« Le Président de la République François Hollande a reconnu avoir ordonné des exécutions ciblées de terroristes français à l’étranger. Au nom de la raison d’Etat, prendriez-vous la même décision ? »

Les sept candidats à la primaire de la gauche se raidissent, les mentons se relèvent dans une attitude martiale, les mines sont graves. Ils répondent comme un seul homme, femme compris, « s’il faut, buter, on bute », à commencer par le Président de la République, exécuté par les uns et les autres pour s’être livré à des confidences « indigne d’un homme d’Etat » sur un sujet secret-défense.

Les réponses sont lapidaires et nous laissent sur notre faim. Evidemment que dans une guerre, on tue, et par tous les moyens. L’aviation française bombarde tous les jours les positions de Daech et tue des terroristes, Français compris. La question n’est pas là, mais de savoir s’il est plus efficace pour gagner cette guerre de traduire en justice nos nationaux qui ont basculé dans le terrorisme, ou de les exécuter systématiquement, les uns après les autres.

Si l’option des exécutions extra-judiciaires semble avoir l’avantage de l’efficacité concrète et immédiate, elle comporte pourtant un inconvénient majeur: elle ne tarit pas le réservoir de candidats au Jihad. On peut gagner toutes les batailles, et pour autant perdre la guerre, car une guerre est avant tout une question politique. Face au terrorisme islamiste, nous sommes dans un conflit idéologique et de valeurs. Ce genre de conflit ne se gagne pas avec des balles ou des bombes, mais avec des idées et des mots.

Alors, des exécutions ciblées, pourquoi pas, mais pas tant pour éliminer un terroriste qui sera vite remplacé, que pour enrayer une opération terroriste imminente qui viserait le territoire national. Sinon, la priorité est de leur mettre la main dessus pour qu’ils répondent de leurs crimes devant un tribunal de la République. Que depuis la tribune qu’est une cour de Justice, les ados en crise de révolte voient le vrai visage de ces assassins, comprennent la violence et l’arbitraire que fait régner Daech sur les territoires qu’il conquiert, prennent conscience que la machine de propagande terroriste leur vend du rêve là où il n’y a que cauchemars.

Pourquoi des candidats de gauche, à priori plutôt réservés sur ce type de pratique, répondent-ils ainsi, sans précaution aucune ? Parce qu’à l’image de l’ensemble de ce premier débat, ils sont dans la posture. Le propre de la posture, c’est qu’elle fige l’attitude, mais aussi les neurones.

Par exemple, sur la sécurité, les milliards ont valsé. C’est à qui embauchera le plus de policiers, gendarmes, agents secrets, et les équipera au mieux, du dernier cri. Pour commencer, ne pourrait-on pas déjà mieux utilisé ce qui existe déjà, en prenant une mesure simple et de bon sens, qui s’appelle la légalisation du cannabis?

Il n’y a aucune différence entre un verre de vin et un joint, sauf que l’alcool est plus dangereux pour la santé que le cannabis, et un point commun majeur: les deux sont des marchés de masse de drogue dont la consommation est banalisée. La légalisation de l’alcool et la prohibition du cannabis renvoie aux jeunes l’image d’adultes hypocrites et menteurs, ce qui n’est pas la meilleure façon de faire respecter l’autorité. Pire, cette économie au noir génère une sale mentalité, qui fait l’apologie de la violence et de la loi du plus fort, matrice les esprits de sorte qu’une fois chez Daech, ces jeunes sont dans leur élément, insensibles aux appels d’une République prise en flagrant délit d’hypocrisie sur un sujet qu’ils maitrisent.

Pour les forces de Police et de Gendarmerie, cela revient à écluser la mer avec une cuillère, un réseau à peine tombé que le voilà remplacé, pour une raison simple: mettre le vendeur en prison ne fait pas disparaitre le consommateur et son argent. Le marché du cannabis est porté par la demande, pas par l’offre.

Le résultat est catastrophique. Le trafic de cannabis nourrit le trafic d’arme. Les terroristes n’ont pas besoin d’amener leur Kalach de Syrie, puisqu’il y a tout ce qui faut en France. Des jeunes entrent en prison comme petits dealers et en ressortent transformés en islamistes radicaux. Ils s’ajoutent aux détenus qui n’ont rien à y faire, les 25% de malades mentaux qui devraient être dans des asiles psychiatriques, moins chers et plus efficace que la prison. Ils contribuent ainsi à la déliquescence d’un système carcéral incapable de réinsérer ceux qui en sortent. Résultat, la France détient le record de détenu par habitant en Europe, le record de la récidive pénal et le record de la consommation de cannabis!

L’argent du cannabis échappe à l’Etat et engraisse des dealers qui monopolisent les services de Police qui pendant ce temps là ne font pas autre choses, surchargent des prisons qui d’école de la délinquance deviennent des open bar pour les recruteurs de l’islamisme, pourrissent les mentalités avec des valeurs aux antipodes de celles de la République. Que faut-il de plus pour prendre une mesure de bon sens? De l’audace, mais n’est-ce pas un paradoxe?

Ce premier débat nous apporte une grande nouvelle: tout est possible, puisqu’il y a de l’argent! Il suffit de faire la grande réforme fiscale pourtant promise en 2012, passée à la trappe au profit d’une navigation à vue et quelques tête-à-queue, des entreprises d’abord matraquées de taxes, puis choyées à coup de CICE (40 Mds €) financé en plombant d’impôt le pouvoir d’achat des ménages (35 Mds € de ponction), pour ensuite le leur rendre, tout en les priant de consommer, de préférence « made in France ». C’est d’autant plus dommage que l’on a porté au pouvoir l’un des meilleurs spécialistes français du bonneteau fiscal. Quand le clampin lambda exerce son esprit avec des mots-croisés, en jouant aux échecs ou au sudoku, l’énarque monte des mécanos fiscaux, et vas-y que que je t’élargis l’assiette en rajoutant une tranche avec un peu de progressivité. Ils adorent ça, et François Hollande plus que tout autre.

Puisque lors de ce premier débat on a fait le tour des dépenses prioritaires, Education, Santé, Sécurité et malgré quelques absents de marque, comme la relance de construction de logements, il va falloir entrer dans le dur, les sujets qui fâchent que sont la mondialisation et la construction politique de l’Europe. Sauf à laisser le monopole de la parole sur le coeur de la démocratie qu’est la souveraineté, tellement battue en brèche que nombre de nos concitoyen(ne)s se posent la question de savoir si cela sert à quelque chose d’aller voter, aux deux candidats les plus dangereux pour le futur vainqueur de la primaire socialistes, Jean-Mélenchon et Emmanuel Macron. Tous le savent: au mieux, il n’y aura qu’une place pour les trois au second tour, voire aucune.

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