C’est parti !  Chacun l’aura compris, la campagne présidentielle a commencé. Depuis la défaite de la Droite aux régionales, nous avions déjà Nicolas Sarkozy en piste. Une campagne électorale, c’est un peu une tragédie grecque. Notre Président a posé la trame de celle qu’il voudrait nous raconter, celle qui le fera réélire. Et ça peut marcher. Comme pour les histoires de cul et de cœur, une présidentielle a plus de sel à plusieurs qu’en solitaire. Ca tombe bien, puisque le voilà rejoint par Marine Le Pen et Eva Joly, dont l’investiture par leur parti respectif sera une formalité.

Pour ce qui est des socialistes, outre François Hollande qui trace son sillon depuis plusieurs mois et qui ira au bout de sa candidature aux primaires, nous avons maintenant Martine Aubry ! C’est le sens de son discours à La Rochelle. Elle sent que la voie est libre et qu’elle peut brasser large. Pas un dirigeant qui n’ait eu droit à son petit mot gentil, François Hollande compris, alors que c’est son adversaire le plus déterminé. Elle est tellement sûre de sa victoire à la désignation, qu’elle est déjà dans le coup d’après, le rassemblement. Certes, Martine Aubry n’a pas formellement dit « je suis candidate à l’élection présidentielle », mais c’est tout comme. Au point de laisser tomber son look à la Angela Merkel et sa couleur fétiche, le noir (on a toujours l’impression qu’elle est entre deux enterrements), pour apparaître à la tribune de La Rochelle dans une belle robe blanche, toute immaculée. On aurait dit Ségolène en brune !

A contrario, il y a tous ceux qui voudraient être calife à la place du calife, dont on pressent qu’ils joueront, au mieux, les seconds rôles. Première victime, DSK. Il est coincé entre la parole donnée à l’ensemble des dirigeants de la planète d’aller au terme de son mandat au FMI et le calendrier de l’élection présidentielle. A froid, on ne voit pas comment il pourrait débouler dans le jeu franco-français avec les habits d’un menteur opportuniste qui aurait fait un bras d’honneur à l’ensemble de ceux qui l’ont soutenu, l’Union européenne, les Etats-Unis, une bonne partie du G20 et moult pays en voie de développement. Comment pourrait-il prétendre représenter la France sur l’échiquier international? Il  paierait cash son parjure tout au long de la campagne. Pour sortir de cette tenaille, il n’y avait qu’un seul scénario possible pour DSK, celui d’un Parti Socialiste déchiré et transformé en champs de ruines, qui l’appellerait comme son homme providentiel. Manifestement, cela ne sera pas le cas et DSK restera « out of the game ».

Autres victimes socialistes putatives de notre tragédie présidentielle, tous les jeunes loups qui s’y verraient bien et Ségolène. Contrairement à DSK, ils et elle peuvent prétendre avoir (encore) leur destin en main. Encore faudrait-il qu’ils apportent ou qu’ils incarnent quelque chose de nouveau. Et c’est bien là que le bât blesse. Grosso modo, tout le monde est sur la même ligne politique, la « France apaisée », ce qui augure mal d’une gauche audacieuse … On en a déjà un aperçu : quand il y a surenchère sur un sujet, on est plus dans le conformisme et le conservatisme que dans l’innovation progressiste ! Et c’est bien là le problème des primaires : faute de véritable différentiation politique entres les candidats socialistes, elles risquent de rapidement tourner au concours de beauté !

Des primaires qui mettraient en jeu toute la gauche et les écolos auraient un sens à la fois politique et stratégique. Elles permettraient à chaque composante d’exprimer son identité et de mesurer ce qu’elle pèse dans l’électorat en vue des futurs accords pour les législatives, tout en dégageant  un candidat unique pour le premier tour de l’élection présidentielle.

Au vu des intentions de vote pour Marine Le Pen, un candidat unique de la gauche ne serait pas du luxe ! Elle a consolidé sur son nom le capital constitué par papa, tout en recentrant le FN sur le créneau d’un parti ultra-conservateur populiste pour mieux aller braconner sur les terres de l’UMP. Ca marche et pas seulement dans les sondages. Depuis les élections régionales, les adhésions affluent au Front National. Quand simultanément, des gens aux quatre coins de la France font l’effort de donner de leur temps et de leur argent à un parti politique, cela peut paraître anecdotique, mais ça n’a rien d’anodin : ça s’appelle une dynamique politique.

À un peu plus de dix-huit mois de l’échéance suprême, tout indique que Marine Le Pen sera dans le trio de tête. Or il n’y a que deux places qualificatives pour le second tour … Edouard Balladur en 1995 et Lionel Jospin en 2002 en ont fait l’amère expérience, pour une poignée de voix. Avec un FN à un niveau très élevé, il en y aura au moins une des deux qui se jouera dans un mouchoir de poche.  Pour ce qui est du futur(e) candidat(e) socialiste et de Nicolas Sarkozy, la qualification au second tour dépendra en grande partie de l’éparpillement des voix de leur camp au premier tour.

Si on se réfère au score de Jacques Chirac au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, on peut estimer le socle électoral d’un candidat sortant, issu du RPR et totalement décrédibilisé à un peu moins de 20 % des voix. Pour mémoire, Nicolas Sarkozy avait fait 31 %  en 2007, avec un Jean-Marie Le Pen à 10% (contre quasiment 17% en 2002). On pourrait croire que le président sortant a donc de la marge. Elle est pourtant très faible. Si Marine Le Pen refait en 2012 le score de son père en 2002, c’est 7 points de moins pour Sarko. Si à cela vous ajoutez un candidat du Nouveau Centre (Hervé Morin), un candidat catho traditionaliste (Christine Boutin et/ou Philippe de Villiers), un candidat  gaulliste (Dominique de Villepin), bref une offre électorale pour les diverses catégories de déçus de l’UMP et du sarkozisme, la marge du président sortant risque de fondre comme neige au soleil. On comprend son extrême nervosité, pour ne pas dire sa colère, à l’égard de son ministre de la Défense.

Pour le candidat de gauche, l’équation n’est guère meilleure. En 2007, Ségolène Royal a fait 25% des voix au premier tour, mais avec une extrême gauche très basse ( 6%, tous candidats confondus), un parti communiste et des verts à l’étiage (2% et 1,5 %). Au vu des résultats des élections qui se sont tenues depuis, tout porte à croire que ces diverses composantes feront un meilleur résultat en 2012, à commencer par les écolos, qui ont décuplé leur score depuis. On peut certes relativiser en observant que le taux de participation est faible aux élections intermédiaires, ce qui avantage en général les petites formations, et très élevé aux présidentielles. On peut également penser que François Bayrou n’arrivera pas à reproduire sa performance au premier tour de 2007, 18,5% des voix, et qu’une partie nourrira la progression des Verts ou reviendra sur le candidat socialiste. Ceci étant et sans aller jusqu’à reproduire le score calamiteux de Jospin en 2002, chacun comprendra aisément qu’une progression substantielle de la gauche non-socialiste et des écolos au premier tour de 2012 ramènera le score du candidat socialiste aux alentours de 20%, soit dans la zone dangereuse où la qualification au second tour se jouera pour quelques voix de plus … ou de moins.

A défaut de s’entendre sur un processus de primaire pour être en mesure de présenter un candidat unique de la gauche et des écologistes au premier tour, il y a l’option de s’entendre sur un programme législatif et de passer des accords pour les élections législatives qui engloberaient socialistes, écolos et Front de gauche. Cela rassurerait les électeurs des composantes minoritaires sur la bonne représentation de leur sensibilité, ce qui les encouragerait à voter utile, donc socialiste, dès le premier tour. Cela limiterait les risques de dérapages fratricides et la tentation de taper sur le collègue pour se faire valoir auprès de l’électorat de gauche. Seulement voilà, si on s’en tient aux grands sujets qui ont agité l’été, l’immigration, la sécurité et la toxicomanie, c’est pas gagné.

Nous ne sommes plus à une époque où les partis étaient relativement maîtres de leur électorat. Il faut dire que l’électeur a changé. Il est de plus en plus consumériste, volatile, versatile, indécis et ce jusqu’à l’instant où il glisse son bulletin dans l’urne. Entre le moment où les partis présenteront officiellement leur candidat et les premiers résultats au journal de 20h le soir du premier tour, tout peut bouger, tout peut changer. A gauche, on peut compter sur un certain Nicolas Sarkozy pour qu’il en soit ainsi.

Une campagne présidentielle emprunte beaucoup à l’art de la guerre. Sarko en applique les fondamentaux. Et en plus, il l’affiche ! Premier temps de la manœuvre, étirer les lignes de l’adversaire, pour mieux y enfoncer des coins là où ça fait mal. C’est l’objet de la gesticulation sur la sécurité.  De deux choses l’une : soit les socialistes le suivent, en rajoutent et, à chaque louche supplémentaire, ils se coupent un peu plus de leurs premiers alliés, et surtout de leurs électeurs. Soit ils essaient de résister à la surenchère et ils laissent à Sakozy le monopole de l’autoritarisme sur un créneau sensible, qui transcende les clivages plus sociaux et catégoriels, à son bénéfice. Comme dirait Ségo, Sarko joue «gagnant-gagnant».

Deuxième temps de la manœuvre, il va appliquer le premier précepte de la guerre de mouvement, ne jamais arriver par là où l’on vous attend. Ce sera l’objet de sa présidence du G 20. Il va en faire des tonnes sur le thème de l’anticapitalisme libéral et le discours antisystème. Même Olivier Besancenot aura du mal à y changer une virgule ! Et surtout, il va trouver les liaisons avec les préoccupations plus immédiates de certaines catégories d’électeurs. Première illustration tactique de cette stratégie, l’ajout à l’ordre du jour du G 20 d’une nouvelle thématique, la régulation du prix des matières premières et agricoles. Autrement dit, du prix de l’essence à la pompe et de la rémunération des agriculteurs. Entre tous ceux dont l’activité dépend du coût de l’énergie, les automobilistes et les paysans, ça fait déjà un paquet de gens qui votent ! Il pourra s’offrir des variations sur des thèmes connexes, tels que la « malbouffe » ou la sécurité alimentaire. Le thème est porteur et touche toutes les catégories sociales, pas seulement les bobos. Même une enseigne telle que Leader Price, qui cible explicitement les consommateurs au plus faible pouvoir d’achat, a lancé sa gamme de produits bio !

Troisième temps, l’ouverture de fronts de diversion sur des thématiques républicaines et humanistes. Sur ce chapitre, on peut déjà citer la vieillesse et la dépendance, avec une des rares réalisations positives de son quinquennat, le plan Alzheimer. Ce sera donc dureté pour les étrangers et tendresse pour la vieillesse !

Il y a un fil conducteur à l’ensemble : c’est la peur ! Sarkozy ne vous propose pas de changer le monde et la vie, juste de vous en protéger. Il est en cohérence avec la majeure partie de son électorat, plutôt conservateur. C’est plus compliqué pour la gauche. Son électorat n’échappe pas à l’ambiance anxiogène de l’époque. Une partie est très sensible à cette thématique de la peur, déclinée sous différentes formes. Elle est en demande de protection. Mais une autre partie ne demande pas à être protégée du reste du monde et de la vie, elle veut tout bonnement les changer !  Sarkozy va s’appuyer sur cette ligne de fracture pour essayer de diviser la gauche, pas tant les socialistes entre eux, mais plutôt avec leurs alliés. Il s’agit à la fois d’éviter toute dynamique unitaire à gauche qui favoriserait le vote utile au premier tour en faveur du candidat socialiste, mais aussi de « travailler », voire de capter les électeurs les plus inquiets.

Vu la tonalité globale des diverses déclarations de l’ensemble des dirigeants socialistes sur la question de la sécurité, on se dit que le piège de Sarkozy est en train de fonctionner. Lors de l’université d’été de la Rochelle, les socialistes ont célébré leur unité retrouvée … et ont oublié de s’interroger sur son contenu. Schématiquement, on peut dire que l’échiquier politique français est constitué de trois parties. Un gros bloc de partis « gestionnaires », qui va du P.S à l’UMP, en passant par le Modem et le Nouveau Centre. Il est flanqué sur sa gauche d’un bloc que l’on pourrait qualifier « d’alternatif », qui va de l’extrême gauche aux écolos, en passant par les communistes et le Front de gauche, et sur sa droite, du Front National. Quand les socialistes emboitent le pas à Nicolas Sarkozy sur la question de la sécurité, ils ne déplacent pas l’ensemble du centre gravité de la vie politique française à droite, mais uniquement celui du bloc central. In fine, ils se coupent un peu plus du bloc alternatif.

Communément, les analystes attribuent le moindre score de Jean-Marie Le Pen en 2007 à toute l’agitation déployée par Nicolas Sarkozy sur l’immigration et l’insécurité lorsqu’il était Ministre de l’Intérieur. C’est une grave erreur d’analyse. Ce positionnement réactionnaire était peut être une condition nécessaire, mais non-suffisante. Ce qui a été vraiment déclencheur, c’est le « travailler plus pour gagner plus ». Le message à l’électeur tenté par le F.N était simple : plutôt que gâcher ton bulletin de vote avec un truc qui ne sert à rien, utilise-le pour améliorer ta fiche de paie ! Sauf, qu’au vu des résultats sur ladite fiche de paie, il paraît difficile de refaire une deuxième fois le coup.  De fait, 2012 ne sera pas 2007 : en se laissant entraîner par Sarkozy dans la surenchère sécuritaire et autoritaire, les socialistes prennent le risque d’alimenter le score du Front National au premier tour … à leur détriment.

Alors, comment faire pour sortir de ce piège grossier, mais qui a l’air de fonctionner ?

On peut toujours compter sur un certain Sarkozy Nicolas pour planter Nicolas Sarkozy … Ainsi, on peut imaginer que s’il tente de passer en force sur la réforme des retraites, à l’instar d’Alain Juppé en 1995, il se prenne de façon frontale un mouvement social de grande ampleur. Quel que soit le résultat de cette confrontation, les comptes se solderont dans les urnes, pour le plus grand bénéfice de la gauche en général et des socialistes en particulier. Pour ces derniers, un tel scénario aurait l’immense avantage de leur amener sur un plateau deux fractions du vote de gauche qui lui ont manqué lors des éditions précédentes et sont à l’origine de toutes ses défaites. La fraction populaire qui s’est laissé tenter par la «fracture sociale» de Jacques Chirac en 1995, le vote Le Pen en 2002 et le «travailler plus pour gagner plus» de Sarkozy en 2007, mais aussi cette fraction de la «gauche bobo» qui ne se reconnait plus dans le Parti Socialiste, s’éparpille au premier tour et s’abstient au second.

Les socialistes peuvent aussi compter sur eux même pour arriver au même résultat. Les primaires pourraient en être l’occasion. Si elles devaient avoir lieu demain matin, on aurait droit à une surenchère de gadgets technocratiques sur les impôts (il faut les calculer comme si, sur telle assiette, en enlever là, en ajouter d’autre ici …) auxquels personne ne comprend rien. Puisqu’il s’agit aussi de choisir une personnalité, nous aurions également droit à un concours de beauté, censé révéler la nature profonde des candidats ( il est svelte, elle est élégante, ils sont tous bronzés malgré l’été pourri, etc). Le seul pour l’instant qui a osé un peu transgresser pour se différencier, c’est François Hollande. Il a évoqué l’éventualité de discuter du nucléaire avec les écologistes, en clair d’en sortir. Le sujet est important, intéressant, mais ne parle pas beaucoup à la grande masse des électeurs. Cette « transgression » de la pensée dominante des socialistes ressemble plus à un signal d’appareil qu’à une rampe de lancement pour un candidat réellement porteur d’une orientation novatrice.

Tous ceux qui sont un peu au fait des rapports de force internes du Parti Socialiste le savent, Martine Aubry est archi favorite. Ses challengers se rassurent en se disant que les primaires où sont appelés à voter les sympathisants sont différentes d’un congrès qui ne concerne que les seuls adhérents. Ils espèrent qu’une participation substantielle de personnes extérieures au parti en modifierait les rapports de force internes. Mais, si tous les candidats à la candidature sont d’accord sur l’essentiel et racontent peu ou prou la même chose, est-on sûr que les électeurs se déplaceront massivement juste pour savoir s’il vaut mieux un candidat socialiste à la présidentielle en jupe ou en cravate ? Quand bien même ce serait le cas, pourquoi ces électeurs qui veulent avant tout la victoire de la gauche, remettraient-ils en cause la légitimité de la première dirigeante du parti qui les sollicite, pour des postulants qui ne sont pas meilleurs qu’elle et qui racontent plus ou moins la même chose ?

Pour l’emporter, les challengers de Martine Aubry n’ont pas le choix : il faut transgresser les consensus de fond pour se différencier en proposant une offre politique alternative. La plus douée en matière de transgression est sans conteste Ségolène Royal. Son seul problème est qu’elle a beaucoup transgressé vers la droite et que depuis ses positions font consensus. Quand elle dénonce les tenants de la ligne laxiste sur la sécurité au sein du P.S, on se demande à qui elle pense ( des noms ! des noms ! ). Il faut donc transgresser, mais sur une ligne de gauche qui soit vraiment une rupture avec ce que fait la droite qui, à bien des égards, sur l’immigration par exemple, poursuit ce que la gauche a mis en place.

Si l’on prend les deux grands sujets qui ont agité l’été, l’immigration et la sécurité, qu’elle pourrait être cette offre politique alternative ?

Bon an, mal an, la France expulse un peu plus de 20.000 étrangers en situation irrégulière. Qu’est-ce que ça change plus ou moins 20.000 personnes dans un pays de 66 millions d’habitants ? Ca ne change rien. Par contre, pour arriver à ce résultat, ça coûte bonbon ! En moyenne, vingt mille euros par expulsion. La pression qu’exerce le Ministre de l’Intérieur sur ses troupes pour faire du chiffre est telle que l’on tombe vite dans le n’importe quoi. On a ainsi vu des préfets réquisitionner des hélicoptères pour être sûr de mettre un étranger dans l’avion, avant que ses soutiens ne réagissent. Il faut dire que les expulsions touchent de plus en plus de personnes bien intégrées, ce qui suscite des réactions dans leur entourage et nécessite de plus en plus également, la mobilisation de CRS pour prévenir les troubles à l’ordre public. Le coût du renvoi d’un clandestin s’alourdit et n’est donc pas prêt de baisser. Voilà un argent qui pourrait être beaucoup mieux utilisé en équipements et en postes de fonctionnaires pour que la Police exerce plus efficacement sa première mission, la protection des personnes et des biens.

Sur le fond, si on voulait vraiment lutter contre l’immigration clandestine, on pourrait être beaucoup plus efficace pour beaucoup moins cher, sans accaparer les forces de l’ordre. Il suffirait de créer quelques centaines de postes d’inspecteur du travail pour traquer les employeurs d’étrangers en situation irrégulière. En plus, cela bénéficierait à l’ensemble des salariés. Mais ça, ça fait mal à la croissance et au PIB ! Vous imaginez l’effet dans des secteurs comme la restauration, le B.T.P, l’agriculture ou la sécurité privée ? La vérité, c’est que la lutte contre l’immigration clandestine telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui revient à organiser l’esclavage moderne, avec le concours d’un état démocratique et républicain… Nos challengers socialistes pourraient aller beaucoup plus loin dans la rupture en matière de maîtrise des flux migratoires. Mais comme ce n’est pas l’objet du présent article, nous les renvoyons à celui que nous lui avons exclusivement consacré ( « Immigration clandestine, pour une politique humaniste et réaliste »).

En matière de sécurité, l’époque est aux déclarations martiales. C’est la guerre aux délinquants et la reconquête par la République de la moindre parcelle de son territoire ! Vous voulez vraiment briser les maffias qui régissent la vie de trop de Cités en France ? Rien de plus simple, il suffit de taper au porte-monnaie, de casser l’économie au noir sur laquelle repose cette dérive maffieuse, ou plus précisément, son moteur, sa machine à produire massivement du cash au quotidien: le trafic de cannabis. Pour cela, il y a une solution radicale : légaliser. Tout légaliser. Pas seulement le produit, mais toute la filière, depuis la production jusqu’à la distribution. Ceux que l’on appelle « dealers » aujourd’hui deviendront d’honnêtes commerçants qui paieront leurs impôts sur le revenu. On ira chez Nicolas pour le pinard et chez Momo pour le pétard ! Les agriculteurs auront un nouveau débouché et la Sécurité sociale une nouvelle source de financement.

Enfin, on arrêtera de demander à la Police une tâche impossible, qui revient à écoper la mer avec une cuillère en bois. Le problème du cannabis, ce n’est pas les vendeurs, c’est les acheteurs. C’est la demande qui fait que c’est un marché de masse qui brasse beaucoup d’argent. Tous les flics le savent : quand ils « sautent » un réseau dans une Cité, il ne faut que quelques semaines pour que la génération suivante de jeunes du quartiers, tentés par l’argent facile, ne prenne le relais. Parfois, quelques jours suffisent. Cela dépend uniquement de la capacité des jeunes à récupérer un stock de marchandise à un bon prix et donc de leur accès à un semi-grossiste ou à un grossiste.

On entend d’ici les cris d’orfraie. Légaliser ? Mais c’est du laxisme ! Non, du réalisme. C’est aussi du respect vis-à-vis de l’électeur. Il faut arrêter de prendre les gens pour des cons. Alors que la génération de 1968 est maintenant septuagénaire, qui de sa vie n’a jamais croisé un joint ? Qui ignore qu’il n’y a pas un argument qui justifie l’interdiction du cannabis qui ne s’appliquerait pas à la vente d’alcool  ? Quelqu’un propose-t-il pour autant d’interdire la vente d’alcool ? Quand vous menez la discussion avec un tenant de la prohibition, il finit toujours par vous dire qu’en définitif, l’alcool et le cannabis, c’est pareil, sauf que le premier fait partie du «patrimoine culturel français». Alors, pour ceux qui ne seraient pas au courant, la France a changé et son «patrimoine culturel» avec. Les ancêtres de Mamadou, Mohamed et Xing fumaient et leurs descendants ne sont pas moins français que les autres.

Sur le fond, la façon dont le problème de la toxicomanie est abordé en France renvoie à la coupure entre les élites et le peuple, avec pour corollaire la vision moyenne qu’à un responsable politique moyen de l’électeur moyen. En gros, celle d’un beauf quinquagénaire qui se biture la gueule H 24 dans un trou du cul de province. Sur ce sujet, la gauche à un gros passif. Faut-il rappeler que les premières grandes mesures de prévention des risques en matière de toxicomanie, en particulier l’accès libre et gratuit aux seringues, ont été prises par une ministre de Droite, Michelle Barzach, qui l’a payé de sa carrière ?  Faut-il rappeler qu’avant cela des dizaines de milliers de personnes ont contracté, directement ou conséquemment par voie sexuelle, le Sida ou l’hépatite et en sont mortes ? Pour autant, avez-vous entendu un seul responsable socialiste prendre la défense du Ministre de la santé, Roselyne Bachelot lors de la polémique sur l’ouverture de salle d’injection qui l’a opposée à son Premier Ministre, François Fillon ?

Alors, cher(e) challenger socialiste, tu veux gagner les primaires face à Martine Aubry ? Tu veux être Président(e) de la République ? Eh bien, propose de laisser les habits de l’hypocrisie à Nicolas Sarkozy et endosse ceux de l’intelligence et du respect de l’électeur. Tu verras, ça paye dans les urnes. De toutes les façons, si tu veux vraiment avoir ta chance aux primaires et non pas juste négocier un poste de ministre, tu n’as pas le choix … Ce faisant, tu apporteras ta pierre à ce qui est un enjeu essentiel de l’élection présidentielle de 2012 et dont on ne parle jamais : la reconstruction d’un socle idéologique de la gauche qui lui redonnerait une identité forte et lui permettrait de reconquérir l’hégémonie culturelle que le néo-libéralisme lui a ravi ces trente dernières années.

Publicités