Bise de Malik


Crise de rêve
novembre 7, 2009, 9:52
Classé dans : Politique, crise économique | Mots-clefs: ,

On ne vous l’a pas dit ? La crise est finie ! Certes, pas pour tout le monde … Manifestement, sont surtout concernés ceux qui l’ont déclenchée, traders, banquiers, investisseurs et autres spéculateurs. Pour eux, en cette fin d’année 2009, les motifs de satisfaction ne manquent pas. Après avoir lourdement chutées, les bourses du monde entier reviennent doucement à un niveau de capitalisation équivalent à ce qu’il était en 2007. Un très bon cru ! Les grandes banques, dont on redoutait il y a quelques mois encore les faillites en chaine, annoncent des profits record. Les super-bonus sont de retour et dépassent même ceux des belles années précédentes.

Alors, c’est bon ? Tout peut recommencer « comme avant » ? Si le champagne coule à flot dans les salles de marché, le bruit des bouchons est soigneusement étouffé. Il ne faut pas trop plastronner, cela pourrait énerver ceux qui vont payer les pots cassés, les chômeurs et les contribuables. Car si la finance va mieux, la reprise économique, elle, sera molle. En clair, les salariés licenciés ne sont pas prêts à retrouver du boulot et la croissance économique de sa vigueur. Recommencer comme avant ? Et pourquoi ? C’était si bien, « avant » ?  Recommencer, certes, mais vu le système dans lequel nous sommes, la question risque vite de devenir avec qui et pour qui ?

Sur le fond, personne n’est dupe : rien n’a fondamentalement changé, malgré les discours lyriques sur la refondation morale du capitalisme, la mise en place de nouvelles règles de régulation et l’émergence d’une nouvelle gouvernance mondiale avec le G20. Faute d’être revenu à la séparation entre l’activité de banque de dépôt et celle d’investissement (terme officiel et pudique pour habiller la spéculation bancaire), les traders peuvent continuer à prendre des paris avec l’argent des petits épargnants. Les « hedg fund » et autres produits dérivés sont toujours aussi opaques et incontrôlables. Les paradis fiscaux restent ce que leur nom indique : des zones de non-droit du système financier mondial où on peut blanchir en toute tranquillité l’argent sale de la fraude fiscale, de la corruption et de tout les trafics inavouables, celui de la traite humaine que sont la prostitution et l’immigration clandestine, de la drogue, du trafic d’armes, de la contrefaçon et autres pillages en tout genre.

La seule vraie nouveauté est qu’après avoir surendetté massivement les ménages pour se développer, le système capitaliste productiviste et consumériste dans lequel nous sommes a surendetté tout aussi massivement les Etats pour survivre à sa crise. Jusqu’à la prochaine. Partant du principe que les mêmes causes produisent rarement autre chose que les mêmes effets, ce n’est qu’une question de temps. Simplement, au lieu d’avoir des ménages ou des banques en faillite, on aura des Etats …

Comment ne pas voir dans cette crise une revanche de la raison sur la folie ? Elle nous dit que l’enrichissement sans fin d’une infime fraction de l’humanité grâce à l’endettement sans fin du plus grand nombre n’est « juste pas possible ». Elle donne une résonnance nouvelle à ce que nous dit la crise écologique, tellement bien formulée par Nicolas Hulot : une croissance économique infinie qui reposerait sur des ressources finies, que nous épuisons de plus en plus vite, n’est également « juste pas possible ». Elle oblige à révolutionner un système capitaliste qui ne produit plus des biens pour satisfaire des besoins, mais produit des besoins pour écouler des biens. Elle pose la question des valeurs collectives et de la morale que doit partager l’ensemble de l’humanité pour vivre en paix sur une planète devenu village. Elle nous invite à repenser le monde, mais nous interpelle également sur notre responsabilité individuelle et collective.

Ces trente dernières années, l’idéologie ultra libérale ne s’est pas contentée de régir l’économique et le politique. Elle s’est aussi occupée des êtres et des âmes. A partir de règles théorisées pour faire fonctionner le marché, un modèle de société s’est imposé. La société est une somme d’individus en compétition pour accumuler le maximum de profit. Le bonheur, c’est la liberté de consommer. L’épanouissement et la réalisation de l’individu, c’est consommer ce qui n’est pas accessible au plus grand nombre. Etre heureux, c’est consommer les derniers éléphants d’Afrique, se déplacer en jet privé, c’est voyager dans des endroits inaccessibles aux autres, y compris sur les traces de Youri Gargarine, dans l’espace. Etre heureux, c’est avoir la plus belle maison que l’on décore à l’infini d’objets rares. On jouit en contemplant ce qu’on accumule et on existe en l’exposant au reste de l’humanité. Et comptent que ceux qui, à votre instar, sont capables de se payer le dernier petit bijou « High Tech ». La performance importe peu, seul compte le symbole, synthétisé par le prix.

Si rien n’a fondamentalement changé, si la révolution du capitalisme appelé des quatre coins du monde au plus fort de la crise n’a pas eu lieu, il serait pour autant prématurée d’affirmer que tout va reprendre « comme avant ». Car il y a au moins une chose qui a changé : nous. Ce qui avant la crise était considéré comme tout bonnement « normal », les salaires mirobolants, les stock-options, les parachutes dorés, la débauche de luxe de la jet-set internationale, suscite aujourd’hui la révolte. C’est le syndrome que découvrent les conducteurs de 4×4 en ville : hier, c’était un signe de réussite sociale qui suscitait l’envie. Aujourd’hui, c’est ressenti comme une insulte qui suscite colère et indignation : qui es-tu pour nous polluer l’air avec ta « caisse » qui vaut 100 smic ?

Avec la chute du mur de Berlin, on nous avait vendu la fin de l’histoire, l’avènement de la paix et de la démocratie, grâce à la prospérité apportée par le capitalisme. Plus besoin de penser ou de rêver le monde quand il suffit de l’accepter … La crise a brisé la chape de plomb de l’hégémonie de l’idéologie ultralibérale. Elle a produit une immense prise de conscience collective sur le système et la marche d’un monde régentés par l’ultralibéralisme et ses chantres, les néoconservateurs. Cette lucidité partagée à l’échelle de la planète a ouvert le champ des possibles : ce système est fou, il faut en changer avant qu’il ne produise le pire. Peu importe qu’à l’instant présent nous soyons dans les derniers soubresauts d’un cycle démarré il y a quarante ans avec la « révolution » néolibérales, ou dans sa poursuite vers  l’apocalypse final. L’Histoire n’est jamais déterminée à l’avance. Ce sont les hommes et les femmes qui la font, avec leurs rêves, leurs désirs, leurs idéaux.

En définitif, ce qui caractérise cette crise, ce n’est ni son ampleur, ni sa violence, mais bien sa nature. Elle nous interpelle sur notre conception du bonheur et de sa finalité, sur nos valeurs morales et le monde que nous voulons. La crise nous a réveillés du cauchemar qu’est le monde dans lequel nous vivons, fondé sur l’égoïsme forcené, la lutte de tous contre tous, la peur, l’exploitation, l’injustice et la destruction de notre bien commun qu’est la planète. Alors, humains de tout les pays, restons éveillés et surtout, rêvons ! Rêvons d’un autre monde fondé sur la raison, la coopération, le respect, où le bonheur ne se confondrait pas avec le matérialisme égoïste, mais serait synonyme d’amour !  « L’enfer, c’est les autres », disait le philosophe. Il se peut que le bonheur aussi.



Cette Gauche française qui a peur de Barack Obama.

(si le texte vous apparait trop petit, vous pouvez le grossir à partir du réglage “affichage” de votre ordinateur)

Pour l’instant, c’est une petite musique qui se joue en sourdine, comme s’il ne fallait pas gâcher la fête. Mais on sent qu’elle attend son heure pour enfler et enfin éclater à la face du monde. Ses promoteurs vous la jouent au creux de l’oreille, pas trop fort pour ne pas être entendus des âmes simples et naïves qu’il ne faut pas désespérer. Enfin, pas trop vite … En guise d’intro, ses musiciens vous délivrent leur partition en une affirmation qui vous est lâché en vous regardant bien droit dans les yeux, “allons, tu sais bien que Barack Obama est de Droite !”.

Immanquablement, François Mitterrand et Mai 81 sont appelés à la rescousse. Ah, si ces grands enfants d’américains savaient combien il est dangereux d’espérer en Politique. Nous, nous avons l’expérience. Nous savons que plus il y a d’espoir, plus la déception est forte. Car la déception est, évidement, inévitable ! Alors, mieux vaut ne pas trop espérer, comme ça on est pas trop déçu …

Cette partition peut avoir l’air anodine et anecdotique. C’est pourtant la clé du désert idéologique et intellectuel qui caractérise aujourd’hui la Gauche française dans toutes ses composantes, extrême gauche comprise. Car que nous dit cette petite musique, si ce n’est que l’on ne peut pas changer le monde, juste le subir ? A quoi bon alors dépenser de l’énergie à penser un avenir meilleur et à imaginer des futurs possibles ? C’est toute la thématique de “la résistance”, si chère à l’extrême gauche et si confortable, grâce à laquelle on dénonce le capitalisme avec d’autant plus de virulence que l’on a rien à proposer à la place.

C’est bien là le problème que pose Barack Obama à cette gauche française
: il incarne un immense espoir, pas seulement pour l’Amérique, mais pour toute la planète. Si seulement il pouvait se contenter de s’occuper des Etats-Unis en égrenant des catalogues de mesures, comme le font si bien la plupart des partis socialistes européens.

Hélas pour nos “apparatchiks” de toutes obédiences
, non seulement Barack Obama parle, mais en plus, il dit des choses ! Le plus terrible   pour eux, c’est que Barack Obama n’a pas le choix, il va continuer de parler. La crise l’y oblige : les mots sont son atout majeur pour faire face (cf. épisode précédent “Mots pour Maux”).

Dans l’explosion du modèle néo-libéral, un dogme c’est brisé. Celui de la domination de l’économique sur le politique. C’est l’heure de la revanche, la Politique reprend la main. Et la Politique, c’est avant tout les mots. En ces temps de perdition, c’est à elle qu’il revient de matricer un nouveau paradigme économique pour remplacer le rêve fou des néolibéraux, celui d’un système économique à la croissance infinie grâce à l’endettement sans limite, avec pour seule loi celle profit, et le marché comme seul arbitre (cf. les épisodes 1 et 2 de notre feuilleton).

Barack Obama ne promet pas la révolution mondiale, juste celle du capitalisme. Mais en retirant des pans entiers de l’économie américaine d’une gestion par le seul marché, en décrétant que l’éducation, la santé, la construction des infrastructures stratégiques pour le développement humain (transport, énergie, eau …) doivent faire l’objet de politiques publiques volontaristes, il donne du sens politique et dessine une vision du monde humaniste, écologiste et progressiste (cf. “Mots pour Maux”).

Mais si Barack Obama est “de Droite”, doit-on considérer que son discours l’est aussi ?
Alors qu’elle n’a rien à dire, ni à proposer, ce serait extrêmement dangereux pour la Gauche française de raisonner ainsi. Elle ferait un cadeau inespéré à la Droite, et en premier lieu à son voltigeur en chef, Nicolas Sarkozy, qui lui a compris tout le parti qu’il pouvait tirer de la crise du capitalisme.

On a longtemps dit que la France avait “la Droite la plus bête du monde”. Au vu du triste spectacle donné par le congrès du Parti Socialistes et du nihilisme d’une “gauche de la gauche” dont la pensée s’est arrêtée au siècle dernier, on est en droit de se demander si le bonnet d’âne n’aurait pas changé de camp… Il faut que la Gauche française réagisse et qu’elle reconnaisse rapidement l’évidence qui horripile tant une partie d’entre elle : le leadership mondial pour la construction d’une nouvelle social-démocratie écologique a quitté l’Europe pour traverser l’Atlantique. Il est américain. Pour tous les socialistes européens qui n’ont pas renoncé à l’espoir d’un monde meilleur, aujourd’hui, le soleil se lève à l’Ouest !

Regarder l’Amérique avec les yeux de Chimène n’a rien d’évident pour une Gauche française longtemps biberonnée à la lutte contre l’impérialisme américain, dont nombre de militants ont été profondément marqués par la guerre du Vietnam. Pour eux, l’anti-américanisme fait partie du code génétique de la Gauche.

Pourtant, céder aux sirènes de ceux qui ne manqueront pas d’exploiter le moindre faux pas de Barack Obama pour pouvoir enfin proclamer haut et fort “vous voyez, on l’avait bien dit qu’il est de Droite”, ferait courir un danger mortel au Parti Socialiste français. Son tête à tête mortifère avec l’extrême gauche sur la question de l’Europe lui scie déjà les pattes. Il n’avance plus parce qu’il ne dit rien. Il ne dit rien parce qu’il ne pense plus. Il ne pense plus parce qu’il a peur de se diviser et il a peur de se diviser parce qu’il croit qu’il a besoin de l’extrême gauche pour gagner les élections présidentielles.

L’élection de Barack Obama dans le contexte de la plus grave crise économique mondiale de l’ére de la globalisation est une véritable bouée de sauvetage pour le Parti Socialistes français. Mais il ne faut pas qu’il tarde à s’en saisir, car d’autres se sont déjà positionnés sur ce créneau pour préempter la marque “Obama”. En premier lieu, Nicolas Sarkozy, autoproclamé meilleur fan du nouveau président US. Voilà maintenant les Verts. Contrairement aux socialistes, ils ont fait un Congrès utile, grâce auquel ils se sont rassemblés et renouvelés (eux…). Ils sont maintenant en ordre de bataille pour l’échéance des élections européennes, avec un credo tout trouvé : vive Barack Obama ! Il suffit d’écouter ce que disent ses leaders, en particulier Daniel Cohen-Bendit, mais pas seulement … On vous fait grâce du Modem pour qui “l’obamattitude” fait office de stratégie.

Nous avons donc un Parti Socialistes encerclé de toutes parts par d’intéressés “repreneurs”
qui attendent patiemment qu’il passe de la paralysie à la faillite, puis à la liquidation, pour s’en disputer les meilleurs morceaux. Un mot d’ordre inédit, porté par l’extrême gauche, va émerger : “apparatchiks de tous les Partis, unissons nous pour que Barack échoue”. Il va rencontrer un certain écho et quelques basses préoccupations tactiques au sein du P.S.

Il faut qu’émerge en face un pôle déterminé, qui se moque de la forme, prêt à passer sous pavillon américain si cela peut permettre de répondre au grand défi politique de ce troisième millénaire et qui est l’objet de ce blog : la mondialisation ! Elle nous impose de produire un discours politique qui soit réaliste, global et cohérent quelque soit l’endroit où l’on vit sur la planète Terre. Pour être audible aussi bien dans une usine de Calcutta, que du fin fond de la Creuse ou d’une salle des marchés, ce discours politique doit concilier développement économique, progrès social, démocratie et sauvegarde écologique. Et c’est justement le programme de Barack Obama.

François Mitterrand, lui, n’a jamais oublié que l’espoir est le moteur de la politique.
En prenant le virage de la rigueur en 1983, Tonton savait que les socialistes ne pouvaient en rester au constat de la situation du monde tel qu’il était, sauf à s’enfermer totalement dans un discours d’impuissance de la politique par rapport à l’économie (partition qu’il a également joué). Il a donc substitué au « changer la vie » le « construisons l’Europe ». Le “Vieux” pensait avoir laissé un socle solide et unificateur au Parti Socialiste. Les héritiers en ont fait une fracture qui pourrait bien devenir un tombeau. Les semaines qui viennent sont cruciales pour l’avenir du Parti Socialiste. Les élections européennes peuvent autant être l’occasion d’un sursaut salvateur qu’un grand coup de pioche supplémentaire vers la descente aux enfers. Notre prochain épisode sera donc consacré à comprendre la relation compliquée qu’entretien le Parti Socialiste avec la mondialisation et son corollaire, la construction de l’Union européenne.



La crise épisode 3 : Mots pour Maux

La dernière fois que la chute d’un mur a ébranlé le monde, c’était à Berlin, il y a bientôt 20 ans. À l’époque, on nous annonçait “la fin de l’Histoire” et l’avènement du Capitalisme triomphant, consacré sous sa forme la plus aboutie, l’ultralibéralisme.

Les idéologues du profit comme seul moteur du développement économique ont oublié de préciser un détail : le carburant était la carte de crédit d’un consommateur américain de moins en moins solvable. Le taux d’endettement moyen des ménages américains est ainsi passé de 20% de leur revenu en 1980 à … 112 % aujourd’hui ! En clair, cela veut dire que quand vous êtes un ménage américain, vous devez d’entrée plus d’argent en début de mois que ce que vous allez gagner dans le mois, sans même être sorti de chez vous pour aller faire vos courses !

Heureusement pour lui et pour le reste du monde, le consommateur américain a eu l’intelligence de rompre avec les ultralibéraux en votant massivement pour Barak Obama.

La mise en place par les Démocrates d’un système public d’assurance santé, équivalent à notre Sécu, devrait alléger son budget d’une grosse dépense en lui permettant de se passer d’assurances privées, de plus en plus en chers pour une couverture générale de plus en plus réduite.

La rénovation du système public d’éducation grâce à un investissement financier massif aura le même effet. Aujourd’hui, les ménages américains payent très cher pour l’éducation de leurs enfants, faute d’écoles publiques capables de rivaliser avec le privé. Ces deux changement majeurs dans la vie des américains devraient leur donner un peu de marge pour de nouveau consommer et alimenter la relance économique mondiale.

Enfin, le soutien à l’emploi par le lancement d’un ambitieux programme public d’équipements de toutes natures (réseaux de transports, réseaux numériques, énergétiques, etc.) devrait permettre d’amortir le choc économique de la crise financière et préparer l’avenir de la première puissance de la planète.

Malheureusement, le mois de novembre n’a pas apporté que des bonnes nouvelles d’Amérique
. Il y en a au moins trois qui n’ont pas été commentées à la hauteur de ce qu’elles méritent.

La première mauvaise nouvelle, celle qui est passée la plus inaperçue, concerne le taux de défaillance de remboursement de crédit à la consommation accordé par le biais des cartes de crédit aux Etats-Unis. Il a doublé en octobre. Les ménages américains ne se sont pas endettés seulement pour leur logement. Il y a aussi la voiture, le frigo, la télé, l’ordinateur, etc… Ce chiffre indique qu’une part substantielle des ménages américains n’arrive plus à rembourser. Un peu comme pour les tremblements de terre, cette information laisse craindre une réplique de la crise des subprimes.

La deuxième mauvaise nouvelle concerne la destruction d’emplois sur le marché américain. Or, toute la dynamique économique de ces dernières décennies reposait quasiment sur une donnée : un solde positif de création d’emplois aux Etats-Unis (cf. épisode n°1). L’équation est simple : plus il y a de chômeurs, moins il y a de pouvoir d’achat et donc de consommateurs, plus il y a d’entreprises qui n’arrivent pas à vendre leur production et qui licencient, plus il y a de chômeurs et moins de consommateurs et ainsi de suite… Ça s’appelle d’abord la crise, puis la récession.

Depuis le début de l’année, deux millions d’emplois ont été supprimés aux Etats-Unis, 550.000 pour le seul mois de novembre, après 330.000 en octobre et 250.000 en septembre. C’est du jamais vu depuis 1946, dans le contexte particulier de l’époque, avec le retour à la vie civile des GI’s et la reconversion de l’appareil industriel consacré à la guerre. C’est dire … Au delà du volume, c’est l’accélération exponentielle du rythme qui est très inquiétante.

La troisième mauvaise nouvelle concerne la fongibilité entre économie “virtuelle” et économie “réelle”, et les conséquences sismiques pour le système financier international qu’aurait la faillite d’un acteur industriel majeur américain.

Le meilleur exemple nous est donné par les grands constructeurs automobiles américains, Général Motors, Chrysler et Ford. Il y a ce que l’on savait, les terribles conséquences économiques et sociales qu’entraînerait le licenciement de centaines de milliers de salariés si l’une de ces trois entreprises venait à faire faillite. Et puis, il y a ce que l’on ignorait, le volet financier, avec un effet en cascade difficile à évaluer, mais qui pourrait être équivalent à la faillite d’une banque de taille respectable. Bref, la grande trouille de tous les dirigeants politiques, économiques et financiers, le “scénario noir” (cf. épisode n°2).

La raison en est simple et au coeur de la grande invention de Wall Street : la virtualisation du risque réel, grâce à des modèles mathématiques de plus en plus complexes, mélangeant actifs à risque qui rapportent beaucoup et actifs “de sécurité” qui permettent d’amortir le choc au cas où un actif à risque partirait à l’inverse de l’anticipation du “Trader”. Ces modèles mathématiques sont complexes, mais en vérité, c’est de la cuisine : je te mets une pincée de ceci pour faire du fric, et une larme de cela au cas où ça tournerait mal … Évidemment, ces modèles mathématiques reposent sur des hypothèses, et dans ces hypothèses, une valeur comme Général Motors, aujourd’hui au bord du dépôt de bilan, était classée dans les actifs de “sécurité”. Et du GM, nos génies de la finance en ont mis dans tous les produits à risque qu’ils ont vendus à toute la planète …

L’accumulation de ces mauvaises nouvelles donne la mesure de la course de vitesse qui c’est engagé entre la Politique et les bombes à retardement de la folle époque de Wall Street, disséminées dans tout le système financier mondial et qui peuvent éclater à tout moment (cf. épisode 2 de notre feuilleton).

Contrairement à ce que raconte une bonne partie des acteurs économiques et politiques qui nous annonce la reprise pour fin 2009, la crise n’est pas derrière nous, mais bien devant.

Les mesures que peut prendre Obama pour soulager financièrement les ménages américains d’une partie des charges qui pèsent sur leur budget ou pour soutenir l’activité et l’emploi mettront un certain temps à produire leurs effets. Pendant ce laps de temps, il faut éviter que la moindre petite défaillance d’un acteur même modeste du système financier ne se transforme en choc majeur, par effet de propagation.

Pour l’instant, les dirigeants politiques et économiques du monde sont arrivés à rafistoler le système pour éviter qu’il n’explose en vol ou ne s’effondre comme un château de cartes.

Mais ils ont utilisé une bonne partie des outils à leur disposition. Ils ont changé les normes comptables pour préserver la valeur des entreprises. Les taux directeur des banques centrales sont proches de zéro. En clair, les acteurs financiers peuvent venir prendre de l’argent “gratuit” aux guichets des banques centrales pour le vendre ensuite aux acteurs de l’économie en faisant leur marge. Les Etats se sont endettés massivement pour mobiliser les énormes sommes d’argent nécessaires au sauvetage des banques et maintenant des grandes entreprises.

En fait, la principale arme qui reste aux dirigeants politiques et économiques, c’est … les mots
. Cela peut paraître dérisoire. C’est essentiel. Mettre des mots sur la crise économique, c’est lui donner son sens. L’économie et la politique prennent leurs racines dans le cerveau humain. Elles sont faites de psychologie, de symboles, d’émotions, de convictions, de passions, d’idéologie … et donc de mots. Le même acte, le même constat, le même chiffre n’a pas le même sens suivant les mots que l’on met dessus. Et les mêmes mots n’ont pas le même sens suivant la bouche qui les prononce, le moment, l’endroit…

Ainsi le mot “régulation”, qu’à Droite comme à Gauche on proclame à tort et à travers, recouvre pour les uns l’idée qu’il faut gommer les “excès” de l’ultralibéralisme en (re)mettant en place quelques règles de bon sens pour encadrer l’activité des acteurs financiers. Et repartir comme en 14 !

Pour ceux la, nous sommes dans une crise DU système, pas dans une crise DE système.

Mais pour les autres, la Gauche, c’est bien de cela dont il devrait s’agir. La crise nous oblige à réfléchir à ce qui est essentiel pour l’être humain et son devenir, à ce qui est trop vital pour être laissé au seul marché. C’est exactement ce que fait Barack Obama avec son programme économique. L’investissement public massif dans des domaines tels que la santé, l’éducation ou la rénovation des infrastructures revient à retirer aux marchés et à ses acteurs privés des pans entiers de l’économie américaine qu’ils géraient seuls jusqu’à présent.

Il est clair que si à l’échelle du monde s’impose dans les esprits l’idée qu’il y a des choses trop sérieuses pour être laissé à la cupidité des banquiers et autres “acteurs financiers”, nous ne serons plus alors dans une crise du système, mais bien dans un changement de paradigme.

Mais pour s’imposer dans les esprits, il ne suffit pas que Barack Obama le fasse. Il faut formaliser ce programme économique dans une vision du monde, dans un discours politique construit et argumenté. Bref, il faut produire de l’idéologie, mettre des mots sur les actes. C’est justement censé être l’objet d’un Congrès du Parti Socialiste.

On aurait pu croire que la crise tombait bien pour le Parti Socialiste
en pleine reconstruction après trois défaites consécutives aux élections présidentielles.

N’est-ce pas la grande revanche de sa philosophie économique keynésienne, mise en oeuvre par ceux qui la déteste le plus et qui servent de modèle à Sarkozy, les ultralibéraux américains ? N’est-ce pas également l’occasion de donner une nouvelle dimension à l’Europe, dans un sens progressiste et socialiste, permettant ainsi à la Gauche de se réconcilier et de dépasser la fracture produite par le référendum sur le traité constitutionnel ?

Seulement voilà, la crise financière a permis l’élection du premier Président noir des Etats-Unis et l’émergence d’une gouvernance politique de l’économie mondiale, elle a tout bouleversé, tout chamboulé, tout retourné, tout sauf … le Parti Socialiste !

Il suffit de relire les textes du Congrès pour s’en convaincre : le PS est tellement en crise qu’il ne connaît pas la crise ! Nous allons donc nous consacrer de plus en plus à ce grand autiste.



La crise épisode 2, Faites vos jeux !
novembre 2, 2008, 5:38
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« Oui, j’ai trouvé une faille. Je ne sais pas à quel point elle est significative ou durable, mais cela m’a plongé dans un grand désarroi […] pour moi, des marchés libres et concurrentiels sont de loin la meilleure façon d’organiser les économies […] mais j’ai fait une erreur en croyant que le sens de leur propre intérêt, notamment chez les banquiers, était la meilleure protection qui soit. ».

L’homme qui s’exprime ainsi a fait n’importe quoi, mais n’est pas n’importe qui.
C’est Alan Greenspan, président pendant des années de la Réserve fédérale américaine (Fed). Adepte du « free market », le marché libre qui s’auto régule spontanément, Alan Greenspan est le grand dérégulateur des marchés financiers. Grâce à lui, on a pu emprunter jusqu’à 32 fois sa mise pour parier sur tout et n’importe quoi. C’est également lui qui a fait sauter les verrous mis en place après la crise de 29, notament celui interdisant aux banques de dépôt de s’adonner aux activités (à risque) de banque d’investissement. Il leur a permis ainsi d’aller jouer l’argent de leurs déposants au grand casino mondial des actifs les plus divers et souvent avariés. Il a défait toutes les règles élémentaires de précaution, considérées comme autant de freins à la recherche absolue du profit, érigé en moteur de la création de richesse et de sa répartition.

Lors de son audition par une commission du Congrès, quand les parlementaires lui demandent si « en d’autres termes votre vision du monde, votre idéologie, n’était pas la bonne, ne fonctionnait pas ? », Alan Greenspan répond « Absolument, exactement. C’est précisément la raison pour laquelle je suis choqué, parce que cela faisait quarante ans et même plus que de façon très évidente cela fonctionnait exceptionnellement bien ». Mais alors, que c’est-il passé pour que ça ne fonctionne plus ? Comme le dit Alan Greenspan, c’est un choc des valeurs. Dans son esprit, l’intérêt collectif des banquiers et des investisseurs se confondaient avec leur intérêt personnel et celui de leurs clients et actionnaires. Avec la crise des subprimes, on a compris depuis ce qu’il en était réellement. Ils se sont occupés uniquement de se remplir les poches, sans aucune considération éthique ou morale pour leurs actionnaires ou leurs clients.

Ce que ne dit pas Alan Greenspan, c’est que, quelque part, dans son esprit, il y a bien un arbitre des marchés autre que l’autorégulation spontanée des acteurs : c’est Dieu. En réalité, malgré tous leurs efforts théoriques, les ultralibéraux américains ne conçoivent pas les règles du « free market » ex-nihilo, en dehors des sociétés humaines dont il organise l’économie. En clair, leur conception de la libre organisation des marchés et de leur autorégulation ne relèvent pas uniquement de règles de fonctionnement pour organiser la loi de l’offre et de la demande, mais fondamentalement d’un corpus éthique et morale.

Le désarroi d’Alan Greenspan est là, dans le constat que dans la transmission du message aux jeunes générations de « trader », il y a eu une « perte en ligne » : ils n’ont retenu que la cupidité … érigée en système de valeurs. Exit la responsabilité individuelle, l’honnêteté vis-à-vis de ses mandants, le respect des règles du jeu et, surtout, de son esprit, les notions de « bien » ou de « mal », etc. A Wall Street, l’éthique et la morale, dont sont pourtant pétries les « vieilles » élites américaines à travers la religion, étaient parties en fumée bien avant les milliards de dollars qu’a déjà coutée la crise.

Dans leur quête sans limite du profit, les financiers ont fait du marché une table de poker. On y gagne de l’argent en anticipant des hausses ou des baisses de valeurs, non pas en fonction des évolutions et des besoins de l’économie réelle, mais du comportement des autres joueurs. Le résultat est sous nos yeux aujourd’hui : entre la valeur d’un bien ou d’un service tel qu’il ressort du jeu spéculatif et son caractère plus ou moins indispensable au bien être des humains dans la vie réelle, on ne sait plus fixer un prix. Et un système financier qui n’est plus capable de fixer la valeur de ce qui s’échange est comme un pont sans clé de voute : il s’effondre !

Comment éviter le scénario noir, celui d’une grande banque qui a joué au poker l’argent de ses déposants et qui un beau matin n’a plus de « cash » suffisant pour faire face à ses engagements, dont on ne connait pas réellement la valeur parce que ses actifs sont dépréciés, sans savoir de combien « raisonnablement », et qui entrainerait dans son sillage d’autres banques elles-mêmes déjà fortement fragilisées puisque prisent dans la même spirale infernale que leur consœur, et ce depuis des mois ?

C’est exactement ce qui s’est passé avec la faillite d’une des quatre premières banques américaines, Lehmann Brother. Ca a été un choc sismique pour le système financier mondial. C’est devenu le couteau que les banquiers et autres acteurs financiers mettent sous la gorge des politiques et des autorités monétaires. Ces dernièrs parent au plus pressé et cèdent. Avec l’argent public, en Amérique comme en Europe, on renfloue à tour de bras, on injecte des liquidités sur le marché, on garantie les prêts interbancaires. On accepte même de tronquer les comptes : la valeur des actifs bancaires n’est plus déterminée au jour le jour par le marché mais par une valeur moyenne évaluée sur trois mois.

L’intervention publique fait le bonheur des divers intervenants financiers qui se sont enrichis en laissant nos slips et chemises sur les marchés à risque. Ce serait une erreur de croire qu’échaudés par la crise, les « investisseurs » quittent pour autant la table de jeu. Le casino mondial n’est pas en voie de fermeture. Bien au contraire, c’est maintenant que les affaires se font. Les mêmes causes produisant rarement autre chose que les mêmes effets, les sommes colossales mobilisées par les autorités politiques et monétaires risquent de finir à leur tour sur le tapis vert. On peut craindre d’ailleurs que ce ne soit quasi mécanique pour les banques très engagées sur les marchés à risque. Elles ne peuvent pas quitter la table sans enregistrer d’énormes pertes et se retrouver en faillite. Les banques le savent et continuent de se méfier les unes des autres.

Les banques sont conscientes du pétrin dans lequel elles se sont collectivement mises. Elles ont de bonnes raisons d’être peu réceptive au discours public qui explique que la situation est sous contrôle, qu’il y a juste un problème psychologique des marchés qu’il faut surmonter en positivant afin que les acteurs financiers se fassent de nouveau confiance et que tout reparte comme en 14 ! La défiance généralisée entre banque est d’autant plus inquiétante que, suite à la faillite de Lehmann Brother, « abandonnée » à son sort par les pouvoirs publics quand les autres ont été secourus, le discours des politiques s’est clarifié : on assure tout le monde de tous les risques, tout sera fait pour éviter un deuxiéme Lehmann Brother. En toute logique, les banques en concluent qu’elles n’ont d’autres choix que de continuer un jeu dont elles ne savent pas comment sortir. Et advienne que pourra …

Si on veut éviter que l’argent public se volatilise en pari à son tour, il faut arriver à fermer la table de jeu sans que les joueurs restent sur le carreau. Les kyrielles de mesures envisagées ou annoncées par les autorités politiques et monétaires de la planète sont pour la plupart d’entre elles des mesures de précaution qui avaient été supprimées par la vague libérale qui a submergé les Etats-Unis depuis le début des années 80. Elles auraient été utiles avant la crise. Elles le seront surement après. Mais pendant, elles ne permettent pas de désamorcer la machine infernale qu’est devenue le système financier. C’est un problème politique auquel les politiques ne répondent pas ou peu … à l’exception du Président de la République Française !

Nicolas Sarkozy a compris que cette crise est en train de matricer l’émergence d’une gouvernance économique mondiale. Il fait à l’échelle de la planète ce qu’il fait en France : surfer sur la vague, adopter un discours « tout terrain » qui, sous couvert de pragmatisme, s’adapte en fonction des circonstances et des auditoires, avec un objectif : diriger pour exister (ou du moins le faire croire). Dans la crise, il est acteur. Même s’il n’a pas vraiment de ligne ni de solution globale et cohérente à proposer, il s’agite dans tous les sens, communique, négocie, passe des accords, fixe le calendrier, etc. En un mot, il fait de la politique (à sa manière). Il faut dire qu’il a un double avantage, des capacités d’analyse réelle et une opposition socialiste … ailleurs.

Nous irons donc « ailleurs » pour leur poser LA question chiante : quand laissez au système financier le soin de fixer la valeur de ses actifs revient à prendre le risque substantiel de le voir exploser en vol, sur la base de quelle éthique et de quelle morale, et donc de quelle idéologie, doit-on s’appuyer pour purger l’économie mondiale des dangers de faillite généralisée accumulés et construire un nouveau paradigme qui permette de concilier le développement économique, la préservation écologique et la paix planétaire ?

Suite au prochain épisode.



C’était si simple du temps de la crise des subprimes !
octobre 20, 2008, 9:28
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Comme pour le congrès du PS, la crise financière s’invite dans le jeu de la motion virtuelle de la Boite à Idées Socialistes Elémentaires. Nous allons donc lui consacrer quelques papiers sous la forme d’un feuilleton, titré “Système financier : est-on sûr qu’il s’agit bien d’une crise ?”.

Premier épisode : “C’était si simple du temps de la crise des subprimes !”

Il y a quelques semaines encore, la crise des subprimes était simple à analyser. On pouvait facilement prédire ce que l’on voit et entend partout aujourd’hui : la collectivisation des pertes de Wall Street par les ultra-libéraux américains, la fin d’un cycle idéologique de trente ans ouvert avec l’élection de Ronald Reagan, la revanche de Keynes, etc.

On pouvait expliquer doctement l’écroulement des deux piliers sur lesquels le système économique mondial repose depuis des décennies, le marché américain sur lequel sont dégagés des profits réinvestis dans le reste du monde, et le statut du dollar, monnaie dans laquelle sont libellés les échanges économiques mondiaux et une bonne part de l’épargne mondiale.

Le statut du dollar et le développement de produits financiers de plus en plus sophistiqués ont permis au consommateur américain de vivre à crédit sur le reste du monde. Il s’est surendetté pour maintenir sa capacité à consommer, tout en faisant tourner l’économie mondiale : les profits dégagés sur le marché américain grâce au consommateur américain sont soit réinvestis dans le pays d’origine, soit placés en produits financiers libellés en dollar, en particulier en Bons du Trésor américain.

Les Etats-Unis peuvent ainsi financer grâce au reste du monde le déficit de leur économie. Petite remarque : à côté des Bons du Trésor U.S, il y a aussi les produits aujourd’hui qualifiés de “toxiques”, émis par les grands acteurs de Wall Street, fonds spéculatifs en tête, mais aussi par les banques, les assurances, les fonds de pension dédiés aux retraites. Bref, par tous ceux qui gèrent des masses substantielles de dépôts.

Les détenteurs de dollars, c’est-à-dire toutes les économies du monde, ont intérêt à les placer sur les produits qui rapportent le plus, émis par les acteurs financiers de Wall Street. Ceux-ci sont indexés sur la croissance attendue de l’économie U.S. In fine, on pourrait dire que tant que le solde des emplois créés aux Etats-Unis est positif, le système marche. Le seul ennui est qu’il repose sur une logique de «cavalerie» où le moindre ralentissement produit des effets dévastateurs. C’est ce que qui s’est passé avec la crise des subprimes. La défaillance de remboursement d’emprunt immobilier d’un nombre significatif de ménages américains a déclenché la plus grave crise financière depuis l’après-guerre.

Du temps de la crise des subprimes, les solutions paraissaient simples :
une intervention publique forte à l’échelle mondiale, menée de concert par les grandes banques centrales et les Etats, pour assainir et encadrer un peu mieux les marchés financiers. Parallèlement, on compte sur le futur Président des Etats-Unis pour (re)solvabiliser le consommateur américain. Aujourd’hui, son taux d’endettement moyen est de … 112 % ! On comprend aisément que l’on puisse difficilement aller plus loin, malgré tous les artifices de Wall Street. La mise en place d’un système public d’assurance-santé et l’amélioration de l’offre publique en matière d’éducation et de formation soulageraient d’autant les ménages américains. Les dépenses liées à la santé et à l’éducation pèsent lourdement sur leur budget. Le temps de digérer tout cela et dans une dizaine d’années ce ne serait plus que le mauvais souvenir d’une crise un peu plus violente que les autres.

Cette crise des subprimes commençait même à prendre un tour sympathique. On pouvait la voir comme la matrice d’une nouvelle gouvernance économique mondiale, régie par des rapports plus justes et plus équilibrés entre les grands ensembles continentaux qui forment le monde, fondée sur des bases financières assainies, grâce à des réformes structurelles aux Etats-Unis et une refonte totale du système financier mondial.

Seulement voilà, dans les placards de Wall Street, à côté du cadavre à 1 000 milliards de dollars des subprimes, on tombe sur quelques bombes à retardement. Il y a les fameux Hedges-fund pour quelques 2 000 milliards de dollars, mais surtout les Credit-Default Swap (CDS), à 62 000 milliards de dollars, soit quasiment l’équivalent du total des dépôts bancaires de la planète !

Une réalité se dessine, que les gouvernants commencent à peine à percevoir : les grands dépositaires de fonds, banques, assurances, etc. ont transformé la planète en un gigantesque casino où ils jouent l’argent de leurs déposants ! Le pire étant que l’on est pas sûr de pouvoir arrêter le jeu, sauf à prendre le risque de “planter” la carte de crédit du consommateur américain : et si elle arrête de fonctionner, alors tout s’effondre, économie réelle comme virtuelle, dans le même mouvement …

Manifestement, la gestion des richesses de la planète est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux seuls acteurs financiers. Si on se contente de les renflouer, ils vont jouer avec l’argent public comme ils l’ont fait avec celui de leurs déposants privés. Ils ne savent pas comment arrêter la machine infernale qu’ils ont créée. Ils n’en n’ont d’ailleurs pas du tout envie, car cela reviendrait à tarir la source de leurs fortunes personnelles.

Les “politiques” peuvent-ils prendre le relais pour dégonfler la bulle spéculative en douceur et réussir un atterrissage forcé du système financier international pour qu’il recolle à l’économie réelle, sans trop de dommage pour cette dernière ?

Prochain épisode : ” Stop the world, I want to get out ! “