développement économique, la préservation écologique et la paix planétaire ?</p>
<p><strong>Suite au prochain épisode.</strong></p>
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		<title>C&#8217;était si simple du temps de la crise des subprimes !</title>
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		<pubDate>Mon, 20 Oct 2008 09:28:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>bisedemalik</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>
		<category><![CDATA[crise du systéme financier]]></category>
		<category><![CDATA[parti socialiste]]></category>
		<category><![CDATA[union europénne]]></category>

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		<description><![CDATA[Comme pour le congrès du PS, la crise financière s&#8217;invite dans le jeu de la motion virtuelle de la Boite à Idées Socialistes Elémentaires. Nous allons donc lui consacrer quelques papiers sous la forme d&#8217;un feuilleton, titré &#8220;Système financier : est-on sûr qu&#8217;il s&#8217;agit bien d&#8217;une crise ?&#8221;. Premier épisode : &#8220;C&#8217;était si simple du [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=bisedemalik.wordpress.com&amp;blog=4620067&amp;post=65&amp;subd=bisedemalik&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Comme pour le congrès du PS, la crise financière  s&#8217;invite dans le jeu de la motion virtuelle de la Boite à Idées Socialistes Elémentaires. Nous allons donc lui consacrer quelques papiers sous la forme d&#8217;un feuilleton, titré &#8220;Système financier : est-on sûr qu&#8217;il s&#8217;agit bien d&#8217;une crise ?&#8221;.</strong></p>
<p><strong>Premier épisode : &#8220;C&#8217;était si simple du temps de la crise des subprimes !&#8221;</strong></p>
<p>Il y a quelques semaines encore, la crise des subprimes était simple à analyser. On pouvait facilement prédire ce que l&#8217;on voit et entend partout aujourd&#8217;hui : la collectivisation des pertes de Wall Street par les ultra-libéraux américains, la fin d&#8217;un cycle idéologique de trente ans ouvert avec l&#8217;élection de Ronald Reagan, la revanche de Keynes, etc.</p>
<p>On pouvait expliquer doctement l&#8217;écroulement des deux piliers  sur lesquels le système économique mondial repose depuis des décennies, le marché américain sur lequel sont dégagés des profits réinvestis dans le reste du monde, et le statut du dollar, monnaie dans laquelle sont libellés les échanges économiques mondiaux et une bonne part de l&#8217;épargne mondiale.</p>
<p>Le statut du dollar et le développement de produits financiers de plus en plus sophistiqués ont permis au consommateur américain de vivre à crédit sur le reste du monde. Il s&#8217;est surendetté pour maintenir sa capacité à consommer, tout en faisant tourner l&#8217;économie mondiale : les profits dégagés sur le marché américain grâce au consommateur américain sont soit réinvestis dans le pays d&#8217;origine, soit  placés en produits financiers libellés en dollar, en particulier en Bons du Trésor américain.</p>
<p>Les Etats-Unis peuvent ainsi financer grâce au reste du monde le déficit de leur économie. Petite remarque : à côté des Bons du Trésor U.S, il y a aussi les produits aujourd&#8217;hui qualifiés de &#8220;toxiques&#8221;, émis par les grands acteurs de Wall Street, fonds spéculatifs en tête, mais aussi par les banques, les assurances, les fonds de pension dédiés aux retraites. Bref, par tous ceux qui gèrent des masses substantielles de dépôts.</p>
<p>Les détenteurs de dollars, c&#8217;est-à-dire toutes les économies du monde, ont intérêt à les placer sur les produits qui rapportent le plus, émis par les acteurs financiers de Wall Street. Ceux-ci sont indexés sur la croissance attendue de l’économie U.S. <em>In fine</em>, on pourrait dire que tant que le solde des emplois créés aux Etats-Unis est positif, le système marche. Le seul ennui est qu&#8217;il repose sur une logique de «cavalerie» où le moindre ralentissement produit des effets dévastateurs. C’est ce que qui s’est passé avec la crise des subprimes. La défaillance de remboursement d’emprunt immobilier d’un nombre significatif de ménages américains a déclenché la plus grave crise financière depuis l’après-guerre.<br />
<strong><br />
Du temps de la crise des subprimes, les solutions paraissaient simples :</strong> une intervention publique forte à l&#8217;échelle mondiale, menée de concert par les grandes banques centrales et les Etats, pour assainir et encadrer un peu mieux les marchés financiers. Parallèlement, on compte sur le  futur Président des Etats-Unis pour (re)solvabiliser le consommateur américain. Aujourd&#8217;hui, son taux d&#8217;endettement moyen est de &#8230; 112 % ! On comprend aisément que l&#8217;on puisse difficilement aller plus loin, malgré tous les artifices de Wall Street. La mise en place d&#8217;un système public d&#8217;assurance-santé et l&#8217;amélioration de l&#8217;offre publique en matière d&#8217;éducation et de formation soulageraient d&#8217;autant les ménages américains. Les dépenses liées à la santé et à l&#8217;éducation pèsent lourdement sur leur budget. Le temps de digérer tout cela et dans une dizaine d&#8217;années ce ne serait plus que le mauvais souvenir d&#8217;une crise un peu plus violente que les autres.</p>
<p>Cette crise des subprimes commençait même à prendre un tour sympathique. On pouvait la voir comme la matrice d&#8217;une nouvelle gouvernance économique mondiale, régie par des rapports plus justes et plus équilibrés entre les grands ensembles continentaux qui forment le monde, fondée sur des bases financières assainies, grâce à des réformes structurelles aux Etats-Unis et une refonte totale du système financier mondial.</p>
<p><strong>Seulement voilà, dans les placards de Wall Street, à côté du cadavre à 1 000 milliards de dollars des subprimes,</strong> on tombe sur quelques bombes à retardement. Il y a les fameux Hedges-fund pour quelques 2 000 milliards de dollars, mais surtout les Credit-Default Swap (CDS), à 62 000 milliards de dollars, soit quasiment   l&#8217;équivalent du total des dépôts bancaires de la planète !</p>
<p>Une réalité se dessine, que les gouvernants commencent à peine à percevoir : les grands dépositaires de fonds, banques, assurances, etc. ont transformé la planète en un gigantesque casino où ils jouent  l&#8217;argent de leurs déposants ! Le pire étant que l&#8217;on est pas sûr de pouvoir arrêter le jeu, sauf à prendre le risque de &#8220;planter&#8221; la carte de crédit du consommateur américain : et si elle arrête de fonctionner, alors tout s&#8217;effondre, économie réelle comme virtuelle, dans le même mouvement &#8230;</p>
<p>Manifestement, la gestion des richesses de la planète est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux seuls acteurs financiers. Si on se contente de les renflouer, ils vont jouer avec l&#8217;argent public comme ils l&#8217;ont fait avec celui de leurs déposants privés. Ils ne savent pas comment arrêter la machine infernale qu&#8217;ils ont créée. Ils n&#8217;en n&#8217;ont d&#8217;ailleurs pas du tout envie, car cela reviendrait à tarir la source de leurs fortunes personnelles.</p>
<p>Les &#8220;politiques&#8221; peuvent-ils prendre le relais pour dégonfler la bulle spéculative en douceur et réussir un atterrissage forcé du système financier international pour qu&#8217;il recolle à l&#8217;économie réelle, sans trop de dommage pour cette dernière ?</p>
<p><strong>Prochain épisode : &#8221; Stop the world, I want to get out ! &#8220;<br />
</strong></p>
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