Qu’est-ce qu’il est fort, ce président Macron! Enfin, du moins en communication. À chaque fois qu’il te répond, il sait te glisser une anecdote, une date, un nom pour illustrer son propos et te refourguer un chiffre. Le chiffre est sans pitié, tu ne peux qu’être d’accord avec lui. Emballé, c’est pesé, le poisson est même roulé dans la farine.

Macron sait qu’il est une comète qui a jailli d’un incroyable double concours de circonstances, un Fillon qui a transformé une élection imperdable pour la Droite en une élection ingagnable, et un candidat socialiste qui a pris l’eau de partout.

Les comètes passent vite, Macron le sait aussi. Son exercice de communication vise à opérer un glissement de « tout ce que je fais, je l’ai dit » qui va s’épuiser au fur et à mesure que la mémoire de la Présidentielle va s’éloigner, par un « je dis ce que je fais, je fais ce que je dis et en politique, il n’y en a pas beaucoup qui fonctionnent comme ça ». En clair, c’est à prendre ou à laisser, pour pire, si vous voulez… Objectif: asseoir sa stature de Chef en mettant tout le monde dans les cordes, et pouvoir ainsi jouer à plein de tous les leviers que lui procure la cinquième République, y compris les plus autoritaires et liberticides.

On l’a vu tressaillir de plaisir quand Jean-Pierre Pernaud s’est fait l’écho de françaises et français qui lui reprochaient sa « fermeté », « lui qui décide de tout, droit dans ses bottes ». Le ton du présentateur était tellement doucereux que cela en devenait une louange. On a été à deux doigts d’assister au premier orgasme en direct à la TV d’un Président de la République.

Fermeté et autorité lui font prendre son pied, pour autant, il reste fragile. Son talent ne lui procure pas une assise solide dans le pays. Comme pendant la présidentielle, Macron surfe sur la faillite des autres. À Droite, il remplit le vide. L’électorat pro-européen de Droite se reconnait en lui. Tant et si bien d’ailleurs que ce pauvre Wauquiez n’a d’autre choix que de s’appuyer sur l’aile la plus conservatrice, nationaliste et réactionnaire de la Droite. Quelle autre option pour lui? L’alliance avec Macron? Donc la dilution dans une majorité présidentielle, comme le Modem. Vous en avez entendu parler récemment, du Modem? On peut accabler cette Droite qui lorgne vers l’extrême-droite, difficilement lui demander de se faire hara-kiri…

Pour ce qui est de la jeunesse, la fièvre monte, mais les premiers concernés, en l’occurrence les lycéens, ne bougent pas. Quant aux étudiants, l’extrême-gauche s’occupe de tuer la mobilisation. Cela devrait se faire assez vite, pour peu que l’exécutif ne fasse pas de connerie comme à Notre-Dame-des-Landes. Les gauchistes vont faire monter la surenchère en ayant recours à la violence et casser le mouvement, comme lors de « Nuit Debout ». Ce qui vient de se passer à Montpellier avec le bris du matériel informatique pour empêcher la tenue à distance des examens en est une première illustration. Bloquer la fac pour maintenir la pression et la mobilisation est une chose, empêcher la tenue des examens en est une autre. Si on veut en arriver là, alors on organise un référendum à bulletin secret sur le campus. C’est cela la démocratie. Forcer la décision en allant casser le peu de matériel de l’Université alors que l’on prétend militer pour qu’elle en ait plus n’est pas acceptable. Et ne sera donc pas accepté. Par les autres étudiants, mais aussi par les contribuables. Si d’autres actions similaires s’enchaînent, le mouvement se divisera. Macron peut compter sur les plus excités pour que ce soit le cas.

Par ailleurs, même si plusieurs fronts s’enflamment, SNCF, hôpitaux, Ehpad, Justice, la « convergence des luttes » reste un mot d’ordre creux, car il n’y a pas d’alternative politique de Gauche crédible. Macron en est conscient. Quand il affiche cette fermeté qu’il affectionne tant, il n’a pas peur d’être sur le fil du rasoir, puisqu’il sait qu’il ne basculera pas, puisque les français.e.s ne basculeront pas, sauf à basculer  dans le total inconnu, ce qui n’est pas trop le penchant d’un vieux pays comme le notre. Soixante-huit, c’est les jets de pavés au Quartier Latin, mais aussi la grande manifestation sur les Champs-Elysées en soutien au Général de Gaulle, et une chambre des députés bleu horizon dans la foulée. Macron joue donc sur le fil du rasoir, mais aussi sur du velours, et compte sur une communication maîtrisée pour s’en sortir. Elle permet de diviser pour éviter que les mécontentements ne se cristallisent et fassent boule de neige. Ainsi, aux retraités qui ont une pension dans les 1200€ par mois et qui perdent 20€ avec la hausse de la CSG, il oppose la joie de ceux qui sont au minimum vieillesse avec des revenus deux fois moindre, et qui vont recevoir 30€ mensuel de plus…

Quand on intervient en milieu de semaine à 13h sur TF1 avec Jean-Pierre Pernaut, c’est clair que le coeur de cible que l’on vise sont les retraités. Pour les mouvements sociaux, les vieux, c’est l’avenir. Comme les jeunes, ils n’en n’ont pas grand chose à foutre du lendemain et ont du temps libre. Macron les câline à mort pour les amadouer. Yeux bleus grand ouvert et large sourire, il joue à fond un côté enfantin, se donne l’air du gamin un peu garnement, mais pas méchant, et tellement brillant. « Ok, je vous ratiboise avec la hausse de la CSG, mais je vous dis merci, en plus, c’est pour votre bien », leur a-t-il déclaré, et de se lancer dans un jeu de bonneteau digne d’un algorithme de Wall Street, pour leur expliquer que l’argent qu’il leur retirait allait permettre qu’un maximum de gens travaillent et donc cotisent pour que eux soient sûr de toucher leur retraite. Tu paies plus, pour mieux encaisser, il fallait y penser!. Ce n’est plus un impôt, mais un investissement, ou une assurance, et même les deux!

Macron fait bien de se méfier des vieux. Il n’est pas le plus mal placé pour savoir que les aînés adorent enquiquiner leurs cadets. Il s’en tape bien un qui vient de se rappeler à son bon souvenir. Plutôt qu’une lettre, il lui a fait un bouquin. Et la leçon. François Hollande, avec l’emphase qu’il sait avoir quand un sujet l’habite, lui rappelle que « l’ancien monde a un nom, c’est la démocratie ». Il accuse son successeur de la bafouer en s’essuyant les pieds sur les corps intermédiaires que sont les élus, les syndicats, etc.

Contrairement au prisme pris par l’ancien Président, Emmanuel Macron n’est pas le nouveau monde, mais l’expression ultime de l’ancien. Celui dans lequel Hollande lui-même s’est inscrit, qui considère que la mondialisation oblige à la résignation face au capitalisme néo-libéral. Il  gouverne sur la base d’une certitude: tant qu’en face du néo-libéralisme, il n’y aura que le nationalisme pour incarner une alternative au système, le Roi, même nu, portera le système au bout du bout. Comme il n’y a pas d’alternative crédible à Gauche, la façon cynique et brutale dont Macron se positionne déplace le centre de gravité de l’échiquier politique vers la Droite. Avec comme pour double conséquence la montée de l’abstention à Gauche et de la violence dans les conflits sociaux et sociétaux. La crainte à gouverner ainsi, c’est qu’en fait de certitude, on ait plutôt un pari. Et que la démocratie ne soit pas bafouée, mais en danger.

Malik Lounès

Rédacteur du blog de la Bise de Malik https://bisedemalik.wordpress.com

Membre du Conseil National du Parti Socialiste

Publicités