Il est vraiment né sous une bonne étoile! Vulgairement, on se dit que ce gars-là « a le cul bordé de nouilles »! Fillon réussi l’exploit de rendre une élection imperdable pour la Droite en une élection ingagnable, et le voilà Président de la République! Alors que l’Europe craque de partout, Trump lui déverse un flot de ciment tant et si bien qu’il parvient à unir les européens, tout en filant les clés de la planète à qui veut les prendre. Emmanuel Macron n’a qu’à se pencher pour les ramasser, puisque l’électorat allemand s’est chargé de mettre hors-jeu sa Chancelière. La majorité parlementaire d’Angela Merkel est d’une fragilité de porcelaine, et le voilà aux commandes de l’ordre mondial! Pour sa reconversion, il pourra toujours faire joueur de Loto.

Il a les clés du camion et il est seul au volant. Nous ne sommes plus seulement dans une crise iranienne, mais aussi dans une crise de souveraineté européenne. Le problème n’est pas tant que Trump dénonce le traité avec l’Iran, même si s’en est un, que la façon dont il le fait: d’un geste impérial qui s’impose à nous, contre notre volonté et nos intérêts.

On ne va pas se confronter à l’Amérique sabre au clair, sans assurer ses arrières. Face à l’Oncle Sam, il faut des capacités logistiques et du répondant financier, sinon vous êtes sûr de vous faire écrabouiller.

Il faut donc renforcer le triumvirat qui représente l’Europe dans ce bras-de-fer, d’autant qu’il comprend la perfide Albion. Ses liens historiques avec ses cousins anglo-saxons d’outre-Atlantique peuvent l’amener à la trahison, à tout instant. Par ailleurs, si l’affaiblissement de Merkel profite à Emmanuel Macron, elle le pénalise également. Dans la situation, il faut faire preuve de réactivité et d’audace, l’exécutif allemand en a t’il les moyens? L’Italie et l’Espagne, avec leurs poids économiques, seraient les bienvenues. Et puis, ce ne serait que justice, puisque tous les soubresauts du pourtour méditerranéen se traduisent par des réfugiés échoués sur leurs côtes…

Il y a aussi leur rayonnement culturel, et donc leur impact politique. L’Italie est un phare pour toute la méditerranée. L’Espagne, l’est aussi pour l’Amérique latine, et là-bas, l’évocation de l’impérialisme yankee, même surnommé « extra-territorialité juridique », chatouille particulièrement l’orgueil local. En additionnant leurs PIB avec ceux de l’Allemagne et la France, c’est le 3 ème PIB mondial qui est sur la balance et entre dans la danse. Les quatre premières économies de l’Europe, la Chine, la Russie, l’Amérique latine, et pourquoi pas Japon, Inde et Canada, il y a peut-être de quoi faire entendre raison à un président américain qui se moque du reste du monde.

Pour la France, faire monter l’Italie et l’Espagne dans la cabine de pilotage d’une crise politique mondiale majeure est l’occasion d’une clarification salutaire au sein de l’Union européenne entre les conceptions divergentes qui s’y affrontent.

Il y a les pays de l’Est qui appartenaient au bloc soviétique. Les élections y sont libres, mais portent au pouvoir des partis politiques réactionnaires, sexistes, xénophobes, homophobes, aux relents antisémites, antisémitisme parfois même exprimé publiquement par leur premier dirigeant, à l’instar du Premier ministre hongrois, Viktor Orban. L’état de Droit et la liberté d’expression y sont clairement menacés. Avec ces pays, nous n’avons pas un problème de projet de l’Union, mais un problème de valeurs fondatrices.

Il y a aussi les pays qui pour tirer leur épingle du jeu de la mondialisation, ne jouent pas le jeu de l’Union. Sont visés ceux qui équilibrent leurs budgets en se livrant au dumping fiscal au détriment des autres, soit en premier lieu la Hollande, le Luxembourg et l’Irlande. Quand vous leur dites « Partageons plus de souveraineté », ils entendent « Butons votre vache à lait ».

Il y a enfin les pays à qui le statut-quo convient très bien, les scandinaves et ceux des Balkans.

Problèmes sur les valeurs avec les premiers, divergences de projets avec les seconds, inertie des derniers, ce n’est pas avec eux que l’on peut constituer une nouvelle gouvernance de l’Europe capable de transformer notre masse économique en force politique, condition sine qua non pour faire respecter notre souveraineté à l’échelle du monde.

Quand on y regarde de plus prés, ces grands ensembles correspondent aussi aux grands bassins culturels européens façonnés par l’Histoire et la Géographie.

Il y a la sphère d’influence anglo-saxon, avec ce talent inénarrable des anglais pour vous la faire à l’envers au nom de leurs égoïstes intérêts, insularité oblige. La scandinave, qui c’est toujours positionnée vis-à-vis de l’Union dans une logique de tri, partant du principe qu’ils ont des standards élevés qu’ils ne sont pas prêts à brader. Il y a les slaves et leur âme un peu folle à l’origine de tant de drames, répartis entre l’Europe orientale et Balkans. Et enfin, il y a nous, les latins, l’Europe du sud, les méditerranéens, mais à la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne, puisqu’elle est plantée comme un gros coeur au milieu de tous.

Ce n’est pas sans conséquence pour la suite, quand la question qui vous est posée est d’avancer avec ceux qui vous sont les plus proches pour faire basculer de votre côté le centre de gravité de l’Union européenne. Or, aujourd’hui, nos voisins germains ont de plus en plus tendance à pencher au Nord et à l’Est…

Trump fournit à Emmanuel Macron une occasion inespérée de rattraper sa faute stratégique originelle, commise lors de son entrée sur la scène européenne. Le jeune président disruptif et novateur a engagé l’affaire par une marche arrière qui l’emmene tout droit dans une impasse et in fine, dans le mur. La faute à un orgueil mal placé, de ceux sanctionnés par la dure réalité des affaires de la planète.

Comme un sale gosse obsédé par sa volonté de s’émanciper de la tutelle paternelle, Macron a cassé la planche de salut que Hollande lui avait laissé. En l’occurrence, la mise en place par les Chefs d’Etat de nos quatre pays d’un quadriumvirat assumé pour doter enfin l’Union d’un réel directoire politique. La méthode est radicale. Allemagne, Espagne, France et Italie décident d’aller vers une intégration renforcée, avec notamment une réelle défense commune, ainsi que l’harmonisation fiscale et sociale, soit trois domaines régaliens. Et ce sans se soucier de l’avis des autres pays-membres de l’Union. Ce fait accompli pour constituer une nouvelle alliance est une rupture profonde avec la culture unanimiste aussi pesante que paralysante qui imprègne les institutions de l’Union européennes.

En terme de mariage, car l’idée est bien d’en célébrer un, la souveraineté partagée dans la corbeille revient de fait à poser les fondations de futurs Etats-Unis d’Europe de l’Ouest, hélas, sans le dire. Que ces quatre Chefs d’Etat n’eussent enfin prononcé ces quelques mots tant attendus par tous les Europhiles viscéralement attachés à ce qui fait notre identité partagée, allemands, espagnols, français, italiens, soit la Démocratie, l’Humanisme, et l’Écologie. Ils forment notre ADN commun. D’un geste aussi simple que stupide, Emmanuel Macron a brisé la belle dynamique impulsée par son prédécesseur.

Les premiers pas européen d’un président français fraîchement élu donne le La de la future politique européenne de la France. Ils sont scrutés à la loupe par le gotha mondial. Au lieu d’envoyer un signal fort indiquant qu’il saurait transformer l’essai marqué par son prédécesseur, en invitant par exemple ses trois collègues pour un dîner solennel des Chefs d’Etats entre voisins, il n’a rien de trouvé de mieux à faire que de revenir à la situation antérieure, en retournant en couple avec Merkel. Et la presse laudative de se pâmer devant le petit nouveau présentant si bien sur la scène internationale, alors qu’il vient de faire une grosse bêtise…

Tuer le Père, pourquoi pas, mais de-là à jeter l’héritage avec le corps… Péché d’orgueil que de croire que par la seule force de son énergie et de ses mots, il allait emmener l’Allemagne dans son sillage pour l’embarquer là où elle ne veut pas aller. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Macron se retrouve dans la même situation que ses prédécesseurs. Celle du Coq Gaulois qui se heurte à la placide indifférence de l’Aigle Teuton.

De temps en temps, l’aigle rappelle au coq que s’il n’avait pas les pattes autant dans la merde, il chanterait moins fort, que par conséquent, il ferait mieux de commencer par nettoyer les écuries d’Augias de son Etat dispendieux et tout le monde s’en portera mieux. Fermez le ban. Trump donne à Macron l’inestimable opportunité de le rouvrir, sauf que outre avoir perdu un temps précieux, c’est beaucoup plus compliqué aujourd’hui avec l’Italie qu’au moment de son investiture.

Rien de tel qu’une bonne crise pour engager une profonde mutation, redistribuer les cartes et retomber sur ses pattes. Grâce à l’unilatéralisme brutal de Trump, Emmanuel Macron a son destin en mains. Il peut constituer le noyau dur d’une Europe politique capable de peser sur la mondialisation, de protéger ses intérêts économiques et de garantir sa sécurité. La défense d’une souveraineté partagée commence par une gestion serrée avec nos trois grands voisins du bras-de-fer avec les américains. Faire face ensemble à l’adversité, en pack serré, permettra peut-être, enfin, de prendre le chemin de ces futurs Etats-Unis d’Europe de l’Ouest dont nous avons tant besoin.

Malik Lounès, 20 mai 2018

rédacteur du blog de la Bise de Malik https://bisedemalik.wordpress.com

membre du Conseil National du Parti Socialiste

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