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Pour l’instant, c’est une petite musique qui se joue en sourdine, comme s’il ne fallait pas gâcher la fête. Mais on sent qu’elle attend son heure pour enfler et enfin éclater à la face du monde. Ses promoteurs vous la jouent au creux de l’oreille, pas trop fort pour ne pas être entendus des âmes simples et naïves qu’il ne faut pas désespérer. Enfin, pas trop vite … En guise d’intro, ses musiciens vous délivrent leur partition en une affirmation qui vous est lâché en vous regardant bien droit dans les yeux, « allons, tu sais bien que Barack Obama est de Droite ! ».

Immanquablement, François Mitterrand et Mai 81 sont appelés à la rescousse. Ah, si ces grands enfants d’américains savaient combien il est dangereux d’espérer en Politique. Nous, nous avons l’expérience. Nous savons que plus il y a d’espoir, plus la déception est forte. Car la déception est, évidement, inévitable ! Alors, mieux vaut ne pas trop espérer, comme ça on est pas trop déçu …

Cette partition peut avoir l’air anodine et anecdotique. C’est pourtant la clé du désert idéologique et intellectuel qui caractérise aujourd’hui la Gauche française dans toutes ses composantes, extrême gauche comprise. Car que nous dit cette petite musique, si ce n’est que l’on ne peut pas changer le monde, juste le subir ? A quoi bon alors dépenser de l’énergie à penser un avenir meilleur et à imaginer des futurs possibles ? C’est toute la thématique de « la résistance », si chère à l’extrême gauche et si confortable, grâce à laquelle on dénonce le capitalisme avec d’autant plus de virulence que l’on a rien à proposer à la place.

C’est bien là le problème que pose Barack Obama à cette gauche française
: il incarne un immense espoir, pas seulement pour l’Amérique, mais pour toute la planète. Si seulement il pouvait se contenter de s’occuper des Etats-Unis en égrenant des catalogues de mesures, comme le font si bien la plupart des partis socialistes européens.

Hélas pour nos « apparatchiks » de toutes obédiences
, non seulement Barack Obama parle, mais en plus, il dit des choses ! Le plus terrible   pour eux, c’est que Barack Obama n’a pas le choix, il va continuer de parler. La crise l’y oblige : les mots sont son atout majeur pour faire face (cf. épisode précédent « Mots pour Maux »).

Dans l’explosion du modèle néo-libéral, un dogme c’est brisé. Celui de la domination de l’économique sur le politique. C’est l’heure de la revanche, la Politique reprend la main. Et la Politique, c’est avant tout les mots. En ces temps de perdition, c’est à elle qu’il revient de matricer un nouveau paradigme économique pour remplacer le rêve fou des néolibéraux, celui d’un système économique à la croissance infinie grâce à l’endettement sans limite, avec pour seule loi celle profit, et le marché comme seul arbitre (cf. les épisodes 1 et 2 de notre feuilleton).

Barack Obama ne promet pas la révolution mondiale, juste celle du capitalisme. Mais en retirant des pans entiers de l’économie américaine d’une gestion par le seul marché, en décrétant que l’éducation, la santé, la construction des infrastructures stratégiques pour le développement humain (transport, énergie, eau …) doivent faire l’objet de politiques publiques volontaristes, il donne du sens politique et dessine une vision du monde humaniste, écologiste et progressiste (cf. « Mots pour Maux »).

Mais si Barack Obama est « de Droite », doit-on considérer que son discours l’est aussi ?
Alors qu’elle n’a rien à dire, ni à proposer, ce serait extrêmement dangereux pour la Gauche française de raisonner ainsi. Elle ferait un cadeau inespéré à la Droite, et en premier lieu à son voltigeur en chef, Nicolas Sarkozy, qui lui a compris tout le parti qu’il pouvait tirer de la crise du capitalisme.

On a longtemps dit que la France avait « la Droite la plus bête du monde ». Au vu du triste spectacle donné par le congrès du Parti Socialistes et du nihilisme d’une « gauche de la gauche » dont la pensée s’est arrêtée au siècle dernier, on est en droit de se demander si le bonnet d’âne n’aurait pas changé de camp… Il faut que la Gauche française réagisse et qu’elle reconnaisse rapidement l’évidence qui horripile tant une partie d’entre elle : le leadership mondial pour la construction d’une nouvelle social-démocratie écologique a quitté l’Europe pour traverser l’Atlantique. Il est américain. Pour tous les socialistes européens qui n’ont pas renoncé à l’espoir d’un monde meilleur, aujourd’hui, le soleil se lève à l’Ouest !

Regarder l’Amérique avec les yeux de Chimène n’a rien d’évident pour une Gauche française longtemps biberonnée à la lutte contre l’impérialisme américain, dont nombre de militants ont été profondément marqués par la guerre du Vietnam. Pour eux, l’anti-américanisme fait partie du code génétique de la Gauche.

Pourtant, céder aux sirènes de ceux qui ne manqueront pas d’exploiter le moindre faux pas de Barack Obama pour pouvoir enfin proclamer haut et fort « vous voyez, on l’avait bien dit qu’il est de Droite », ferait courir un danger mortel au Parti Socialiste français. Son tête à tête mortifère avec l’extrême gauche sur la question de l’Europe lui scie déjà les pattes. Il n’avance plus parce qu’il ne dit rien. Il ne dit rien parce qu’il ne pense plus. Il ne pense plus parce qu’il a peur de se diviser et il a peur de se diviser parce qu’il croit qu’il a besoin de l’extrême gauche pour gagner les élections présidentielles.

L’élection de Barack Obama dans le contexte de la plus grave crise économique mondiale de l’ére de la globalisation est une véritable bouée de sauvetage pour le Parti Socialistes français. Mais il ne faut pas qu’il tarde à s’en saisir, car d’autres se sont déjà positionnés sur ce créneau pour préempter la marque « Obama ». En premier lieu, Nicolas Sarkozy, autoproclamé meilleur fan du nouveau président US. Voilà maintenant les Verts. Contrairement aux socialistes, ils ont fait un Congrès utile, grâce auquel ils se sont rassemblés et renouvelés (eux…). Ils sont maintenant en ordre de bataille pour l’échéance des élections européennes, avec un credo tout trouvé : vive Barack Obama ! Il suffit d’écouter ce que disent ses leaders, en particulier Daniel Cohen-Bendit, mais pas seulement … On vous fait grâce du Modem pour qui « l’obamattitude » fait office de stratégie.

Nous avons donc un Parti Socialistes encerclé de toutes parts par d’intéressés « repreneurs »
qui attendent patiemment qu’il passe de la paralysie à la faillite, puis à la liquidation, pour s’en disputer les meilleurs morceaux. Un mot d’ordre inédit, porté par l’extrême gauche, va émerger : « apparatchiks de tous les Partis, unissons nous pour que Barack échoue ». Il va rencontrer un certain écho et quelques basses préoccupations tactiques au sein du P.S.

Il faut qu’émerge en face un pôle déterminé, qui se moque de la forme, prêt à passer sous pavillon américain si cela peut permettre de répondre au grand défi politique de ce troisième millénaire et qui est l’objet de ce blog : la mondialisation ! Elle nous impose de produire un discours politique qui soit réaliste, global et cohérent quelque soit l’endroit où l’on vit sur la planète Terre. Pour être audible aussi bien dans une usine de Calcutta, que du fin fond de la Creuse ou d’une salle des marchés, ce discours politique doit concilier développement économique, progrès social, démocratie et sauvegarde écologique. Et c’est justement le programme de Barack Obama.

François Mitterrand, lui, n’a jamais oublié que l’espoir est le moteur de la politique.
En prenant le virage de la rigueur en 1983, Tonton savait que les socialistes ne pouvaient en rester au constat de la situation du monde tel qu’il était, sauf à s’enfermer totalement dans un discours d’impuissance de la politique par rapport à l’économie (partition qu’il a également joué). Il a donc substitué au « changer la vie » le « construisons l’Europe ». Le « Vieux » pensait avoir laissé un socle solide et unificateur au Parti Socialiste. Les héritiers en ont fait une fracture qui pourrait bien devenir un tombeau. Les semaines qui viennent sont cruciales pour l’avenir du Parti Socialiste. Les élections européennes peuvent autant être l’occasion d’un sursaut salvateur qu’un grand coup de pioche supplémentaire vers la descente aux enfers. Notre prochain épisode sera donc consacré à comprendre la relation compliquée qu’entretien le Parti Socialiste avec la mondialisation et son corollaire, la construction de l’Union européenne.

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